Rapatrié en urgence du Malawi, le fisc lui réclame 87.000 euros

Rapatrié en urgence du Malawi, le fisc lui réclame 87.000 euros

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FACTURE – En avril dernier, Matthieu Jacquet contracte le paludisme au Malawi et tombe dans le coma. Sans emploi sur place et sans assurance, il se fait rapatrier en urgence aux frais de l'Etat... qui lui présente maintenant la facture. Une note salée de 87.000 euros que lui et sa famille assurent ne pas pouvoir payer.

Vivre, mais à quel prix ? À cette question, Matthieu Jacquet vient d’avoir une réponse : 87.596 euros. C’est en effet la somme que réclame le fisc à sa famille pour l’avoir rapatrié en urgence en avril dernier du Malawi, où il était tombé gravement malade après avoir contracté le paludisme. Le ministère des Affaires étrangères avait alors, aux frais de l’État, transporté Matthieu à la Réunion pour y être soigné. Une somme rondelette que la famille doit rembourser d’ici au 15 septembre et qu'elle jure ne pas avoir.

Le séjour de Matthieu dans ce petit pays d’Afrique australe avait pourtant bien commencé. Au chômage en France lorsqu’on lui propose d’aller y travailler, ce pâtissier de formation n’hésite pas une seconde. En septembre, il s’envole pour cette destination inconnue où il devra faire ses preuves comme cuisinier dans un complexe hôtelier isolé de Cape Mac Clear. Pendant sept mois, tout se passe bien, hormis quelques petits ennuis de santé qui ne l’inquiètent pas.

EN SAVOIR + >> Les explications du ministère des Affaires étrangères

Le diagnostic tombe : la malaria

Début mars, lorsque son contrat se termine, Matthieu décide de rester au Malawi et passe différents entretiens d’embauche pour retrouver un emploi. Des entretiens qui n’iront pas plus loin : début avril, le jeune homme de 28 ans tombe gravement malade. Fièvre intense, vomissement, l’état de Matthieu se dégrade rapidement et le diagnostic est sans appel : il s’agit du paludisme, une maladie infectieuse transmise par la piqûre de certains moustiques.

"Le 8 avril, le consulat de France au Malawi m’a appelé pour me donner des nouvelles de Matthieu, guère rassurantes. Le 15, ils nous ont rappelés en évoquant une 'urgence médicale'. Matthieu ne pouvant être soigné là où il était, il devait être transféré rapidement dans un hôpital adapté", explique à metronews Magali, la sœur du jeune homme. Un rapatriement vers Paris est alors évoqué au coût de 250.000 euros, avant qu’une solution alternative vers l’île de la Réunion, plus proche, soit retenue, pour la somme de 87.000 euros. Le tout à la charge de la famille.

Matthieu n'avait plus d'assurance

Car Matthieu, sans emploi au moment de tomber malade, n’est désormais plus couvert par l’assurance de son précédent employeur. Et sans assurance rapatriement souscrite de son côté, les solutions ne sont guère nombreuses. "Nous avons dû signer une reconnaissance de dette à l’État, sans quoi l’avion ne décollait pas. Et mon frère mourait", assure Cécile. "Nous n’avons pas eu le choix", déplore-t-elle.

De son côté, le jeune homme n’a pris conscience des épreuves et tourments administratifs qu’à son retour en France. "Je suis resté dans le coma 9 jours et j’ai un trou de mémoire de 3 semaines", explique-t-il à metronews. "Je ne me rappelle que de mon réveil dans l’hôpital de l’île de la Réunion”. Remis sur pied – un "miraculé" de l’aveu de sa propre sœur, infirmière – Matthieu est rentré en France grâce à l’aide d’internautes qui se sont cotisés. "Le billet de retour était de 1800 euros", souligne-t-il. Une générosité rendue possible grâce à sa sœur, Magali, qui a eu l’idée de créer une page Facebook pour sensibiliser sur le problème de Matthieu.

Une facture très salée

Depuis le début du mois, la page Facebook  a été réactivée dès la réception de la facture du fisc, le 3 août. "Mes parents tiennent un camping en Vendée. Mon père ne se salarie pas et ma mère touche le Smic. En remboursant 400 euros par mois, il nous faudrait plus de 17 ans pour solder la dette !", précise Matthieu. "Ce n'est pas qu'on ne veut pas rembourser, on ne peut pas", peste, de son côté, le père de Matthieu auprès de nos confrères de France 3 Pays-de-la-Loire . "Que l'Etat français demande un peu d'argent, c'est compréhensible. Mais là, la somme est aberrante ! Un Français en train de mourir à l'étranger, on lui demande de l'argent pour se faire soigner, c'est injuste", déplore le jeune homme. Depuis, la famille multiplie les appels aux dons pour pouvoir régler la somme – ils ont demandé une remise gracieuse et/ou un échelonnement au fisc et même à François Hollande –, et se mobilise. Après des articles dans la presse locale, leur histoire commence à gagner la presse nationale et Matthieu enchaîne les interviews.

Contacté par metronews, le Quai d’Orsay n’a pour le moment pas répondu à nos sollicitations. Dans les couloirs du MAE, on nous renvoie poliment, mais fermement vers le service communication, et seulement eux : "Ils ont des éléments de langage, ils pourront vous répondre."

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