Rencontre avec Kim Jong-Un : "Trump peut se faire avoir"

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DIPLOMATIE - Alors que le sommet entre les deux dirigeants américain et nord-coréen doit avoir lieu dans la nuit du lundi 11 au mardi 12 juin à Singapour, Antoine, Bondaz, spécialiste de la Chine et de la Corée du Nord, répond aux dernières interrogations qui entourent cette rencontre historique.

Que veulent vraiment Donald Trump et Kim Jong-Un ? Et surtout, que peuvent-ils obtenir ? Les deux dirigeants doivent se rencontrer dans la nuit du lundi 11 au mardi 12 juin, à Singapour. Alors que très peu d'informations filtrent concernant l'organisation et le contenu de cette rencontre historique, le chercheur Antoine Bondaz, spécialiste de la Corée du Nord et de la Chine à la Fondation pour la recherche stratégique (FRS), nous aide à répondre aux questions qui se posent en amont de ce sommet qui pourrait déboucher, ou pas, sur la paix dans la péninsule coréenne.

LCI : Comment va se dérouler l'entretien entre Donald Trump et Kim Jong-Un?

Antoine Bondaz : Pour être honnête, on n'a pas d'information sur le protocole. Ce qu'on peut imaginer, c'est que l'objectif du sommet est déjà d'organiser une première rencontre entre les dirigeants et de nouer un contact, avec un objectif qui sera d'institutionnaliser le dialogue, c'est-à-dire de faciliter les négociations pour les mois à venir. Ce qui sera annoncé demain, c'est certainement une déclaration politique : on fixe un cadre, un cap, mais les négociations sur un accord technique, c'est-à-dire sur la dénucléarisation, devraient prendre plus de temps. L'idée est de donner un cadre aux négociations futures, et notamment que les deux pays se mettent d'accord sur ce que veut dire la "dénucléarisation", sur les conditions de sa mise en place et éventuellement sur les étapes à venir. Les Nord-Coréens, jusqu'à aujourd'hui, n'ont jamais accepté le terme de dénucléarisation "complète, vérifiable et irréversible", et rien n'indique qu'ils l'acceptent. Ils ne parlent que de "dénucléarisation de la péninsule".

LCI : Que peut espérer chaque partie ?

Antoine Bondaz : Donald Trump pourrait espérer des concessions sur le gel des essais mais aussi sur les missiles à longue portée, ceux qui peuvent théoriquement frapper le territoire américain et porter des ogives nucléaires. Car avoir une bombe n'a d'intérêt que si vous avez des vecteurs. Pour les Etats-Unis, s'il n'y a plus ces vecteurs, la menace est considérablement réduite. Côté nord-coréen, les concessions portent sur des sujet politiques, comme une reconnaissance de fait de la Corée du Nord, par exemple en établissant un bureau de représentation diplomatique américain à Pyongyang, sans pour autant avoir une représentation diplomatique, comme une ambassade. Il faut comprendre que Kim Jong-Un est gagnant avec le sommet en lui-même, alors que Donald Trump n'est gagnant que s'il y a un accord. Leurs objectifs sont donc différents.

LCI : Est-ce que tout repose sur la personnalité des deux dirigeants ?

Antoine Bondaz : Côté nord-coréen, je ne le crois pas du tout. Les nord-coréens ont mis en oeuvre une stratégie parfaitement pragmatique depuis plusieurs années. Tactiquement, ils ont évolué vers une offensive diplomatique, mais la stratégie globale reste cohérente. Côté américain, il y a plus d'incertuitude sur le poids personnel de Donald Trump. Le capital politique de Donald Trump repose sur le rejet de son prédécesseur, des accords qu'il avait signés, et repose sur sa capacité à négocier et à faire des deals. Pour Trump, l'objectif est moins de dénucléariser la Corée du Nord que de pouvoir présenter un accord. C'est un risque, car on pourrait se retrouver avec un accord de contrôle des armements, et pas un accord de dénucléarisaion. Trump peut donc se faire avoir. Son problème, c'est qu'il fait de la communication, alors que les Nord-Coréens sont en train de s'assurer de la survie de leur régime. La pression n'est pas la même et l'objectif à long terme n'est pas le même. Ce qui est important c'est la déclaration conjointe, qui n'est pas faite par Trump mais par ses équipes, qui travaillent dessus depuis des semaines. La chose qui peut être inquiétante, c'est ce que dira Trump lors de son entretien bilatéral avec Kim Jong-un, où ils seront seuls avec leurs interprètes. Le risque est qu'il utilise certains termes qui n'ont pas le même sens pour lui que pour ses conseillers. Même s'il peut toujours dire ensuite qu'il s'agit d'un malentendu et qu'il faut s'en remettre à la déclaration...

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Corée du Nord-États-Unis : sommet historique entre Kim Jong-un et Trump

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