Qui sont les déserteurs de Daech, à qui un docu d'Arte donne la parole ?

Qui sont les déserteurs de Daech, à qui un docu d'Arte donne la parole ?
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ZOOM – Arte diffuse mardi soir un documentaire sur des combattants qui ont quitté les rangs de Daech. L'occasion pour metronews de se pencher sur ces transfuges, dont les témoignages permettent de contrecarrer la propagande de l'organisation djihadiste.

Combien sont-ils ?
Difficile à dire. Mais s'ils ne représentent qu'une toute petite part des dizaines de milliers de combattants de Daech, leur nombre serait en augmentation : lundi, le porte-parole du département d'Etat américain (l'équivalent de notre ministère des affaires étrangères), John Kirby, a affirmé que de plus en plus de combattants du groupe Etat islamique (EI) faisaient désertion, au point que l'organisation en serait réduite à utiliser davantage d'enfants soldats.

Dans le cadre de leur documentaire diffusé mardi soir sur Arte*, les journalistes Thomas Dandois et François-Xavier Trégan ont recueilli les témoignages de quatre ex-djihadistes, trois Syriens et un Jordanien. En septembre dernier, des chercheurs de l'International Centre for the Study of Radicalization and Political Violence (ICSR), rattaché au King's College de Londres, avaient quant à eux publié une étude dans laquelle ils interrogeaient 58 déserteurs ayant publiquement exprimé les raisons de leur fuite entre janvier 2014 et août 2015. Mais en général, les déserteurs de Daech se cachent par peur des représailles.

Pourquoi quittent-ils Daech ?
L'étude de l'ISCR avait isolé plusieurs raisons expliquant le désenchantement de ces combattants. D'abord l'ultraviolence du groupe extrémiste, qui vise aussi bien des partisans de Bachar al-Assad que des rebelles musulmans sunnites, des civils ou des otages exécutés arbitrairement. Mais aussi les dures conditions de vie sous le califat (coupures d'électricité fréquentes, pénuries alimentaires, etc.), avec des inégalités entre combattants, certains transfuges dénonçant les traitements de faveur dont bénéficieraient les djihadistes étrangers - un étudiant indien s'était de son côté plaint de racisme après avoir été cantonné durant six mois au lavage des toilettes. Parmi les 58 déserteurs retrouvés par l'ISCR, deux avaient par ailleurs pris la fuite après avoir découvert qu'on les destinait à devenir kamikazes.

Le documentaire d'Arte évoque également le difficile quotidien des combattants de Daech, le conditionnement psychologique dont ils font l'objet et les atrocités qu'on les pousse à commettre. "Nous, on voulait la chute de Bachar. Maintenant, je suis épuisé mentalement. Dans mes rêves, je me vois encore égorger un être humain. J'espère que notre avenir sera meilleur", raconte ainsi l'un de ses protagonistes.

Que risquent-ils ?
Très gros : outre le fait qu'ils s'exposent à de sérieux ennuis judiciaires en retournant dans leur pays d'origine, les exécutions pour désertion se multiplient dans les rangs de Daech. Fin février, une ONG avait ainsi rapporté que huit combattants néerlandais du groupe extrémiste avaient été tués après avoir été accusés de "tentative de désertion et de sédition". "Rejoindre l’Etat islamique, c’est un aller sans retour, a ainsi assuré un déserteur à Thomas Dandois et François-Xavier Trégan . Vous serez accueilli à bras ouverts, mais si vous êtes soupçonné de vouloir déserter, vous serez décapité sur-le-champ."

* "Daech, paroles de déserteurs", le 15 mars à 20h55 sur Arte (52 minutes)

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