Quand la Crimée sera russe...

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UKRAINE - Dimanche, les habitants de la Crimée, jusqu'ici péninsule autonome d'Ukraine, auront à choisir entre une indépendance accrue et un rattachement à la Fédération de Russie. Pour les observateurs, l'issue du vote fait peu de doute : la région devrait se rapprocher de la Russie. Quelles conséquences pour ses habitants ?

 La Crimée , péninsule autonome d'Ukraine, s'apprête à (re)prendre les couleurs russes. Dimanche, un référendum organisé par les autorités séparatistes pro-russes doit entériner un rapprochement de la région avec Moscou. Son issue fait peu de doutes, aux yeux des experts. Attaché à l'Ukraine depuis 1954, cet ex-territoire soviétique de deux millions d'habitants devrait devenir prochainement la 84e province de la fédération de Russie. Et après ?

"Dans les faits, cela ne changera pas grand chose", nous répond d'emblée Eric Aunoble, historien de l'Ukraine à l'Université de Genève. En effet, rappelle le spécialiste, "la Crimée jouit déjà d'une certaine autonomie par rapport à Kiev, avec un gouvernement et un parlement propre. Si elle est annexée à la Russie, elle garderait en toute probabilité un statut à part". C'est en effet le cas pour de nombreuses républiques russes autonomes comme l'Altaï, la Mordovie ou le Daguestan.

L'avenir des tatars en question

La "rupture" serait d'autant plus douce que dans son histoire, la Crimée est plus russe qu'ukrainienne. Et si la péninsule a été "offerte" à l'Ukraine par Khrouchtchev en 1954, elle semble n'avoir jamais vraiment coupé le cordon avec Moscou. Sébastopol, une des plus grandes villes de la péninsule, vit déjà à l'heure russe : "La majorité des habitants vit de la marine de guerre russe, dont la flotte est stationnée sur le port", rappelle Eric Aunoble, pour qui ces derniers "ne verront aucune différence" à l'issue du référendum.

Pour le reste, la péninsule vit principalement du tourisme. "La Crimée, c'est la côte d'Azur de toute l'ancienne URSS", résume le chercheur. "La monnaie russe, le rouble, y circule déjà, et ses habitants sont russophones". Selon les chiffres du recensement, 60% de la population se dit russe et 25% s'estime ukrainienne. Mais dans les faits, "même ces derniers parlent russe", note l'historien. Selon lui, l'annexion du territoire à la Russie n'aurait en fait d'utilité "que pour le nouveau pouvoir pro-russe, à la tête de la Crimée, qui veut asseoir sa légitimité".

Les grands perdants de ce rattachement seront en fait les Tatars , qui représentent 12% de la population. Ni russophiles, ni Ukrainiens, "cette population turcophone victime des purges staliniennes n'est arrivée en Crimée qu'il y a une vingtaine d'années", fait savoir le spécialiste. Souffrant d'une intégration difficile, discriminés sur le front de l'emploi, "ils pourraient bien devenir les boucs-émissaires de la région".

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