Qui est Arkadi Babtchenko, le journaliste russe dont le meurtre a été mis en scène par l'Ukraine ?

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PORTRAIT - Pendant près de 24 heures, l'annonce de son décès avait provoqué l'émoi en Ukraine comme en Russie. Mais Arkadi Babtchenko est réapparu vivant mercredi, Kiev expliquant avoir mis en scène un meurtre pour déjouer un assassinat commandité par la Russie. Mais qui est donc ce journaliste russe résolument opposé à la politique du Kremlin ?

Soldat, écrivain, correspondant de guerre, journaliste d'opposition... La vie d'Arkadi Babtchenko a été fertile en aventures et en rebondissements mais rien ne pouvait laisser présager ce nouveau chapitre rocambolesque  : la mise en scène de son propre assassinat. Cet assassinat que le journaliste anti-Poutine a souvent dit "craindre". Annoncé mort assassiné ce mardi soir, Arkadi Babtchenko, 41 ans, est réapparu vivant mercredi, le temps d'un revirement invraisemblable, expliquant avoir participé lui-même à une mise en scène dans le cadre d'une "opération spéciale" préparée depuis deux mois. 

C'est un heureux coup de théâtre mais s'il est bel et bien en vie, Arkadi Babtchenko, 41 ans, se sait en danger. En quittant la Russie en février 2017, il dénonçait une "campagne effroyable" de "harcèlement" à son égard après une publication sur les réseaux sociaux concernant le crash d'un avion militaire russe en route pour la Syrie fin 2016. Un message, dans lequel il qualifie son pays d'"agresseur", qui lui vaut une pétition exigeant qu'il soit déchu de sa nationalité et expulsé. 


Passé d'abord par la République tchèque puis par Israël avant de s'installer à Kiev, comme d'autres voix critiques du président Vladimir Poutine, le journaliste disait avoir reçu des "milliers" de menaces.

Plusieurs vies en une seule

En Russie, Arkadi Babtchenko s'est d'abord fait connaître grâce à ses récits crus des deux sanglantes guerres de Tchétchénie, où il a participé en tant que soldat, jeune conscrit de 18 ans pour la première, volontaire pour la seconde. Dans son livre La couleur de la guerre, il raconte sans fard son expérience de la guerre : la violence, les atrocités, l'alcoolisme, la faim, la corruption.


Après avoir quitté l'armée et un diplôme en droit international en poche, il commence à travailler comme correspondant de guerre pour des médias russes, dont le prestigieux journal Novaïa Gazeta, pour lequel il couvre le conflit-éclair entre la Russie et la Géorgie en 2008. Il travaille aussi sur le soulèvement pro-européen du Maïdan à Kiev à l'hiver 2014, puis sur le conflit avec les séparatistes pro-russes dans l'est de ce pays, où il dénonce le rôle de la Russie, appuyant la thèse de Kiev et des Occidentaux selon laquelle elle soutient militairement les rebelles ; ce que Moscou a toujours démenti. 


Disant à plusieurs reprises craindre pour sa vie, Babtchenko avait quitté la Russie en 2017 avec sa famille. En Ukraine, il animait depuis un an une émission sur la chaîne de télévision privée ATR, porte-voix de la communauté des Tatars de Crimée, fermée l'an dernier par les autorités dans cette péninsule annexée par Moscou en 2014.

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