L'étonnant système du collège électoral américain, qui a confirmé la victoire de Joe Biden

L'étonnant système du collège électoral américain, qui a confirmé la victoire de Joe Biden

ÉTATS-UNIS - Les 538 grands électeurs du collège électoral américain ont formalisé ce lundi le résultat de la présidentielle. On vous explique ce système unique dans les démocraties occidentales.

Tels des juges de paix, ils ont formalisé la victoire de Joe Biden. Ce lundi 14 décembre, État par État, les 538 grands électeurs formant le collège électoral américain ont entériné le vote des citoyens lors de l'élection présidentielle du 3 novembre. Une formalité en théorie, mais qui recèle une forte portée symbolique cette année : quoique déjà certifié par chacun des 50 États, le résultat des urnes est toujours obstinément contesté par le camp Trump.

Reste que l'avance de Joe Biden en termes de grands électeurs (306 contre 232) corrobore le vote populaire. Le démocrate a en effet obtenu 81,28 millions de voix, soit 51,3%, contre 74,22 millions et 46,8% au président républicain sortant. Ce n'est pourtant pas toujours le cas.

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Biden et Harris à la Maison Blanche

En 2016, après sa victoire, Donald Trump s’était vanté d’une victoire "belle et importante" face à son adversaire démocrate, Hillary Clinton. Mais si le milliardaire avait bien gagné l'élection, il l'avait fait en perdant nettement le vote populaire. 48,2% pour l'ancienne First Lady, 46,1% pour Trump, soit 2,8 millions de voix. Grâce à une campagne ciblée dans les swing states (États-clés, ndlr), l’ex-star de téléréalité avait gagné en raflant une nette majorité des grands électeurs (il en faut 270 pour entrer dans la Maison Blanche).

Un système vieux de 233 ans

Le collège électoral est aussi vieux que la Constitution américaine, rédigée en 1787. Ce texte de référence, en plus de régir le fonctionnement de cette toute jeune démocratie, décide que l’élection présidentielle se fera au suffrage universel indirect à un tour.

Ce choix a été justifié par les Pères Fondateurs de la démocratie américaine par l’idée de trouver un compromis entre une élection du président au suffrage direct, comme c’est le cas en France, et une élection par le Congrès américain, jugée comme trop peu démocratique.

Depuis 1787, des dizaines d’amendements ont été soumis au Congrès pour modifier ou tout simplement supprimer le collège électoral mais rien n’a abouti. La seule modification notable faite à ce système a profité au district de Columbia, qui abrite Washington. Dépourvu du moindre élu au Congrès, il a eu le droit à partir de 1964 à trois grands électeurs, le nombre minimal. La même chose que les États les moins peuplés comme le Delaware, le Montana, les deux Dakota, le Wyoming, le Vermont et l’Alaska.

Qui sont les grands électeurs ? Et comment le deviennent-ils ?

Selon la clause 2 de l’article II de la Constitution des États-Unis, le président et le vice-président sont choisis par les grands électeurs. Cependant, aucune explication sur le mode de désignation de ceux-ci par chaque État n’est donnée. La seule précision existante est qu’"aucun sénateur ou représentant, ni aucune personne tenant des États-Unis une charge de confiance ou de profit, ne pourra être nommé électeur". Dans les faits, chaque État a son propre système de nomination. Souvent, un grand électeur est désigné pour le remercier de ses services pour le parti ou pour un des candidats en lice. Pour la plupart, ils n’apparaissent pas sur les bulletins de vote et sont totalement inconnus du grand public. 

Ils sont actuellement 538. Chaque État en dispose autant que d’élus à la Chambre des représentants - ce nombre est proportionnel à la population - et au Sénat, où chaque État a deux élus quelle que soit sa taille.

Dans tous les États, à l'exception de deux, le candidat à la présidentielle, qui rafle la majorité des voix, empoche tous les grands électeurs. Dans le Nebraska (cinq grands électeurs) et le Maine (quatre grands électeurs) en revanche, deuxsont donnés à celui qui remporte l'État et le reste est désigné par le district "congressionnel".

Tenus de suivre le vote populaire ?

Dans les faits, rien n’oblige dans la Constitution américaine les grands électeurs à voter d’une manière ou d’une autre. Jusqu’à cet été, un "grand électeur infidèle" pouvait voter à l’encontre du vote populaire et n’être exposé qu’à une simple amende. Mais en juillet dernier, la Cour suprême, la plus haute institution judiciaire aux États-Unis, a considéré que ces grands électeurs "déserteurs" pouvaient être sanctionnés en cas de vote contraire au vote populaire.

Entre 1796 et 2016, seuls 180 votes allant à l’encontre des atteintes des électeurs ont été comptabilisés. Aucun d’entre eux n’a jamais altéré le résultat final d’une présidentielle.

Quand le vote a-t-il lieu ?

Dans un texte de loi assez flou, comme les États-Unis en ont le secret, il est dit que les grands électeurs "se rencontrent et expriment leur vote au premier lundi après le deuxième mercredi de décembre" pour choisir le président et le vice-président. Pour cette élection 2020, les grands électeurs se sont donc retrouvés le 14 décembre, soit un peu moins d’un mois et demi après la présidentielle, dans leurs États respectifs.

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Un système très controversé

La controverse autour du collège électoral a repris de plus belle après la victoire de Donald Trump en 2016. L’ex-magnat de l’immobilier avait empoché les voix de 306 grands électeurs, malgré ses 2,8 millions de voix de retard sur Hillary Clinton. Indignés, des millions d'Américains avaient signé une pétition appelant les grands électeurs républicains à lui faire barrage. En vain, ou presque. Seuls deux grands électeurs du Texas avaient fait défection, lui laissant finalement 304 grands électeurs.

L'élection de 2016 n'était toutefois pas une première dans l'histoire américaine. En tout, cinq présidents américains ont été élus malgré leur défaite dans le vote populaire. John Quincy Adams le premier, en 1824 contre Andrew Jackson.

Plus récemment, l'élection de 2000 avait donné lieu à un imbroglio épique en Floride entre George W. Bush et le démocrate Al Gore, occasionnant de nombreux recomptages de voix. Ce dernier avait finalement remporté le vote populaire de près de 500.000 voix, mais c'était bien le républicain qui avait été envoyé à la Maison Blanche, après avoir engrangé 271 votes au collège électoral.  

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