Référendum sur l’indépendance de la Catalogne : les Catalans de France à fond derrière "leurs frères" du Sud

RÉGIONALISME – Sans forcément rêver d’un sort identique, les Catalans de l’Hexagone voient d’un bon œil la tenue du référendum de dimanche sur l’indépendance de la Catalogne espagnole. Une occasion selon eux de renforcer leur identité et leur culture communes, mais aussi de réclamer une plus grande autonomie à la France.

Tout ou presque les rassemble. De la langue à la culture en passant par leur histoire, les Catalans de France et d’Espagne partagent, sinon leur nationalité, une identité et des racines communes. Une proximité qui permet de mieux comprendre la solidarité existant des deux côtés des Pyrénées. Plus forte que jamais, cette solidarité devrait s’exprimer pleinement dimanche, alors que doit avoir lieu le référendum controversé sur l’indépendance de la Catalogne. Les Français pourraient ainsi être nombreux à faire le déplacement pour manifester leur soutien.


"Ici, du côté français, nous sommes favorables au fait que les Catalans du sud (d’Espagne, ndlr) puissent se prononcer sur leur indépendance. C’est un droit démocratique", explique Jordi Vera, coordinateur de la force politique régionaliste Oui au Pays Catalan, basée à Perpignan. Comme beaucoup d’autres, il ira lui-même en Espagne ce week-end pour appuyer le processus d'émancipation. "La population, les élus ; une grande majorité des gens est favorable à l’autodétermination", poursuit-il. "Et ce ne sont pas des paroles en l’air : les 226 maires des 226 communes des Pyrénées-Orientales ont apporté leur soutien à leurs collègues et frères Catalans du sud."

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La demande d’indépendance de la Catalogne vue de Perpignan

Même constat pour Nicolas Escalé, jeune quarantenaire d'origine catalane, participant des manifestations pro-référendum à Toulouse. Fin connaisseur de l’histoire de sa région, cet habitant de la Ville rose très attaché à ses racines aurait lui aussi voulu se rendre de l’autre côté de la frontière ce dimanche. Mais faute à des impératifs personnels, il devra suivre le déroulement du scrutin dans les médias. Une déception qui ne l’empêche pas d’être enthousiaste quant au scrutin – qu’il soutient "à fond" – et de déplorer l’attitude "anti-démocratique" du gouvernement espagnol ces derniers jours. "On croirait une réminiscence de la guerre d’Espagne et du Franquisme", s’insurge-t-il, rappelant que le dictateur mort en 1975 interdisait aux Catalans de parler leur langue.


Arrestations d'élus et de hauts-fonctionnaires, censure de sites internet, saisies d’urnes et de bulletins de vote… Si elles sont évidemment incomparables aux méthodes de Franco, les pressions de Madrid sur Barcelone ont pris des formes diversesement dures ces derniers jours. Et jusque dans l’Hexagone, cet autoritarisme passe mal. Selon Nicolas Escalet, nombre de Français partisans de "la cause" seraient d’ailleurs prêt à aller en Espagne pour tenter de donner du fil à retordre à la police et l’empêcher d’entraver le bon déroulement du vote. 

Notre objectif politique est d’obtenir un statut similaire à la CorseBrice Lafontaine, porte-parole de Unitat Catalana

"Il faut faire la différence entre le débat d’idées et ces atteintes aux droits de l’homme qui sont inacceptables", embraye Brice Lafontaine, ancien adjoint à la mairie de Perpignan et porte-parole du parti régionaliste Unitat Catalana, appelant au calme. Comme Oui au Pays Catalan, qui réclame la refonte des Pyrénées-Orientales en collectivité territoriale unique (CUT) avec changement de nom – "Pays Catalan" – à la clé, le mouvement prône une plus grande autonomie de la Catalogne française vis-à-vis de Paris. "Nous avons toujours soutenu l’indépendantisme de la Catalogne Sud mais ce n’est pas forcément notre volonté pour le Nord", précise-t-il. "Notre objectif politique est d’obtenir un statut similaire à la Corse, intégré à la République française mais avec plus d’autonomie."


À ses yeux, cette transition, encore hypothétique, pourrait être favorisée par une éventuelle indépendance de la Catalogne, en permettant de renforcer les ponts culturels et éconmiques existant de part et d'autre des montagnes. Sûr des bienfaits d’un tel scénario pour la culture et l’identité catalane, Brice Lafontaine plaide pour un dialogue dépassionné et sans caricatures. "Une des particularités du mouvement catalan est de ne pas être excluant, ce qui est parfois très dur à faire comprendre aux Français, pour qui le nationalisme est nécessairement excluant, comme l’est le Front national", estime-t-il. "Nous sommes, au contraire, très content quand quelqu’un de l’'extérieur' aime la Catalogne et se sent Catalan. Pour nous, est Catalan qui veut l’être." Seule certitude : les autorités espagnoles sont loin d'être du même avis. 

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