Elles ont reçu leur récompense ce mardi : qui sont les deux Yézidies lauréates du prix Sakharov après avoir été esclaves de Daech ?

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PORTRAIT – Le Parlement européen a remis ce mardi le prix Sakharov "pour la liberté de l'esprit" à Nadia Murad et Lamia Haji Bachar. LCI vous présente ces deux jeunes femmes yézidies qui avaient été réduites à l’esclavage sexuel par Daech.

D’esclaves sexuelles de Daech, elles sont devenues porte-paroles de la communauté yézidie. Un mois et demi après l'annonce de leur désignation, Nadia Murad et Lamia Haji Bachar, deux jeunes Irakiennes qui avaient été enlevées par l’organisation terroriste, se sont vu remettre officiellement ce mardi le prix Sakharov pour la liberté de l'esprit 2016 (ndlr : du nom de l'ancien dissident soviétique) par le Parlement européen à Strasbourg. Ce prix vient récompenser leur combat pour la défense des Yézidis, minorité kurdophone d’Irak persécutée par les djihadistes.


Vêtue de tenues traditionnelles, les deux jeunes femmes sont apparues sous les applaudissements de l’hémicycle en compagnie du président du Parlement, l’Allemand Martin Schulz. Manifestement émue, elles ont appelé les parlementaires européens à ne pas rester inertes face à la folie destructrice et meurtrière des djihadistes. 

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Originaires du même village tyrannisé par Daech

Nadia Murad et Lamiya Aji Bashar sont toutes les deux originaires du village de Kocho. La première, 23 ans, a fait le tour du monde pour raconter son histoire – elle a été nommée ambassadrice des Nations unies – et figurait parmi les favoris pour le prix Nobel de la paix 2016. Défendue par Amal Clooney dans son combat contre Daech, elle jouit déjà d’une certaine notoriété. 


C'est moins le cas de la seconde, enlevée lorsqu'elle avait 16 ans. "Remarquablement forte", selon les dires du psychiatre qui la suit, Lamiya Aji Bashar vit avec sa sœur dans le sud de l'Allemagne, où elle se reconstruit après les horreurs infligées par les terroristes durant ses 20 mois de captivité. 


Un enfer qui l’a tragiquement poursuivi même après avoir réussi à s’échapper : d’abord tombée dans les mains d’un directeur d’hôpital irakien qui a également abusé d'elle, Lamiya Aji Bashar a été grièvement blessée en traversant un champ de mines, explique la fondatrice de l'organisation germano-irakienne Air Bridge Iraq, qui s'occupe de la jeune fille depuis son arrivée en Europe. 

Elle n’a perdu ni son courage ni sa volonté de vivreJan Kizilhan, psychiatre de Lamiya Aji Bashar

La jeune femme porte sur son visage les stigmates de l’explosion, qui lui a aussi emporté l’œil droit. Mais elle s’accroche avec courage. Elle voudrait devenir institutrice et rester dans son pays d'accueil. "C’est une personne très vivante, très drôle, qui a beaucoup d’amis", raconte encore son psychiatre. "Elle n’a perdu ni son courage ni sa volonté de vivre."

Un combat pour la reconnaissance d'un génocide yézidi

Elle aussi torturée et violée durant des mois, Nadia Murad a souvent décrit les atrocités commises par Daech, les mariages forcés, le renoncement à sa foi yézidie et sa conversion à l’islam version djihadiste. Comme sa co-lauréate, elle réside maintenant en Allemagne. C’est d’ailleurs peu après son arrivée dans le pays qu’elle a décidé de militer pour que les persécutions perpétrées contre sa communauté soient reconnues comme un génocide.  


Les grandes puissances ont "échoué à nous sauver du génocide", affirmait-elle en juin, après avoir pris la parole devant le Conseil des Droits de l'Homme de l'ONU : "Le génocide doit être reconnu et les coupables traduits en justice". 


"Le monde libre ne réagit pas", avait-elle encore souligné au début du mois d’octobre, au moment de recevoir le prix Vaclav Havel du Conseil de l’Europe. "Ma grande crainte est que, une fois l'(organisation terroriste) Etat islamique vaincue, les militants, les terroristes ne rasent leur barbe et ne se fondent dans la foule comme si rien ne s'était passé (…) On ne peut pas laisser faire ça."

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