Qui est Nimr Baqer al-Nimr, le chef chiite exécuté en Arabie saoudite ?

Qui est Nimr Baqer al-Nimr, le chef chiite exécuté en Arabie saoudite ?

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PORTRAIT - L'exécution du cheikh Nimr en Arabie saoudite suscite de vives réactions à travers le monde chiite, notamment en Iran, en conflit ouvert avec le royaume du Golfe. Portrait d'un chef religieux particulièrement influent dans l'est du pays.

Son exécution par le pouvoir saoudien a provoqué un vif regain de tensions entre le royaume et l'Iran. Une crise qui témoigne de l'influence du chef religieux chiite Nimr Baqer al-Nimr au-delà des frontières du royaume. Ce cheikh, condamné à mort, entre autres, pour "terrorisme" en 2014 et exécuté samedi à Ryad, avec 46 autres personnes, est considéré comme une figure de défense de la minorité chiite dans un pays à majorité sunnite, qui applique l'idéologie rigoriste du wahhabisme. Ses attaques virulentes contre la dynastie au pouvoir en Arabie saoudite lui ont attiré les foudres des autorités qui l'ont emprisonné à plusieurs reprises à partir de 2003.

Agé de 56 ans, ce Saoudien originaire de la localité d'Awamiya, dans l'est du pays, a suivi des études de théologie en Iran avant de revenir dans sa province natale, majoritairement chiite, où, d'après son frère cité par l'AFP, il était devenu depuis son retour en 1994 un "faqih"  - juriste théologien de l'Islam. Un statut qui lui conférait une "position spéciale et distinguée" auprès des chiites en Arabie saoudite. C'est dans cette région, où l'opposition violente avec les autorités saoudiennes n'est pas rare, qu'il tenait le vendredi des prêches politiquement engagés, précise encore son frère.

"Exercer son droit à la liberté d’expression"

En 2009, Nimr Baqer al-Nimr appelle à une sécession de l'est de l'Arabie saoudite, riche en pétrole, avec le reste du royaume et au rapprochement de la région avec le royaume de Bahrein situé à proximité. Alors que le Printemps arabe éclate en 2011, le cheikh Nimr mène le mouvement de contestation de la minorité chiite dans l'est du pays qui se plaint d'être marginalisée par la majorité sunnite. Considéré par les autorités comme un "instigateur de l'insurrection", il est arrêté le 8 juillet 2012. Lors de l'arrestation, il est blessé à la jambe.

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Suite à sa condamnation à mort en 2014, Amnesty International avait pris sa défense, indiquant notamment qu'à la lecture des textes du responsable religieux, ce dernier n'avait fait "qu’exercer son droit à la liberté d’expression sans inciter à la violence".

Ali al-Nimr, le neveu condamné à mort

En 2012, une vidéo montrait le cheikh Nimr se réjouissant de la mort du ministre de l'Intérieur de l'époque, le prince héritier Nayef. Or, le fils de ce dernier, Mohammad ben Nayef, est lui-même devenu prince héritier l'an dernier. De quoi faire dire à Mohammed al-Nimr que la mise à mort de son frère prend des "allures de vengeance personnelle".

Aujourd'hui la menace d'une exécution plane sur le propre neveu du dignitaire chiite. Ali al-Nimr a en effet été condamné à mort en mai dernier pour avoir participé à des manifestations contre le pouvoir. Son arrestation, alors qu'il était mineur, a provoqué de vives critiques des défenseurs des droits de l'Homme à travers le monde qui continuent de se mobiliser. Plusieurs pétitions en ligne réclamant sa grâce réunissent notamment plusieurs centaines de signatures.

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