Les récits édifiants des Yézidies, victimes des crimes sexuels perpétrés par des djihadistes français

Les récits édifiants des Yézidies, victimes des crimes sexuels perpétrés par des djihadistes français

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CRIMES DE GUERRE - Un rapport publié ce jeudi par la Fédération Internationale des Droits de l'Homme dénoncent le fait que des djihadistes français sur le théâtre syro-irakien, ont pris part à des crimes sexuels à l'encontre de la communauté yézidie.

Durant quatre ans, l'organisation Kinyat et la FIDH, Fédération Internationale des Droits de l'Homme, ont mené une enquête de terrain pour mettre en lumière les exactions menées par les djihadistes étrangers de l'Etat Islamique en Irak et en Syrie, à l'encontre de la communauté yézidie. Parmi eux, des Allemands, des Américains, des Saoudiens, des Libanais, des Yéménites et aussi des Français. 


Dans ce rapport publié ce jeudi, on peut lire que certaines femmes yézidies ont été réduites en esclavage, torturées et violées par des djihadistes français. 

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Au cours de cette enquête qui a conduit à la rédaction de ce rapport, plusieurs femmes yézidies survivantes de ces crimes ont été interrogées et cinq d'entre elles racontent comment elles ont servies d'esclave. Certaines pour aider aux tâches ménagères, d'autre ont été emprisonnées et violées par leurs bourreaux, parmi eux des Français engagés dans la zone irako-syrienne. Ces crimes étaient légitimés par la rhétorique de l'Etat Islamique qui médiatisait ces crimes comme outil de propagande de terreur et pour attirer de nouvelles recrues dans ses rangs. 


C'est en 2014 que démarre la campagne de "purification" avec la prise de Mossoul, par Daesh qui entend nettoyer la région de ses éléments non islamiques et chiites, indique le rapport. Deux mois après la prise de Mossoul, 130 000 Yézidies fuient vers les zones kurdes vers Sinjar. La région sera la cible d'un projet génocidaire visant à éliminer cette minorité kurdophone persécutée depuis des siècles qualifiés par le groupe EI, d'"adorateurs du diable". 


"Le projet génocidaire entraîne crimes de masse, conversions forcées à l’Islam, dispersions brutales des familles et réduction en esclavage des femmes et enfants survivants, considérés comme des butins de guerre", précise le rapport. "Réduire les femmes en esclavage était un privilège réservé à certains combattants, notamment à ceux qui occupaient un grade élevé ou qui étaient de nationalité étrangère", pointe l'enquête. Les chiffres indiquent que "6800 Yézidies auraient été retenues captives, 4300 se seraient échappées ou auraient été rachetées, 2500 seraient encore disparues".

Il m’a emmenée loin de son foyer dans une autre maison. Là-bas, il m’a violé trois fois après m’avoir menottée et bâillonnéeSalma, 26 ans, survivante de Daesh

Séparées des hommes, ces femmes racontent comment elles ont été vendues sur des marchés aux esclaves, et sur Internet. Katrin, une survivante yézidie trentenaire, raconte qu'elle a été "achetée par un Français qui m’a amenée vivre avec sa mère et ses deux sœurs à Raqqa. Je savais qu’il était français d’après la fille de leur voisin, qui était aussi française et qui m’a dit qu’ils étaient tous français. Sa sœur était aussi mariée un Français à Deir Ezzor". "Il m’a dit que je ne devais pas retourner dans ma famille parce qu’ils étaient infidèles, lui aussi avait quitté sa famille en France parce qu’ils étaient infidèles. Il m’a montré des photos de ses enfants en France, ils lui ressemblaient beaucoup", se souvient cette rescapée.  


Autre témoignage recueilli, celui de Salma, 26 ans qui évoque son ravisseur français. "Sa femme ne parlait pas un mot d’arabe, elle ne comprenait absolument pas le problème des Yézidis. Elle n’arrêtait pas de me demander ce que je faisais là, mais lui me disait de ne rien dire. Elle voulait que je parte. Quelques jours plus tard, il m’a emmenée loin de son foyer dans une autre maison. Là-bas, il m’a violé trois fois après m’avoir menottée et bâillonné", dit-elle. 

Rojin, 38 ans, explique que c'est un Français qui a voulu l'acheter. "Le Français nous a amenées - S. (une autre femme yézidie) et moi - chez un émir saoudien. L’émir avait deux assistants : le Français et un homme syrien. Il nous a laissées là pendant deux semaines, puis il est revenu une nuit pour nous dire que l’assistant syrien m’avait achetée, et l’émir

avait acheté S. On s’est mises à pleurer toutes les deux", dit-elle.


Le récit de Walida, 30 ans, rapporté par la FIDH et impliquant là encore un djihadiste français, est édifiant : "Sa femme lui a dit de me violer, mais il a refusé. Il lui a répondu que sa spécialité était d’éduquer les enfants, et que le commerce des Sabaya faisait partie de son travail, rien de plus. Il m’a amenée avec lui pour que je reste près de la base où les enfants étaient formés, et tous les jours je voyais mes deux fils par la fenêtre qui suivaient la formation. Je le voyais donner des ordres à d’autres djihadistes de l’EI sur la manière d'éduquer les enfants", se souvient la jeune femme. 

Un appel à la Cour pénale Internationale

A la lumière de cette enquête, la FIDH demande à la justice française d'enquêter sur ces crimes de guerre afin que les djihadistes français soient traduits en justice : "La FIDH et Kinyat appellent les juridictions nationales à élargir les poursuites et charges retenues pour rendre compte de la réalité des crimes commis par les membres de Daesh et garantir l’accès des victimes à la justice". Et de demander l'ouverture d'une "enquête préliminaire à la Procureure de la Cour pénale Internationale sur la base de la nationalité des auteurs (...) qui sont des ressortissants d’États parties au statut de la CPI"


De son côté, l'OFPRA, Office Français de protection des réfugiés et apatrides a lancé un appel à témoins le mois dernier dans le cadre de la lutte contre l'impunité des crimes internationaux les plus graves. "La France est en effet compétente, dans certaines conditions (notamment si l'auteur est en France ou s'il est Français), pour enquêter sur plusieurs crimes et violences graves commis dans un contexte de conflit ou de répression de la population civile", précise cet appel. 

Selon une estimation de Paris, sur les 680 djihadistes français estimés sur le théâtre irako-syrien, plus de 300 sont morts et un petit nombre a rejoint d'autres pays (Afghanistan, Maghreb, Libye). Une partie d'entre eux sont donc toujours sur place, notamment à la frontière syro-irakienne où il y a toujours des combats et où pourraient se trouver aussi des Français. La FIDH estime à environ 100 ressortissants français (dont plusieurs femmes et environ 32 enfants) le nombre d’individus ayant été arrêtés et étant détenus dans le nord de la Syrie et autour de cinq ressortissants français étant détenus en Iraq.

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