Versions des protagonistes, influence sur le mouvement #MeToo... L'affaire Argento en quatre questions

Versions des protagonistes, influence sur le mouvement #MeToo... L'affaire Argento en quatre questions
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LE POINT - Depuis le dimanche 19 août, l'actrice italienne est au centre d'accusations d'agression sexuelle, qu'elle dément fermement, envers un acteur mineur à l'époque des faits. LCI récapitule le tout, de la nature des accusations à leur conséquence sur le mouvement #MeToo.

Voix forte du mouvement massif de dénonciation des violences sexistes et sexuelles à l'automne dernier, l'actrice et réalisatrice italienne Asia Argento est dans la tourmente depuis le dimanche 19 août, accusée dans un article du New York Times d'avoir sexuellement agressé en 2013 l'acteur et musicien Jimmy Bennett. LCI fait le point sur l'affaire.

De quoi Asia Argento est-elle accusée ?

Le 19 août dernier, c'est une petite bombe que sort le New York Times. Dans une enquête, le grand quotidien américain indique qu'Asia Argento a passé un accord financier avec l'acteur Jimmy Bennett, qui l'accuse de l'avoir agressé sexuellement en 2013, alors qu'il n'avait que 17 ans et elle, 37. Les faits décrits se sont déroulés en Californie et sont scabreux : l'actrice, qui connaît le jeune homme pour l'avoir fait tourner alors qu'il avait 7 ans, l'aurait fait boire avant d'avoir une relation sexuelle avec lui. 

Plusieurs selfies d'Argento et Bennett ont été pris à cette occasion, dont certains les montrent tous les deux torses nus. L'acteur, lui, explique s'être senti après coup "extrêmement confus, mortifié et dégoûté".

Quelques mois après le début du mouvement MeToo, dont l'actrice est un fer de lance à travers ses accusations à l'encontre du producteur Harvey Weinstein, Jimmy Bennett prend alors la décision de contacter Asia Argento pour lui demander une réparation du traumatisme qu'il estime avoir subi. Il obtient alors une somme de 380.000 dollars, en contrepartie de laquelle il s'engage à ne pas poursuivre l'actrice. Un accord qui ne l'empêche toutefois pas d'évoquer publiquement le sujet.

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Que dit Jimmy Bennett ?

D'abord silencieux, l'acteur et musicien de 22 ans s'est exprimé, mercredi 22 août, dans un communiqué adressé au Hollywood Reporter. Maintenant ses accusations, il explique avoir d'abord voulu gérer l'affaire "en privé avec la personne qui m'a fait du tort", il explique que son "traumatisme a refait surface" quand Asia Argento a fait campagne contre les auteurs de violences sexuelles. Il explique également s'être senti "honteux et effrayé" à l'idée d'évoquer cela, notamment parce que, explique-t-il, "dans notre société, il y a toujours une infamie à se retrouver dans cette situation quand on est un homme. Je ne pensais pas que les gens comprendraient ces événements du point de vue d'un adolescent." 

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Comment l'actrice se défend-elle ?

L'actrice de 42 ans a une ligne de défense publique, faisant de cette affaire une action de plus dans la "longue liste de persécutions" qu'elle subit depuis les révélations Weinstein. Dans un communiqué publié mardi 21 août, elle a nié avoir eu une relation sexuelle avec Jimmy Bennett : "Je suis profondément choquée et blessée d'avoir lu cette nouvelle, qui est absolument fausse", contredisant formellement le New York Times. Elle reconnait toutefois avoir versé de l'argent à l'acteur, par le biais de son ex-compagnon, le défunt chef cuisinier Anthony Bourdain. "Confronté à de graves difficultés financières" après des déboires judiciaires l'opposant à ses parents, Jimmy Bennett lui aurait "adressé de façon inopinée une demande économique exorbitante". "Nous avons agréé à cette demande, [...] à la condition de ne pas avoir à souffrir d'intrusions supplémentaires dans notre vie".

Une version mise à mal par des SMS échangés par l'actrice avec une connaissance, qui ont fuité dans TMZ : il y apparaît qu'elle reconnaît avoir eu une relation sexuelle avec le jeune homme : "Le gosse m'a sauté dessus. [...] Il a continué à m'envoyer des photos nues de lui sans que je le veuille, jusqu'à deux semaines avant que je reçoive la lettre de ses avocats. [...] Ce n'était pas un viol, mais j'étais sidérée. Il était au-dessus de moi."

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Quelles implications pour #MeToo ?

Sitôt ces accusations connues, s'est posée en creux la question de la légitimité du mouvement, notamment avec les publications virales de certains de ses contempteurs les plus connus. De l'avocat de Harvey Weinstein, Benjamin Brafman, qui s'est empressé, pour protéger son client, de discréditer les accusations formulées à son égard par Asia Argento, à des éditorialistes français, qui y vont vu un retour à l'envoyeur, cette fois sans questionner, comme ils l'avaient fait du temps de Me Too, la légitimité de la parole de l'accusateur.

Du côté des figures de #MeToo, en France et à l'étranger, l'heure est à resserrer les rangs. Loin de discréditer le mouvement, les accusations à l'encontre d'Argento ne le font que prospérer, juge au contraire sa fondatrice, Tarana Burke : "Le mouvement #MeToo est fait pour tout le monde, y compris les jeunes hommes courageux qui témoignent aujourd'hui. [...] Les violences sexuelles sont affaire de pouvoir et de privilèges". Même constat chez la journaliste Nadia Daam, qui admet que "si le mouvement #MeToo peut être décrédibilisé, cela peut aussi se faire de l’intérieur". Et d'assurer qu'il n'arrivera rien au mouvement "si l'on ne serra pas bêtement et aveuglement les rangs sans accorder aux victimes, aux faits, au travail des journaliste [...] le respect qu'ils méritent." Bref, en prolongeant, y compris pour les hommes victimes, les positions prises par la mobilisation : "Lutter contre les agressions sexuelles".

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