Rencontre Macron-Erdogan : "Nous avons des désaccords sur les libertés individuelles"

FRANCE-TURQUIE - Le président turc Recep Tayyip Erdogan est reçu à l'Elysée vendredi, pour son premier voyage officiel de l'année en Europe. Sur fond de tensions avec l'Union européenne au sujet des libertés fondamentales en Turquie, Emmanuel Macron et son homologue ont organisé une conférence commune, passant en revue les accords et les désaccords entre les deux pays.

Le chef de l'Etat turc Recep Tayyip Erdogan était reçu vendredi à l'Elysée lors d'un déjeuner, une première depuis les grandes purges qui ont suivi le coup d'Etat manqué de juillet 2016 contre le pouvoir d'Ankara. Si la question des droits de l'homme et des milliers d'arrestations qui ont accompagné le durcissement du pouvoir turc étaient au menu de la discussion, Emmanuel Macron et son homologue devaient également échanger sur les relations bilatérales et les questions régionales, dont la Syrie et Jérusalem, ainsi que sur la coopération stratégique entre les deux pays.  

Des défis communs et un "désaccord" de fond

"Depuis mon élection, n’avons cessé de nous parler", indique Emmanuel Macron. "C’est ma conception du dialogue et du travail en commun." "Nos pays ont une relation ancienne forte, culturelle, économique, stratégique [...] Nous avons sur le plan bilatéral des intérêts en commun et de nombreux défis à relever ensemble", a-t-il ajouté.


"Nous avons des désaccords sur la vision des libertés individuelles", a également fait valoir Emmanuel Macron à propos des arrestations qui ont fait suite à la tentative de coup d'Etat de 2016 en Turquie. Le président français souligne avoir eu "un dialogue fructueux" avec son homologue et "évoqué plusieurs cas de manière spécifique", dont celui de l'université de Galatasaray, visée par le pouvoir d'Ankara, ainsi que "de plusieurs dirigeants, ONG, journalistes". 

"La Turquie est un Etat de droit"

Sur le même sujet, Recep Tayyip Erdogan a répondu aux critiques sur le respect des libertés fondamentales par la nécessité, selon lui, de lutter contre le terrorisme, et notamment celui qu'il attribue au mouvement Gülen. "La Turquie est un Etat de droit", a assuré le président turc. "L'Occident nous dit toujours que la justice est indépendante. En Turquie aussi, elle prend ses propres décisions."


Le chef d'Etat a indiqué qu'il transmettrait les noms fournis par Emmanuel Macron à son ministre de la Justice, tout en expliquant, à propos des arrestations de journalistes et de membres de la société civile, que "le terrorisme ne se construit pas seul". "Il y a aussi les jardiniers du terrorisme. Il s'expriment à travers leurs journaux, ce sont les idéologues du terrorisme."  

L'adhésion européenne s'éloigne encore

Sur un plan plus consensuel, les deux dirigeants ont salué les accords trouvés dans le domaine de la coopération agricole, de l'aviation (accord entre Airbus et Turkish Airlines), de la défense (signature d'un protocole avec le consortium franco-italien Eurosam) et vanté les convergences de vues dans la lutte contre le terrorisme, sur le dossier syrien et celui de Jérusalem. "Nous avons des intérêts en commun et de nombreux défis à relever ensemble", a insisté Emmanuel Macron.


En revanche, les deux dirigeants ont acté le gel de toute négociation en vue d'une adhésion de la Turquie à l'Union européenne, sur fond, là encore, d'atteintes aux libertés fondamentales. "On ne peut pas implorer indéfiniment qu'on nous prenne au sein de l'UE", a estimé Recep Tayyip Erdogan. De son côté, Emmanuel Macron, tout en plaidant pour que la Turquie reste "pleinement" au sein de la Convention européenne des droits de l'homme, a jugé que "les évolutions récentes et les choix qui ont été fait ne permettent aucune avancée". Le président français n'a d'ailleurs pas évoqué "d'adhésion", mais la perspective d'une "coopération" entre la Turquie et l'Union européenne. 

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