Quel lendemain pour l'Afghanistan avec le retour des talibans ?

Des combattants talibans dans un véhicule de l'armée nationale afghane (ANA) dans une rue de Kandahar le 13 août 2021.

ÉCLAIRAGE - Les villes tombent les unes après les autres dans les mains des talibans qui, depuis l'annonce du retrait américain, ont décidé de mettre l'Afghanistan à leurs pieds.

L'Afghanistan est au bord du précipice, avec des forces de sécurité battant en retraite devant l'offensive des talibans, lesquels contrôlent la grande majorité des villes et des zones rurales du pays, tandis que Washington et Londres annoncent la prochaine évacuation de leurs  ressortissants et diplomates à Kaboul. Ce vendredi, le raid des talibans leur a permis de prendre la ville de Pul-e-Alam, capitale de la province du Logar, située à 50 km seulement de Kaboul. 

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L'Afghanistan aux mains des talibans

Quelle stratégie pour les talibans ?

Les talibans n'ont jamais caché qu'ils entendaient rétablir un émirat islamique semblable à celui qu'ils avaient imposé lorsqu'ils dirigeaient le pays de 1996 à 2001. Nombre d'analystes spéculaient sur la façon dont ils comptaient atteindre cet objectif : par les pourparlers, la force brute ou un mélange des deux. 

La stratégie militaire semble avoir été suffisante pour submerger les forces gouvernementales avec des attaques menées sur plusieurs fronts et sur des cibles réparties dans tout le pays.  Pour y parvenir, ils ont d'abord dû conclure un accord avec Washington, lassé de cette guerre, sur le retrait des forces américaines, en s'engageant toutefois à ne pas frapper de cibles américaines. 

Dans le cadre de cet accord, signé en février 2020 à Doha, Washington a de son côté fait pression sur le gouvernement afghan pour qu'il libère des milliers de prisonniers talibans. La plupart ont aussitôt repris les armes. Forts des succès remportés ces huit derniers jours sur le terrain, les talibans pourraient à présent demander au gouvernement afghan sa reddition sans condition. Si Kaboul se dérobait, il faudrait alors s'attendre à ce que les talibans prennent la capitale par la force. 

Comment expliquer la débâcle de l'armée afghane ?

La corruption, l'absence de volonté de combattre, le vide créé par le retrait des forces américaines ont probablement joué un rôle dans l'effondrement final de l'armée afghane. 

Pendant des années, le gouvernement américain a publié des rapports détaillant l'ampleur de la corruption au sein des forces de sécurité afghanes. Les commandants empochaient régulièrement l'argent destiné à leurs troupes, vendaient des armes au marché noir et mentaient sur le nombre de soldats dans leurs rangs. 

Les forces afghanes étaient également entièrement dépendantes de la puissance aérienne américaine, de la logistique aux frappes, en passant par la maintenance. À cela, s'ajoutaient un commandement par des civils du palais présidentiel dénués d'expérience militaire et des généraux vieillissants plus impliqués dans de vaines luttes politiciennes que dans la guerre en cours. 

Les unités de commando formées par les États-Unis représentaient l'espoir, mais elles n'ont pas suffi pour remporter le combat. 

Quelles perspectives à présent ?

Les talibans ont le dessus. Le gouvernement ne contrôle plus que trois grandes villes, et il est peu probable qu'il dispose encore des forces nécessaires pour parvenir à assurer une défense efficace de la capitale. Les talibans se rapprochent à grande vitesse de Kaboul, des rapports indiquant que leurs combattants progressent sur les flancs nord et sud de la ville. Ce vendredi, ils ne sont plus qu'à 50km de Kaboul. Les États-Unis et la communauté internationale font probablement pression sur les talibans et le gouvernement afghan pour qu'ils parviennent à un accord. Mais finalement, ce sont les talibans ont toutes les cartes en main. Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg va présider vendredi une réunion des ambassadeurs des pays de l'Alliance, après la décision des États-Unis d'évacuer leurs diplomates et leurs ressortissants d'Afghanistan, ont indiqué à l'AFP deux sources diplomatiques.

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