"République de Macédoine du nord" : Athènes et Skopje s'accordent (enfin) sur le nouveau nom de la Macédoine

"République de Macédoine du nord" : Athènes et Skopje s'accordent (enfin) sur le nouveau nom de la Macédoine

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ENTENTE - Athènes et Skopje ont trouvé un accord sur le futur nom de la Macédoine. L'ancienne composante de la Yougoslavie s'appellera désormais la République de Macédoine du nord, six petites lettres supplémentaires qui marquent la fin d'un contentieux de plus de 25 ans et qui laisse la porte ouverte à un déblocage de l'adhésion de ce petit Etat à l'UE et à l'Otan.

Cela faisait 27 ans que la querelle durait, 27 ans qu’Athènes et Skopje ne parvenaient pas à s’accorder sur le nom de la Macédoine. La Grèce a toujours refusé que cette ancienne république yougoslave ne porte le même nom qu’une de ses régions septentrionales.


Ce 12 juin, enfin, les deux Etats sont parvenus à un accord : ce sera la "République de Macédoine du nord". Ce nouveau nom marque la fin d’un conflit et surtout un véritable tournant pour le petit Etat de l’Est : la Grèce va enfin lever son veto à une adhésion à l’OTAN et à l’UE. Explications.

La fierté de deux nations

De prime abord, le contentieux semble incompréhensible. En 1991, lorsque la Macédoine prend son indépendance, dans le sillon du démantèlement de la Yougoslavie, et prend le nom de République de Macédoine. Intolérable pour la Grèce qui possède une région au nord du pays nommée "Macédoine". Or, c'est là que sont nés Philippe II et son fils Alexandre le Grand. Beaucoup de Grecs estiment que leur voisin du nord essaye ainsi de détourner l'héritage culturel ancien de la Grèce.


Faute d'accord, Athènes décide de reconnaître officiellement l'Etat sous le nom d'Ancienne République yougoslave de Macédoine (Arym ou Fyrom, pour sa version anglophone, plus connue), tout comme Berlin ou Paris. 140 pays dont la Russie, les Etats-Unis, la Chine ou le Royaume-Uni acceptent quant à eux le nom de "Macédoine".


Ce problème de dénomination devient un âpre sujet de discussion de part et d'autre de la frontière, attisé régulièrement au gré de l'intensité du nationalisme des gouvernements en place. Et en attendant, Athènes met son veto à toute tentative de Skopje de rejoindre l'Otan et l'UE.

Un an de pourparlers

 Au terme d'un marathon diplomatique entamé l'an dernier qui a culminé lundi 11 et mardi 12 juin avec deux entretiens téléphoniques, les deux Premiers ministres grec et macédonien sont finalement tombés d'accord. En Grèce, le nom du voisin ne sera reconnu officiellement que sous sa formulation en macédonien - "Severna Makedonja" - et Skopje accepte de modifier sa Constitution en conséquence.


En allant le présenter au chef de l'Etat grec Procope Pavlopoulos, le Premier ministre Alexis Tsipras s'est félicité d'un "bon accord qui couvre toutes les conditions posées par la Grèce". "Notre offre dans le compromis est un nom déterminé et précis, un nom qui est honorable et géographiquement précis", a indiqué son homologue Zoran Zaev, saluant "une solution historique après deux décennies et demie" de querelles.


L'immense enjeu du règlement pour la Macédoine est maintenant de décrocher un feu vert au sommet européen de fin juin pour entamer des négociations d'adhésion avec l'UE et d'obtenir une invitation à rallier l'Otan au sommet de l'Alliance des 11 et 12 juillet.

Une flopée de fécilitations

L'accord a été salué par de nombreux dirigeants de l'UE et de l'Otan. "Sincères félicitations aux premiers ministres Tsipras et Zaev. Je croise les doigts. Grâce à vous l'impossible devient possible", s'est enthousiasmé le président du Conseil européen Donald Tusk sur Twitter.

Le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg a lui aussi "salué chaleureusement la nouvelle", au terme de "nombreuses années de patiente diplomatie". Il a demandé aux deux pays de "finaliser l'accord" pour "mettre Skopje sur la voie de l'adhésion à l'Otan" et "renforcer la paix et la stabilité" dans les Balkans occidentaux.


Le ministre allemand des Affaires étrangères Heiko Maas a, lui aussi, salué une "formidable nouvelle".

Les nationalistes restent à convaincre

Une salve de félicitations qui ne clôt pas définitivement l'affaire. L'accord doit maintenant être ratifié par le Parlement macédonien puis soumis à un référendum à l'automne, avant d'être enfin ratifié par le Parlement grec une fois l'acceptation définitivement actée chez son voisin au nord. Reste donc à convaincre les franges nationalistes qui persistent de part 

et d'autre de la frontière.


Au point que, selon Nicholas Tzifakis, qui enseigne les relations internationales à l'Université du Péloponnèse, c'est "le débat interne" plus "que les pourparlers bilatéraux" qui sera déterminant au bout du compte. Proche de la droite nationaliste, le président macédonien Gjorge Ivanov, conservateur opposé au social-démocrate Zaov, avait ainsi considéré mardi 12 juin en milieu de journée qu'il était "irresponsable que la question du nom (...) soit débattue au téléphone entre les premiers ministres", tandis que le ministre de la Défense grec, le souverainiste Panos Kammenos, est opposé depuis toujours à tout partage du nom de Macédoine. 


Conscient de ces difficultés, le chef du gouvernement grec Alexis Tsipras, issu de la gauche radicale s'est déjà mis au travail. Lors d'un discours télévisé ce mardi soir, il a souligné que "peut-être que ce qui a le plus d'importance historique et de valeur pour la Grèce (est que), selon cet accord (...), nos voisins du nord n'ont pas, et ne peuvent affirmer, aucun lien avec l'ancienne culture grecque de Macédoine." Lui et son homologue ont quelques mois pour convaincre leurs citoyens.

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