Rapport explosif pour Zuma : pourquoi le président d'Afrique du Sud est plus que jamais sur la sellette

International
DÉCRYPTAGE - La justice sud-africaine a autorisé mercredi la publication immédiate d'un rapport consacré au bon usage des deniers publics. Il exhorte le parquet et la police à enquêter sur de possibles "crimes" de corruption qui remonteraient jusqu’au président Jacob Zuma.

Jacob Zuma va-t-il pouvoir conserver son fauteuil ? C'est la question qui se pose ce mercredi soir en Afrique du Sud après la publication d'un rapport évoquant de possibles "crimes" de corruption commis au sommet de l'Etat. Des accusations qui tombent mal pour le président du pays, déjà empêtré dans des scandales à répétition depuis sa prise de fonction en 2009.


Un rapport explosif

Le 14 octobre dernier, la médiatrice de la République sud-africaine Thuli Madonsela devait dévoiler un rapport potentiellement explosif sur une famille d'hommes d'affaires, les Gupta. Ces derniers sont soupçonnés d'avoir imposé au chef de l'Etat la nomination de ministres ou de chefs d'entreprises publiques. Sauf que Jacob Zuma ne l'avait pas entendu de cette oreille : le président avait aussitôt saisi la justice pour empêcher la publication. Mais coup de théâtre, ce mercredi, le président a finalement décidé de faire volte-face. A ainsi été publié le pavé de 355 pages, dans lequel la médiatrice "porte à l'attention du parquet" et de l'unité d'élite de la police "les problèmes identifiés dans ce rapport où il semble que des crimes ont été commis". Elle juge par exemple "inquiétant" que le député David Van Rooyen se soit rendu à sept reprises chez les Gupta, y compris la veille de sa nomination surprise au ministère des Finances en décembre dernier.

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Les Sud-Africains dans la rue pour réclamer la démission du Président Zuma

Des heurts devant le palais présidentiel

Aussitôt le rapport publié mercredi, des milliers de partisans de l'opposition, qui manifestaient à proximité du tribunal, se sont dirigés vers le palais présidentiel. C'est là où la police anti-émeutes a réagi en tirant des balles en caoutchouc et a utilisé des canons à eau pour tenter de disperser la foule. Après cet incident, les manifestants de l'opposition - essentiellement du parti de gauche radicale des Combattants pour la liberté économique (EFF) - continuaient cependant à se masser devant les grilles de la résidence du président, alors que la police recevait des renforts au sol et que des hélicoptères survolaient la scène.


Jacob Zuma plus affaibli que jamais

Jacob Zuma est de plus en plus critiqué. En particulier après le revers historique de l'ANC, son parti, lors des municipales d'août. Ses opposants n'hésitent plus à critiquer la corruption qui sévirait dans les hautes sphères du pouvoir : mardi, dans une charge inédite, la très respectée fondation Nelson Mandela avait appelé au départ du chef de l'Etat. Tout comme l'un des principaux syndicats de la fonction publique, Nehawu, allié historique de l'ANC. Cette affaire nourrit également une véritable guerre politique au sein du même parti au pouvoir en Afrique du Sud, le Congrès national africain (ANC), où s'affrontent le camp du président Zuma et celui des frondeurs mené par le ministre des Finances, Pravin Gordhan.


Un chef de l'Etat au lourd passif

Si Jacob Zuma a survécu à de nombreux scandales depuis sa prise de fonction en 2009, ils resurgissent ces jours-ci dans la bouche des opposants qui tentent de l'inciter à partir. En juin, il a ainsi été contraint par la justice à rembourser 500.000 dollars d'argent public utilisés pour rénover sa résidence privée. Il risque aussi la réouverture prochaine de poursuites pour corruption dans une affaire de contrat d'armement. Sans croissance - 0% prévu par la banque centrale cette année - il a également du mal à tenir ses promesses de faire baisser un chômage record (26,7%) et de réduire les inégalités.

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