Qui est John Bolton, l'ex-conseiller de Donald Trump qui fait trembler la Maison Blanche ?

Qui est John Bolton, l'ex-conseiller de Donald Trump qui fait trembler la Maison Blanche ?
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PORTRAIT - Dans son livre explosif "The Room Where it Happened (La pièce où cela s'est passé)", l'ex-conseiller de Donald Trump, John Bolton, écorche le président-candidat, déjà sous pression, à quelques mois de l'élection présidentielle. Ces prochains jours, il pourrait s'avérer le meilleur ennemi de l'actuel président des Etats-Unis. Et pourrait même le faire tomber.

Il est celui par qui le scandale arrive. John Bolton, auteur de The Room Where it Happened (La pièce où cela s'est passé), nouvel ouvrage au vitriol atomisant l'actuel président des Etats-Unis à quelques mois de la nouvelle élection US. L'ancien conseiller de Trump y relate les 17 mois passés auprès de l'occupant du Bureau ovale comme conseiller à la sécurité nationale, soit en 2018-2019. Et il tape fort sur l'incompétence du twittos compulsif, balançant notamment sur le fait qu'il aurait sollicité l’aide de son homologue chinois pour sa réélection... 

Le président des Etats-Unis a tenté de faire interdire ledit ouvrage du scandale, sans succès. Le juge du tribunal de Washington Royce Lamberth a refusé de bloquer sa sortie, rejetant en ces mots la requête du gouvernement. John Bolton "a fait courir un risque à la sécurité nationale des États-Unis" et "a mis son pays en danger", a souligné le juge. Mais "le gouvernement n'a pas réussi à établir qu'une interdiction empêcherait des dommages irréparables. Sa requête est donc rejetée", a-t-il conclu. De quoi sérieusement entacher la relance de la campagne de Trump, affirmant par ailleurs ce samedi que son ex-conseiller paierait le prix "fort" pour avoir "enfreint la loi" avec la publication de son livre. 

Mais pourquoi Donald Trump a-t-il raison de se méfier de celui qui défendait à la Maison Blanche la ligne dure des "faucons" du camp républicain ? Pourquoi redoute-t-il celui que le secrétaire d'Etat Mike Pompeo accuse d'être un "traître qui abîme l'Amérique" avec ses "mensonges" ? Peut-être parce qu'avant Donald Trump, John Bolton était déjà John Bolton, figure politique au CV controversé provoquant depuis des décennies l'ire d'une bonne partie du camp démocrate. 

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Ses débuts, ses faits d'armes

La "moustache la plus célèbre" de Washington a auparavant travaillé successivement pour deux présidents républicains de facture classique – Ronald Reagan (1981-1989) et George H. W. Bush (1989-1993) –, pour un troisième inspiré par le néoconservatisme, George W. Bush (2001-2009). Pur résultat de la méritocratie américaine, John Bolton naît dans une famille baptiste modeste de la banlieue de Baltimore, dans le Maryland. Son père est un un ancien GI, blessé lors du débarquement en Normandie et devenu pompier ; sa mère, femme au foyer. Boursier, il étudie au collège semi-militaire de McDonogh, dans le Maryland. À l'âge de 12 ans, il porte l'uniforme. Dans les années 1970, il sort diplômé en droit de l'université Yale, où il militait chez les jeunes conservateurs. Et devient avocat de profession. 

Fervent partisan de la guerre du Vietnam, le juriste aux fines lunettes métalliques finit par travailler de 1981 à 1983 dans l'administration de Ronald Reagan, pour l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). Sous le mandat de George H. W. Bush, de 1989 à 1993, il se retrouve au département d'État, chargé des relations avec les organisations internationales et se révèle en 1993 un farouche opposant aux missions américaines de maintien de la paix, notamment de l'intervention humanitaire américaine en Somalie. En 1998, aux côtés de Richard Perle et d'autres, il est un des signataires de la lettre du Project for the New American Century, appelant Bill Clinton au renversement de Saddam Hussein.

Une carrière pleine de paradoxes

Proche des néo-conservateurs, John Bolton se révèle un républicain bien ancré à droite, nationaliste, proche des options de Dick Cheney, vice-président redouté entre 2000 et 2008. il se distingue aussi comme paradoxe ambulant, à l'aune de son parcours tout en contrastes et en opportunités. Chargé des questions de désarmement par George W. Bush de 2001 à 2005, il reste célèbre comme l'un des architectes de l'invasion de l'Irak en 2003... que, ô paradoxe supplémentaire, Donald Trump n’a cessé de dénoncer comme étant la pire décision jamais adoptée par les Etats-Unis. 

En 2005, le président George Bush le nomme ambassadeur à l'ONU... alors qu'il abhorre l'ONU. Une phrase restée célèbre de 1994 résume ce dédain : le siège des Nations unies à New York a 38 étages, rappelait-il, "s'il en perdait dix, cela ne ferait aucune différence." Cette nomination est ensuite bloquée par les démocrates et plusieurs républicains du Sénat durant une année entière. Et Bolton d'être moins en lumière.

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Grâce à son unilatéralisme revendiqué et à ses commentaires comme chroniqueur sur la chaîne Fox News (que l'on sait très prisée du président), John Bolton a fini par lui taper dans l’œil. Il n'en faut pas plus pour que Trump le nomme en mars 2018 comme troisième conseiller à la Sécurité nationale. Un poste de rêve pour celui qui était hébergé par un cercle de réflexion conservateur de Washington, l’American Enterprise Institute. 

Ce qui rassemble les deux hommes, au départ ? Un fervent souverainisme et une aversion commune pour le multilatéralisme. "America First", scandé comme slogan présidentiel, avait tout pour plaire à Bolton, convaincu depuis des lustres qu'il faut "placer l'Amérique d'abord" et dénoncer les organisations internationales qui cherchent à empiéter sur ses prérogatives nationales. Mais le faucon s'est vite retrouvé en porte-à-faux avec tout un pan de la politique trumpiste. Jusqu'à Trump en personne. 

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Conseiller va-t-en-guerre d'un président qui menace plus qu'il ne souhaite la guerre, Bolton a eu du mal à dissimuler son agacement lorsque l'ex-homme d'affaires se targuait de négocier avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un, critiquant les tirs de missiles de courte portée multipliés par le régime, ou avec les talibans en Afghanistan, ou encore lorsqu'il se disait prêt au dialogue avec l'Iran. Il est partisan des guerres préventives, alors que Donald Trump estime que l'Amérique ne peut être le gendarme du monde et, dans de nombreuses situations, doit se désengager. Donald Trump annonce son licenciement le 10 septembre 2019, tandis que Bolton affirme qu'il a lui-même proposé sa démission... "Il a des avis appuyés sur plein de sujets mais c'est OK. En fait, je le calme, ce qui est vraiment incroyable", ironisait Trump à son sujet. Et si désormais, c'était au tour de Bolton de le calmer ?

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