Le système électoral américain est-il dépassé ? "Ce fonctionnement ne changera jamais"

Le système électoral américain est-il dépassé ? "Ce fonctionnement ne changera jamais"

AUX URNES - Aux États-Unis, l'élection présidentielle ne se passe pas du tout comme en France. Les électeurs votent pour un collège de grands électeurs désignés au niveau de chaque État. Mais ce système électoral, complexe et propre à ce pays fédéral, pourrait-il changer un jour ?

C'est un système électoral propre aux États-Unis : le Collège électoral, une institution complexe, difficile à appréhender de l'étranger. Inscrit dans la constitution américaine en 1787, cet organe est actuellement composé de 538 grands électeurs, appelés "délégués", qui détermineront qui sera le prochain président des États-Unis. 

Comment fonctionne ce système électoral concrètement ? Est-il toujours adapté en 2020 ou totalement obsolète ? On en parle avec Olivier Piton, avocat à Washington, élu des Français de l’étranger et auteur de La Nouvelle Révolution américaine (Éditions Plon, 2016).

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Comment expliquer de manière simple le fonctionnement d'un collège électoral ?

Olivier Piton : S'il faut simplifier au maximum, disons qu'environ 50 élections différentes ont lieu dans différents États où chacun est maitre de sa propre loi électorale. Des populations de chaque État élisent des délégués et ce sont eux qui vont désigner le 14 décembre officiellement le prochain président des États-Unis. C'est la base. S'ensuit toute une série de cas de figure. Vous avez la même situation dans 48 États : le vainqueur de l'État remporte l'intégralité du nombre de super-délégués et il s'avère donc officiellement envoyé à Washington pour le décompte. Par exemple, s’il y a 55 grands électeurs délégués en Californie, il n'y a qu'un seul vainqueur, même s'il a une voix d'avance sur son adversaire. Subsistent deux États où ce n'est pas le cas : le Maine et le Nebraska où cela se joue à la proportionnelle du résultat. À cela s'ajoute différents modes d'élection. Vous pouvez voter à l'urne, par la poste, par correspondance. 

Par ailleurs, vous ne votez pas seulement pour un président mais également pour des membres de la Chambre, des membres du Congrès, des shérifs, des juges... De même, dans un certain nombre d'États, vous votez pour des questions sociétales comme la légalisation de la marijuana. Souvent, l'électeur américain a une feuille recto et verso qu'il doit remplir. Après, le décompte se fait par dépouillement, par machine... et vous avez autant de cas de figures que d'États...

D'où vient sa complexité ?

Olivier Piton : Cette constitution date du XVIIIe siècle afin de permettre aux gens de se déplacer à cheval pour arriver à Philadelphie, capitale de l'époque, pour pouvoir officiellement voter. C'est pour cela d'ailleurs qu'il y a un tel délai et que le président prend officiellement ses fonctions le 21 janvier. 

Dans un sondage paru en septembre, plus d'un Américain sur deux se dit prêt à renoncer au collège électoral. Est-ce envisageable ?

Olivier Piton : Ce fonctionnement ne changera jamais. Tout d'abord, il nécessite d'avoir les deux tiers du Sénat pour effectuer un tel changement. Ensuite, il faut bien comprendre qu'à l'origine, les États-Unis sont au sens propre une réunion d'États. Aujourd'hui, cela nous parait normal qu'ils fassent un seul et même pays. Le principe d'un État rassemblé où tout le monde se se sent membre d'un pays peut paraître normal en 2020, ça ne l'était pas ni lors de l'indépendance des États-Unis d'Amérique le 4 juillet 1776 ni pendant la guerre de Sécession. Cet équilibre, dans un État fédéral, entre les populations et les territoires, est réel. Jamais les États ruraux faiblement peuplés n'auraient accepté de rejoindre l'union à l'époque si la puissance du nombre démographique avait seul joué. Dans ce cas, un État comme le Delaware n'aurait eu strictement aucun pouvoir alors qu'il envoie deux sénateurs au congrès. Donc aucune chance que ce collège électoral change. 

Lors des précédentes élections, certains ont-ils exploité les failles du système électoral ?

Olivier Piton : La remise en cause de ce collège électoral par la population a eu lieu en 2016 parce que Hillary Clinton avait récolté près de 3 millions de voix d'avance sur Donald Trump. Dans tous les cas précédents, le président avait à la fois la majorité des voix et la majorité des délégués. Il y a aussi un débat de circonstances, les uns se sentent lésés mais si demain les autres se sentaient lésés de la même manière, les premiers qui aujourd'hui réclament un mode de scrutin différent seraient les premiers à refuser ce changement. Cela reste de la politique. C'est aussi une question d'équilibre entre le Nord et le Sud (comme à l'époque de la guerre de Sécession), entre les Républicains et les Démocrates. Et comme il s'agit d'un équilibre, aucun des deux camps concourant à la présidentielle n'acceptera de remettre en cause cet équilibre. Autrement, ils se sentiraient désavantagés.

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