Les soignants britanniques retirés des listes prioritaires parce qu'ils étaient anti-vaccin ?

Les soignants britanniques retirés des listes prioritaires parce qu'ils étaient anti-vaccin ?

RENONCEMENT - De nombreuses publications affirment que le personnel médical britannique a été retiré de la liste des publics prioritaires pour un vaccin contre le coronavirus car ils n'en voulaient pas. C'est faux.

Ça ne fait aucun doute, tout le monde n'aura pas un vaccin en même temps. Comme en France, les autorités britanniques ont donc prévu une campagne de vaccination nationale en plusieurs étapes. Au Royaume-Uni, la première phase, qui a débuté ce mardi 8 décembre, vise un public bien ciblé. Il s'agit des résidents et travailleurs des maisons de soin pour personnes âgées, ainsi que des patients hospitalisés et âgés de plus de 80 ans. 

Bien que le vaccin ne soit pas obligatoire, de nombreuses personnes sont réticentes à un tel procédé, craignant que cette population ne fasse office de "cobaye". Et alors que la presse a longtemps indiqué que les personnels soignants seraient les premiers à en profiter, certains se félicitent qu'ils ne soient finalement ciblés que dans un deuxième temps.

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Un revirement pour des raisons "logistiques"

Plusieurs publications largement relayées, et notamment dans les sphères complotistes, saluent une décision qui aurait un lien avec une prétendue mobilisation de ces travailleurs, "au bord de la mutinerie". En fait, la publication n'est que partiellement vraie. Oui, les soignants des services hospitaliers du système public de santé (NHS), semblent bel et bien avoir été retirés de cette liste. Alors que les vaccins allaient arriver dans 50 hôpitaux à travers le pays, de nombreux médias assuraient fin novembre que les membres de ces établissements allaient être vaccinés en priorité. Avant de découvrir ce jeudi 3 décembre au soir, dans une mise à jour des recommandations du Joint Committee on Vaccination and Immunisation (JCVI), que ce public passerait en fait après les résidents et soignants de maison de santé. Un changement de cap qui n'a cependant rien à voir avec une décision venant du personnel soignant.

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En fait, dans la presse anglaise, on découvre que ce public a été retiré par manque de doses et à cause d'un souci d'acheminement. Les journalistes sur place évoquent même un "cauchemar logistique". Celui qui explique le mieux cet imbroglio, c'est Chris Hopson, l'un des responsables du NHS. Sur Twitter, il relate dans une longue publication les raisons de ce revirement. D'une part, il précise les raisons pour lesquelles la thèse - jamais officialisée - de vacciner en priorité les soignants a d'abord été envisagée. Elle est liée à des soucis logistiques. En effet, ce vaccin doit être stocké à moins 75°C. Ce qui signifie qu'actuellement, le seul endroit où les doses peuvent être disposées se trouve dans des centres hospitaliers. En plus, le produit ne peut être déplacé que quatre fois. L'acheminement vers des maisons de retraite paraissait donc impossible. 

De l'autre, il y a une inquiétude autour du nombre de doses dont pourra profiter le Royaume-Uni. "Nous connaissons le nombre de doses du vaccin Pfizer disponibles pour décembre et janvier, mais n'avons pas de visibilité au-delà", écrit ainsi le responsable sanitaire, notant au passage qu'il n'y a pas non plus d'informations quant à une future autorisation pour d'autres vaccins. C'est pourquoi les autoritaires doivent travailler d'abord sur la base de ce seul lot initial de 800.000 doses. Dès lors, "il est essentiel que les hôpitaux s'efforcent de vacciner autant que possible les groupes les plus prioritaires du JCVI dans la phase initiale".

Raisons pour lesquelles le gouvernement et les autorités sanitaires ont opté pour une troisième voie. À savoir celle de vacciner les personnes qui travaillent dans les maisons de santé et les personnes hospitalisées de plus de 80 ans qui sont en capacité de se déplacer jusqu'à l'hôpital où est stocké le vaccin. Ce n'est qu'une fois la solution pour les maisons de retraite trouvée que les résidents seront vaccinés. 

Des soignants "frustrés" par ce changement

Une "confusion croissante" décrite par les médias qui n'a donc aucun lien avec une "mutinerie". Reste que cette idée de certains internautes selon laquelle des soignants voudraient se rebeller contre un vaccin n'a pas été créée de toute pièce. Elle est en fait issue d'un article du Times. Publié le 16 novembre dernier, on apprenait que "des centaines de membres du personnel du NHS" avaient créé un groupe Facebook pour s'opposer "aux vaccinations, au port des masques et aux tests dans les hôpitaux".  Un infirmier d'un cabinet d'un médecin généraliste écrivait par exemple qu'il "préférait démissionner plutôt que de participer à un programme de vaccination". Un groupe qui ne représente pas la majorité des soignants. C'est plutôt le contraire. La presse britannique relève que ce changement risque plutôt "de décevoir et d"inquiéter" les membres du NHS, dont certains "avaient déjà pris des rendez-vous pour se faire vacciner".

La British Medical Association, qui représente la majorité des médecins britanniques, s'en est elle aussi inquiétée. Si son président, le Dr Chaand Nagpaul, a soutenu la liste prioritaire du gouvernement, il a tenu à rappeler que les médecins et autres personnels de santé "seront probablement frustrés par le changement des messages du gouvernement". Et a exhorté le gouvernement à "tout mettre en œuvre pour augmenter la livraison de vaccins afin que les travailleurs en première ligne puissent recevoir le vaccin et assurer leur sécurité dans l'exercice de leurs fonctions"

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MISE AU POINT - Que sait-on de la campagne de vaccination qui a débuté au Royaume-Uni ?

Une frustration qui ne surprend pas. Au Royaume-Uni, la population est bien plus disposée se faire vacciner. Un sondage effectué en novembre dernier auprès de 1000 personnes avait révélé que 76% des Britanniques étaient prêts à se faire vacciner contre le coronavirus. Un nombre qui chute à 53% dans l'Hexagone. 

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