"Quelle photo de moi si j'étais abattu ?": le hashtag qui épingle les médias

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ETATS-UNIS - La mort de Michael Brown, un adolescent noir abattu par un officier de police dans le Missouri samedi, suscite l'indignation de la communauté afro-américaine. Sur Twitter, le hashtag #IfTheyGunnedMeDown a été lancé pour interroger les médias sur le choix des photographies utilisées pour représenter la victime.

L'indignation prend une nouvelle forme après la mort de Michael Brown, un adolescent noir tué samedi par un policier dans la ville de Ferguson, dans le Missouri, alors qu'il était désarmé. La petite ville de 20.000 habitants a été secouée par une deuxième nuit de violentes protestations lundi soir, où la communauté afro-américaine se soulève contre le racisme présumé des forces de l'ordre. Mais les policiers ne sont plus les seules cibles du soulèvement. Avec le hashtag #IfTheyGunnedMeDown (traduire : "s'ils m'abattaient"), les internautes s'indignent cette fois sur Twitter du traitement de l'affaire par certains médias. Et, par extension, de la représentation de la communauté noire.

Deux images, deux personnalités

Coiffé de sa toque de diplômé, ou son casque audio sur les oreilles, visage enfantin et affable... C'est ainsi que Michael Brown, 18 ans lorsqu'il fut tué, a été présenté sur les premières images diffusées dans les médias après sa mort. Des portraits qui correspondaient bien au portrait dressé de lui par sa famille et ses amis : un garçon calme, sans histoires et qui s'apprêtait à entamer des études cet automne.

Alors que le FBI vient d'ouvrir une enquête pour éclaircir les circonstances du drame, deux versions s'affrontent  : celle du témoin d'abord, qui assure que le policier a tiré sur Michael à plusieurs reprises, alors que celui-ci, désarmé, venait de lever les mains en l'air. La police, elle, assure que c'est le jeune garçon qui a provoqué l'altercation, et que le policier a tiré lorsque celui-ci a tenté de s'emparer de son arme. Deux versions, donc, et deux personnalités différentes prêtées à la victime. Inconsciemment ou non, certains médias et blogueurs, notamment outre-Atlantique, ont choisi leur camp. Sur plusieurs sites d’informations, en effet, c’est une image de Michael le visage fermé, faisant un signe de la main qui suggère qu'il faisait partie d'un gang, qui fut préférée.

La question se pose alors : si j'étais abattu, quelle image choisirait-on pour moi ? Plusieurs internautes ont diffusé des photos d'eux les représentant de façons opposées. L'un d'entre eux, par exemple, montre une image de lui en tenue d'avocat en compagnie de Bill Clinton, à côté d'une autre, une bouteille d'alcool à la main. Deux photos pour une même personne, mais qui ne disent absolument pas la même chose. Des centaines d'autres exemples sont diffusés sur le réseau social. Le voyou ou le bon élève ? Le soldat qui sert son pays ou la petite frappe des rues ? Une façon de montrer que chaque être est ambivalent, et que les médias peuvent dire n'importe quoi avec une photo.

Dans l'affaire Trayvon Martin, à laquelle est comparée le drame de Michael Brown, la question du rôle des médias avait déjà été soulevée. Ce jeune garçon avait été tué par un voisin en Floride en 2012, alors qu'il rentrait chez lui. Désarmé, il avait reçu une balle mortelle dans le ventre par Georges Zimmerman, qui avait jugé son comportement suspect. Et comme dans le cas de Michael Brown, ce sont deux Trayvon Martin qui avaient été présentés au public à travers les médias.  Oui, Trayvon Martin fumait de la marijuana et séchait l'école de temps à autre, et aimait se prendre pour un rappeur sur ses photos. Sauf que, montrer ce Trayvon là, n'était-ce pas donner du crédit à son bourreau, qui affirmait que le garçon avait ce soir-là un comportement suspect et qu'il s'est montré violent ? Il s'est avéré que Trayvon n'était pas armé et ne tenait dans ses mains qu'un paquet de bonbons.

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