Recherche d'un vaccin contre le coronavirus : course contre la montre entre la Chine, la France, les Etats-Unis, la Russie et l'Australie

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MÉDECINE - Les laboratoires de recherche, les universités et entreprises pharmaceutiques de cinq pays se sont lancés dans une course pour développer un vaccin contre le nouveau coronavirus. Un processus qui peut prendre plusieurs mois, comme en témoigne les scientifiques de l'Institut Pasteur, en France.

L'Institut Pasteur s'est lancé à son tour dans la recherche d'un vaccin contre le 2019-nCov, le coronavirus chinois. Les scientifiques français rejoignent ainsi une course contre la montre internationale pour développer en premier un potentiel traitement capable d'enrayer la pneumonie virale ayant fait plus de 130 morts. 

Les équipes du célèbre laboratoire de recherche est ainsi au coude-à-coude avec les équipes américaines, premières à s'être engagées dans la recherche d'un vaccin, les équipes chinoises, les plus concernées par l'épidémie actuellement, ainsi que des équipes russes et australiennes.

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L'Institut Pasteur en est à la première étape : isoler le virus

Alors qu'un cinquième cas de contamination au "2019-nCoV", le coronavirus né en Chine, a été confirmé en France mercredi soir par Agnès Buzyn, les équipes de l'Institut Pasteur continuent de progresser dans les recherches d'un potentiel vaccin. Les scientifiques français se réjouissent déjà d'avoir franchi deux avancées majeures : l'identification de ce coronavirus - inconnu jusqu'ici - et la mise au point d'un test de reconnaissance fiable par le Centre national de référence (CNR) des virus des infections respiratoires pour détecter les contaminés.

"Les Chinois on eu la très bonne idée d’avoir fait du séquençage de génome complet", explique Vincent Enouf, directeur adjoint du CNR. Une technique "nouvelle génération" qui permis de diffuser rapidement dans la communauté scientifique internationale le code génétique de ce nouveau virus. Grâce à cela, l'Institut Pasteur a pu gagner du temps et se lancer à la recherche des caractéristiques spécifiques de ce virus, permettant ensuite d'établir un test d'identification.

Désormais, à charge pour l'Institut Pasteur de mettre le virus en culture. "Comme si on faisait pousser une plante en mettant une graine dans la terre, on va mettre le virus sur des cellules qui sont connues pour accepter l’infection par ce virus et ainsi permettre sa multiplication", continue encore Vincent Enouf. L'objectif : expertiser le virus et enchaîner les tests afin d'élaborer un vaccin ou des traitements, inexistants à l'heure actuelle.

"Ce n'est que le point de départ"

Si les résultats sont encourageants, l'Institut Pasteur souhaite relativiser l'enthousiasme de certains confrères, affirmant pour certains qu'un "vaccin prometteur" serait "bientôt dans les éprouvettes françaises". Les recherches de vaccins contre le coronavirus sont en effet en cours, mais elles visaient jusqu'à présent les deux virus ayant provoqués les précédentes épidémies : le Sras-nCov (2003) et le Mres-nCov (2010). 

Concernant le 2019-nCov, qui est une troisième variante de coronavirus, "on est au tout début des recherches", assure à LCI l'institut Pasteur, même si leurs travaux sur le Sras et Mres leur permettent d'aller plus vite. "La souche biologique du virus vient juste d’être isolée, dans une poignée de pays. C'est une étape importante, mais ce n'est que le point de départ", continue la porte-parole de l'Institut.

Quelles équipes sont mobilisées ailleurs dans le monde ?

Après avoir été pris de court par l'urgence et la gravité de l'épidémie née dans la ville de Wuhan, la Chine a finalement annoncé le 26 janvier s'être lancée dans le développement d'un vaccin contre le 2019-nCoV. Le Centre chinois pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) a ainsi assuré : "Nous avons isolé le virus et sommes en train d’identifier la souche de semence". Le CDC a néanmoins ajouté qu'il mettaient la priorité sur une meilleure prise en charge des malades, en établissant la liste des médicaments pouvant agir sur la pneumonie causée par le nouveau coronavirus.

C'est notamment pour cette raison que la Chine a partagé ses résultats et distribué le code génétique du virus aux scientifiques du monde entier, leur permettant de développer de nouveaux outils de diagnostic et de se lancer dans la recherche de traitements. Le pays a également autorisé la venue d'experts internationaux pour collaborer avec les scientifiques chinois. La Chine n'a toutefois pas partagé le virus lui-même avec les laboratoires étrangers, ce que l'Australie va désormais faire, via l'Organisation mondiale de la santé (OMS). 

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Les Etats-Unis, en tête sur la recherche d'un vaccin

L'Australie a en effet un coup d'avance : les scientifiques de l'Institut Doherty, à Melbourne, ont annoncé être parvenus à répliquer en laboratoire le 2019-nCoV. Pour la première fois hors de Chine, cette équipe de recherche a pu obtenir le "vrai virus", à partir d'un échantillon d'un patient infecté. Selon l'Institut Doherty, cette réplique du nouveau virus chinois va donner la possibilité aux scientifiques de créer des anticorps tests, permettant de détecter le virus chez des patients avant même qu'ils ne présentent de symptômes de la maladie.

Malgré cette avancée australienne, les Etats-Unis sont extrêmement mobilisés. C'est le premier pays a avoir lancé le développement de vaccins potentiels, via les chercheurs des Instituts nationaux de santé américains (NIH), les chercheurs de l'Institut national des maladies infectieuses, ou encore le laboratoire pharmaceutique Johnson & Johnson. La recherche scientifique se fait en commun, et en collaboration avec la société de biotech Moderna, financée pour ce projet par la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations, une organisation de partenariat public-privé. Un grand consortium de scientifiques qui mise sur le développement parallèle de plusieurs méthodes de recherche différentes. Lors d'une conférence de presse commune à Washington, ils ont appelé les scientifiques chinois à améliorer la coopération avec les chercheurs américains. 

Enfin, la Russie a elle aussi annoncé s'être engagée dans le challenge, suite à une mission diplomatique russe en Chine. Dans un communiqué, le consulat russe à Guangzhou a affirmé que la Chine leur avait remis le génome du virus, précisant : "cela a permis à nos scientifiques de développer rapidement des tests express qui permettent d'identifier le virus dans le corps humain en deux heures". Comme le rapporte Reuters, il n'est cependant "pas clair" que les scientifiques russes et chinois "travaillaient ensemble ou séparément".

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Un vaccin, mais pour quand ?

D'après les déclarations de Frédéric Tangy, responsable du "Laboratoire d'innovation vaccinale" de l'Institut Pasteur, recueillies par L'Express, "il faudra environ trois mois pour produire le premier vaccin et démarrer l'étude de son efficacité chez la souris". Les estimations sont à peu près les mêmes selon l'équipe outre-Atlantique. Il faudra "trois mois pour lancer un essai de phase 1, puis trois mois pour obtenir des données, avant d'éventuellement lancer une phase 2 sur un plus grand nombre de personnes" a ainsi annoncé Anthony Fauci, de l'Institut national des maladies infectieuses.

Si l'épidémie pourrait être terminée d'ici là, les scientifiques mettent un point d'honneur à appliquer la maxime "mieux vaut prévenir que guérir". "Nous avançons comme si nous devions déployer le vaccin", a précisé M. Fauci. "Nous envisageons le pire des scénarios, au cas où cela devienne une plus grande épidémie".

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