Risque d'offensive turque contre les Kurdes : quid des djihadistes français emprisonnés ?

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Offensive turque contre les forces kurdes en Syrie

CONFLIT – Faut-il craindre une offensive majeure de la Turquie contre les Kurdes du nord de la Syrie ? Les revirements de l'armée américaine, très impliquée dans la région, sèment le trouble. Karim Pakzad, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et spécialiste de la question kurde, nous apporte son éclairage sur la situation.

Les États-Unis vont-ils retirer leurs troupes stationnées à la frontière entre la Turquie et la Syrie ? C’est ce qu’avait initialement annoncé Donald Trump, dimanche, avant de finalement revenir sur ses pas quelques heures plus tard. Un retrait américain de la zone n’est en effet pas sans risques. Après l'annonce de retrait du président américain, Recep Tayyip Erdogan avait menacé d’attaquer militairement la Syrie. "Il est absolument hors de question pour nous de tolérer plus longtemps les menaces provenant de ces groupes terroristes", avait indiqué le président turc, en référence aux forces kurdes de Syrie, qu’il considère comme un groupe "terroriste", mais qui étaient en première ligne pour combattre le groupe djihadiste État Islamique. L'ONU s'était alors inquiétée, "se préparant au pire", tandis que Donald Trump menaçait "d'anéantir complètement l'économie de la Turquie" en cas d'attaque turque qui "dépasserait les bornes", selon un tweet du locataire de la Maison Blanche.

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Alors pourquoi Donald Trump a-t-il annoncé le retrait de ses troupes avant de changer d’avis ? Quels sont les risques d’une intervention turque dans la zone ? Qu'adviendra-t-il des djihadistes européens détenus par les forces kurdes en cas d'offensive turque ? Nous avons posé ces questions à Karim Pakzad, chercheur à l’Iris et spécialiste de la question kurde.

LCI : Les États-Unis ont annoncé le retrait de leurs troupes avant de revenir sur leur décision, comment expliquer ce revirement ?

Karim Pakzad : Il y a plusieurs raisons à cela. Malgré les défauts qu’il pourrait avoir, Donald Trump n’est pas un "va-t-en guerre". Que ce soit sur la Corée du Nord, l’Afghanistan, sur l’Iran, ou sur la Syrie, il a montré qu’il ne privilégiait pas une solution militaire. Mais Donald Trump est quelqu’un d’inconséquent. Ses décisions sur des sujets extrêmement importants et compliqués sont prises sur un coup de tête. Dimanche, il fait un tweet annonçant le retrait des troupes américaines, et le lendemain, il en fait un autre tout à fait contradictoire. Il fait des annonces sans consultation avec son état-major politique ou militaire. Ensuite, des éléments remontent, demandant au président américain de faire attention, et Donald Trump prend finalement une décision contraire. Son inconséquence met le monde dans une situation inconfortable.

LCI : Sans la présence des Etats-Unis, la stabilité de la zone est-elle menacée ?

Karim Pakzad : Dans cette partie de la Syrie, la stabilité serait effectivement menacée, car la présence américaine empêche la Turquie de mener une offensive contre les Kurdes. Une éventuelle invasion de la Turquie menacerait la stabilité dans l’ensemble de la Syrie, donc la présence américaine permet de l’empêcher. Mais contrairement à ce que l’on pense, c’est parfois la présence américaine qui créée l’instabilité. En Irak ou en Afghanistan, tout le monde est opposé à la présence américaine. Elle est considérée comme une menace.

LCI : Qu’est-ce qu’une intervention turque pourrait provoquer, notamment pour les djihadistes européens détenus dans la zone ?

Karim Pakzad : Si les Américains laissent les Turcs intervenir, alors il y aurait la guerre entre les Kurdes syriens et la Turquie. Mais les Kurdes Syriens, ce sont eux qui ont combattu Daech, ce ne sont pas les Américains. Les Américains ont contribué à les armer massivement et à les soutenir par les moyens aériens, mais les forces qui luttaient corps à corps contre Daech, ce furent les Kurdes. Aujourd’hui, les Kurdes sont donc très armés, c’est une force militaire importante. Une invasion de la Turquie provoquerait donc une guerre entre les deux parties. Mais les Kurdes détiennent aujourd’hui des milliers des djihadistes, notamment français, qui sont prisonniers. Si demain, les forces kurdes affrontent de manière exclusive l’armée turque qui les aurait envahies, alors le champ sera libre pour les djihadistes. Daech est vaincu sur le plan militaire, mais Daech n’est pas disparu. Il y a un vrai risque.

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