Royaume-Uni : retour sur le scandale de pédophilie à Telford

Royaume-Uni : retour sur le scandale de pédophilie à Telford

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MISE AU POINT - Une enquête menée par le Sunday Mirror révèle que plus de 1000 filles auraient été victimes d'agressions et de viols dans la ville de Telford, dans le centre du Royaume-Uni. Si l'affaire n'est pas nouvelle, la police est accusée d'avoir sous-estimé l'ampleur de ce scandale pédophile et échoué à démanteler le réseau.

Telford, une ville de 170.000 habitants du centre de l'Angleterre, est sur toutes les lèvres outre-Manche. En cause : un scandale de pédophilie sans précédent récemment révélé par le Sunday Mirror. "Jusqu'à 1000 enfants pourraient avoir souffert du pire scandale d'abus sexuel, dans laquelle des gangs ciblaient des jeunes filles, qui n'avaient dans certains cas pas plus de 11 ans", écrit le quotidien britannique, dont l'enquête secoue tout le Royaume-Uni et au-delà. Il faut dire que ces viols, parfois collectifs, se seraient répétés pendant 40 ans. Retour sur cette affaire et sur les polémiques qu'elle a créés.

Un nouveau scandale pédophile ?

Non, le scandale de pédophilie à Telford a été évoqué en 2013, après que la police a révélé les résultats de l'opération Chalice, une enquête menée pendant trois ans. Des années 1980 au début des années 2010, de nombreux enfants, la plupart des jeunes filles blanches, ont été maltraités et violés par des gangs pakistanais et bangladais. Un réseau a été démantelé. La police estimait alors que 100 victimes avaient été agressées par 200 personnes. Mais, à l'époque, seuls sept hommes ont été condamnés pour prostitution infantile. 

Que dit l'enquête du Sunday Mirror ?

Le journal a mené l'enquête pendant 18 mois. Selon ses estimations, jusqu'à un millier d'enfants auraient été battus et violés, pendant 40 ans et cinq personnes auraient été tuées. Parmi les victimes interrogées, on retrouve ainsi une fillette qui serait tombée enceinte six fois en l'espace de 4 ans - elle n'avait que 15 ans quand son calvaire a commencé. 


Une autre explique l'emprise de ses agresseurs : "Ils m'ont dit que si je disais ne serait-ce qu'un mot à quelqu'un, ils allaient venir s'occuper de mes petites sœurs et qu'ils allaient dire à ma mère que je suis une prostituée. Nuit après nuit, j'ai été forcée de coucher avec de nombreux hommes dans des fast-foods dégoûtants et dans des logements sales. J'allais prendre la pilule du lendemain dans une clinique locale au moins deux fois par semaine, mais personne ne m'a jamais posé de question. Je suis tombée enceinte deux fois et j'ai eu deux avortements. Quelques heures après ma deuxième opération, un de mes agresseurs est venu me chercher pour que je sois violée par encore plus d'hommes. Le pire moment a été juste après mon seizième anniversaire, quand j'ai été droguée et violée en réunion par cinq hommes."


En clair, le Sunday Mirror estime que le scandale, bien que connu, a été sous-estimé, et que la police a échoué à faire son travail. Le journal affirme que des travailleurs sociaux ont tenté d'alerter les forces de police dès les années 90, sans succès, mais aussi que des cas se sont poursuivis des années après la fin de l'opération Chalice. Elles auraient par ailleurs étouffé l'affaire pour ne pas être accusées de racisme.

Comment réagissent les autorités ?

"Nous avons tous été choqués par cette affaire horrible qui s'est déroulée à Telford et où certaines des personnes les plus vulnérables de notre pays ont été les proies des pires criminels", a déclaré mercredi dernier la Première ministre Theresa May devant les députés. Après avoir félicité le travail des journalistes, elle a souligné la nécessité de lancer une enquête le plus rapidement possible. Un organe indépendant a ainsi été chargé d'examiner si les institutions ont suffisamment agi pour protéger les enfants. 


"Ces jeunes filles étaient très souvent issues de la classe ouvrière blanche, souffrant de fragilités multiples et c'est pour cela que leurs agresseurs les ciblaient", a déclaré la députée conservatrice de Telford, Lucy Allan qui avait plaidé pour une enquête urgente.

La police de Telford, de son côté, se défend. Selon Tom Harding, le surintendant, le nombre de victimes pourrait être exagéré à des fins "sensationnalistes". Son collègue de la police de West Mercia a également nié avoir refusé de mener des enquêtes pour éviter que sa brigade ne soit qualifiée de raciste, expliquant au site shropshirestar les difficultés à rassembler des preuves dans une telle affaire.

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