Jeune missionnaire tué : qui sont les Sentinelles, ce peuple coupé du monde hostile aux étrangers ?

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ISOLÉ - La mort d'une jeune missionnaire américain, tué par les flèches des Sentinelles il y a quelques jours, a attiré l'attention sur ce peuple qui vit coupé du monde sur une petite île dans le Golfe du Bengale. On les dit belliqueux et hostiles, mais le sont-ils vraiment ? Qui sont ces personnes qui vivent sur cette petite île depuis des millénaires ?

Ils vivent sur une surface grande comme la ville de Paris, depuis des millénaires, et il existe très peu d'images d'eux. Cette île, appelée "North Sentinel", est située à quelque cinquante kilomètres de la ville de Port Blair, capitale de l'archipel des îles Andaman, dans l'Océan Indien. Les habitants de ce lieu sont appelés les Sentinelles. 


D'eux, on sait peu de choses, si ce n'est qu'ils sont des chasseurs-cueilleurs pratiquant la pêche. L'Inde a interdit d'approcher à moins de cinq kilomètres cette île. Les filmer, les photographier ou les approcher est passible d'une lourde peine de prison. 

D'où viennent-ils ?

Selon l'ONG de protection des tribus autochtones Survival International, les Sentinelles descendent des premières populations d'homo sapiens à être parties d'Afrique et vivent aux Andaman depuis 60.000 ans. Pour d'autres anthropologues, il n'est pas prouvé que leur présence dans cette région soit aussi ancienne, même si elle est indubitablement plurimillénaire.


La population exacte de cette île est inconnue, mais les anthropologues estiment qu'ils sont entre 20 et 250 à vivre là. De très rares images d'eux sont disponibles et montrent des personnes à la peau noire, qui ne portent pas de vêtements mais des bijoux faits de fibres végétales. 

Comment vivent-ils ?

L'un des rares anthropologues à avoir posé le pied sur l'île, l'Indien, T N Pandit, racontait dans une interview parue en septembre dernier les scènes vues lors d'une expédition scientifique en 1967. "Nous nous sommes enfoncés d'environ un kilomètre à l'intérieur de l'île. (Les Sentinelles) ne nous ont pas fait face, ils se cachaient plutôt dans la forêt, ils nous observaient", racontait-il. Le groupe escorté par des policiers armés est arrivé à un campement de 18 huttes : "Il y avait beaucoup de denrées alimentaires dont des fruits sauvages et du poisson qui était fumé sur le feu".


L'ONG Survival International indique de son côté que les Sentinelles vivent en petits groupes et possèdent des habitations différentes : "De longues maisons communautaires avec plusieurs foyers pour un certain nombre de familles, et des abris plus temporaires, ouverts sur les côtés, que l’on peut parfois apercevoir de la plage, avec assez d’espace pour accueillir une famille". 


"De ce qui a pu être observé à distance, les habitants de North Sentinel sont clairement en très bonne santé, alertes et vigoureux, contraste étonnant avec les tribus Onge et les Grands Andamanais auxquels le gouvernement britannique a tenté d’apporter la ‘civilisation’. Les personnes que l’on a aperçues sur les rivages de l’île ont l’air fiers, forts et en bonne santé et à plusieurs reprises des observateurs ont aperçu de nombreux enfants et des femmes enceintes", peut-on encore lire sur le site de Survival International.

Ont-ils déjà été en contact avec l'extérieur ?

Très peu de personnes ont été en contact avec cette population qui vit retranchée sur l'île. Certains s'y sont risqués à leurs risques et périls. Pourtant au fil des siècles, la fascination a perduré. A la fin du 19e siècle, une expédition menée par un officier colonial britannique capture un couple de Sentinelles âgés et quelques enfants. Emmenés à Port Blair, le couple meurt rapidement de maladie, les enfants sont renvoyés sur l'île.  


Mais toutes les tentatives de contact du monde extérieur se sont heurtées à l'hostilité et à un rejet violent de la part de la communauté. Au milieu du XXe siècle plusieurs expéditions d'anthropologues indiens ont tenté d'entrer en contact avec les Sentinelles, sans véritable succès. Elles ne récoltent généralement que des volées de flèches.


Avant le missionnaire américain John Chau, la dernière interaction connue avec les Sentinelles remontait à 2006. Le bateau de deux pêcheurs indiens avait dérivé pendant leur sommeil jusqu'au rivage, ses occupants avaient été tués. 

Pourquoi rejettent-ils les étrangers ?

En 2004, au lendemain du tsunami, un hélicoptère avait survolé l'île pour s'assurer que tout allait bien. Il a été accueilli par des flèches. Le missionnaire John Chau, venu leur "apporter Jesus", a connu un sort plus douloureux : son corps a été criblé de flèches et tiré par une corde par des Sentinelles à l'intérieur des terres. 


Une attitude qui montre une certaine hostilité vis-à-vis de l'extérieur. Pour autant, sont-ils belliqueux ? Les anthropologues estiment qu'une tribu belliqueuse, cela n'existe pas. On parle plutôt d'un contexte de peur. Isolée du reste du monde, elle peut se montrer peureuse et se défendre, avec ses propres armes. 

Que risquent-ils s'il y avait un vrai contact avec l'extérieur ?

Un réel problème sanitaire. Si la question de rapatrier le corps de John Chau se pose, c'est qu'un contact même infime avec l'extérieur pourrait leur être fatal. Depuis des millénaires, les Sentinelles vivent sur une île à l'écart du reste de l'humanité et n'ont donc pas de système immunitaire capable de supporter et combattre les agents infectieux que pourraient leur apporter des personnes venues d'ailleurs. Les autorités s'assurent occasionnellement de leur bonne santé en observant la rive à partir d'un bateau, ancré à une distance respectable, ou en hélicoptère.

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