Référendum sur l'immigration : la Suisse coupe un peu plus les ponts avec l'Europe

Référendum sur l'immigration : la Suisse coupe un peu plus les ponts avec l'Europe

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IMMIGRATION - Les Suisses ont dit "oui" à 50,3% à une limitation de l'immigration, notamment européenne, dimanche lors d'un référendum. Un résultat lourd de conséquences dans leurs relations avec l'UE.

La Suisse vient-elle de rompre le peu de liens qui la rattachaient à l’Union européenne ? C'est en tout cas ce qui se dessine après l'adoption, sur le fil, dimanche, d'un texte très redouté sur l'immigration. Les citoyens helvétiques ont voté par référendum à 50,3 % "contre l'immigration de masse". Une proposition émanant du parti populaire et majoritaire au Parlement, l'Union démocratique du centre ( UDC ), qui vise à plafonner le nombre de travailleurs étrangers et d'immigrés. Concrètement, ce résultat marque le retour des quotas à l'entrée du pays, douze ans après la signature de l'accord bilatéral avec l'Europe sur la libre circulation des personnes. Un retour en arrière qui s'annonce catastrophique pour l'économie du pays.

Le parti populiste, qui avait déjà réussi à faire interdire les minarets en 2009, a mené sa campagne sur ce leitmotiv : l'immigration massive en Suisse est la cause de tous les maux, comme la pénurie de logements, l’augmentation des loyers ou l'insécurité. Il faut dire que depuis l'ouverture de son marché du travail à l'Union européenne, en 2002, la Suisse accueille chaque année 80.000 nouveaux arrivants sur son sol. Résultat : près d'un quart de la population (8 millions d’habitants) est étrangère. Ces immigrés "encombrants" sont principalement allemands, italiens, portugais et français.

"Une grave pénurie de main-d’œuvre"

Sauf que cette immigration a été largement bénéfique, défendent les opposants au texte. Pour le gouvernement suisse, la plupart des partis politiques ainsi que le patronat, elle est en effet la clé de l'insolente santé économique du pays, qui affiche une solide croissance à 2 % et seulement 3,5 % de taux de chômage. Sans ces travailleurs étrangers, c'est le marasme assuré, préviennent douze organisations patronales, dans un communiqué commun.

Ces dernières craignent une "grave pénurie de main-d’œuvre" : la plupart des entreprises helvétiques, dans l'industrie ou les services, sont en effet tributaires des travailleurs étrangers, appelés à occuper des postes qualifiés. Une proportion qui peut aller jusqu'à 90 %, comme pour le groupe pharmaceutique Novartis. Pour les patrons, le vote de dimanche vient tout simplement de signer la fin de la fameuse - et tant enviée - prospérité suisse.

Sans compter le coup fatal, qui pourrait venir de Bruxelles. En rompant leur accord de libre circulation, Berne s'expose en effet aux foudres de l'UE, qui pourrait bien exiger une remise à plat complète de leurs accords bilatéraux. Avec, en premier plan, l'accès de la Suisse aux marchés publics européens. Le péril serait considérable : 56 % des produits suisses sont aujourd'hui écoulés en Europe. La réaction ne s'est d'ailleurs pas fait attendre : la Commission, qui "regrette" le résultat du scrutin, a déjà indiqué, dimanche soir, qu'elle allait en examiner les implications.

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