Qui est Alain Goma, cet otage français qui vient d'être libéré au Yémen ?

Qui est Alain Goma, cet otage français qui vient d'être libéré au Yémen ?

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LIBRE - Alain Goma est enfin libre. Après avoir été l'otage de rebelles houthis pendant plus de quatre mois au Yémen, le navigateur français a quitté sa prison de Sanaa. Pourquoi a-t-il été enlevé ? Qui est ce quinquagénaire ? LCI fait le point sur cet otage peu médiatisé.

Parti pour un voyage au long cours qui devait le mener de sa France natale aux côtes indiennes - à Calcutta plus précisément - Alain Goma s'est retrouvé pris au piège au Yémen. Enlevé par des rebelles houthis, le navigateur a été jeté dans les geôles de Saana, la capitale, pendant quatre mois et demi. Il vient enfin de quitter sa prison ce mardi 16 octobre. Son comité de soutien a indiqué qu'il faisait route vers le sultanat d'Oman, en attendant un retour en France. Mais qui est donc Alain Goma et comment expliquer sa mésaventure ?

Un amoureux du grand large

Le quinquagénaire est un habitué des voyages en mer. Son père le décrit comme "un idéaliste, un peu mystique, réservé et entier, qui se sent bien en mer et navigue à la recherche de lui-même et des autres", rapporte La Croix. C'est d'ailleurs lui qui lui a appris à manier un bateau et à dompter les vagues. La mer a d'abord été une passion à mi-temps : le bac en poche, Alain Goma a commencé par chercher sa voie sur la terre ferme. Il a été chef de rayon dans un supermarché puis représentant commercial. Mais cet homme, originaire de Béziers, avait des envies d'ailleurs.


En 1998, il décide de prendre la mer, s'achète un voilier et quitte la côté française. Destination : le Brésil puis la Guyane où il amarre un temps son bateau pour travailler dans un hôtel, détaille le quotidien. Il poursuivra ensuite sa route jusqu'en Nouvelle Calédonie. Une nouvelle fois sans le sou, il y enchaîne les petits boulots et finit par rentrer en France. De ce périple de neuf ans, il en tirera un livre : Rencontres au bord de l'eau, dans lequel il narre ses aventures et dresse le portrait des personnes qu'il a croisées.

De l'aveu de son père, il rentre déprimé et connait ensuite "une passe difficile". Il s'essaye au roman avec Escale en Camargue en 2015 mais l'appel de la mer est plus fort. Après "six, sept ans" à vivre chez ses parents, il décide de repartir sur les flots, en solitaire et navigue depuis le sud de la France en direction de Calcutta, en Inde.


À bord de Jehol 2, son bateau à voile, il raconte son voyage sur une page Facebook dédiée : les découvertes culinaires, les rencontres avec d'autres baroudeurs en quête de nouveaux espaces ou avec les habitants lors de ces escales. Comme ci-dessous, où on le retrouve par exemple en compagnie d’Égyptiens dans le port  Fouad, à l'entrée du canal de Suez.

Après avoir dépassé la Corse, Malte, la Crète, l'Egypte, il doit changer sa voile, déchirée, puis il fait face à un problème de pompe à eau en pleine mer rouge. Il décide de faire escale dans le port d'Al Hodeidah, au Yémen. Pourquoi accoster sur une zone en guerre ? "Il ignorait, comme moi d’ailleurs, qu’il y avait la guerre au Yémen", racontera plus tard son père. Pour d'autres, les conditions météorologiques ne lui laissaient pas d'autres choix.

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Yémen, la guerre oubliée

Sur sa page Facebook, alimentée autant par lui que par ses proches, les nouvelles restent bonnes dans un premier temps. On peut alors y lire : "Un accueil bien sympathique merci 👏 et pourtant Alain se trouve en mer rouge un des endroits réputés comme les plus dangereux du monde." Il apparaît sur son bateau en compagnie de locaux dont des membres de la direction du port. La veille, il envoyait un sms à ses proches : "J’ai reçu un faï (fagot ou paquet en occitan, ndlr) d’eau… Ici c’est la guerre." Ce sera son dernier message.

Sa famille s'inquiète rapidement de ne plus recevoir de ses nouvelles. Elle lance des appels sur la page Facebook du navigateur - qui se transformera bien vite en page officielle du "comité de soutien à Alain Goma". Il lui faudra attendre le 11 juin, pour que le quai d'Orsay lui annoncera finalement qu'Alain Goma est "détenu" par les douanes yéménites. "Détenu" aux yeux du gouvernement, "otage" pour sa famille. 


Le Français est surtout  tombé au mauvais endroit, au mauvais moment. Le Yémen est en pleine guerre civile : d'un côté les miliciens houthis, soutenus par l'Iran et qui contrôlent Hodeida ainsi que la capitale Sanaa, de l'autre les forces gouvernementales soutenues par la coalition internationale dirigée par l'Arabie saoudite. Lorsqu'Alain Goma fait escale, les combats s'intensifient autour du port et le quinquagénaire est fait prisonnier par les rebelles houthis qui le soupçonnent d'être un espion.

Le savoir dans l’avion et au sultanat d’Oman, c’est un grand soulagementLa sœur d'Alain Goma

Les proches du navigateur ont vécu quatre mois dans l'attente et dans la crainte. Peu de nouvelles ont pu filtrer. Sa libération a d'ailleurs été une grande surprise. La veille encore, son père Roger Goma appelait à signer une pétition en ligne demandant sa libération. Un grand rassemblement était également prévu ce samedi 20 octobre à Valras-Plage. Il ne sera finalement pas nécessaire.


 "C’est une énorme nouvelle !", s'est réjoui sa sœur jumelle auprès de Ouest-France. "Le savoir dans l’avion et au sultanat d’Oman, c’est un grand soulagement".

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