Russie : ce que l'on sait après l'atterrissage d'urgence d'un avion de ligne qui a fait 41 morts à Moscou

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ACCIDENT - Un avion de ligne, transportant 78 passagers et assurant la liaison Moscou-Mourmansk, a atterri en catastrophe dimanche 5 mai à l'aéroport moscovite de Cheremetievo. L'appareil, un Soukhoï Superjet-100, aurait été touché par la foudre avant de faire demi-tour pour se poser. 41 personnes ont perdu la vie.

La Russie s'interroge, lundi 6 mai, sur les causes de l'atterrissage en catastrophe la veille au soir d'un avion de la compagnie nationale Aeroflot, qui a causé la mort de 41 personnes et le spectaculaire embrasement de l'appareil à l'aéroport moscovite de Cheremetievo. Le vol SU1492, qui transportait 78 personnes, équipage et passagers confondus, aurait atterri après avoir été touché par la foudre. Il avait décollé de Moscou en direction de Mourmansk avant de faire demi-tour après avoir émis un signal de détresse.

Sitôt après l'atterrissage, les passagers ont été évacués par les toboggans avant de l'avion alors que celui-ci s'embrasait à grande vitesse, d'énormes volutes de fumée noire s'élevant dans les airs. Un premier bilan, communiqué en début de soirée, faisait état d'au moins 13 morts. Quelques heures plus tard, comme les images laissaient présager le pire, il a été actualisé.

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De lourdes pertes humaines

"Sur les 78 personnes à bord, 37 ont survécu : 33 passagers et 4 membres de l'équipage", a indiqué la représentante de la Commission d'enquête russe, Elena Markovskaya, portant donc à 41 le nombre de personnes décédées. Selon une source citée par l'agence publique TASS, un citoyen américain se trouverait parmi les victimes. "Actuellement, six blessés sont hospitalisés. Deux blessés graves sont en réanimation", a-t-elle déclaré, alors que 14 personnes ont eu besoin d'une aide médicale." "La gravité des blessures fait suite à l'inhalation de fumées et des brûlures", a ajouté Veronika Skvortsova, ministre russe de la Santé.

Trois jours de deuil ont été décrétés à Mourmansk, où l'avion devait se rendre. Selon le porte-parole du Kremlin, Dmitri Pesko, le président russe Vladimir Poutine a présenté ses condoléances aux proches des victimes et réclamé une enquête minutieuse.

La foudre à l'origine de l'accident ?

Si les circonstances exactes de la tragédie doivent encore être éclaircies par l'enquête, le commandant de bord, Denis Evdokimov, a rapporté aux médias russes que le Soukhoï Superjet 100 a dû effectuer un atterrissage d'urgence après avoir perdu une partie du matériel de bord en raison de la foudre. "À cause de la foudre, nous avons perdu le contact radio et sommes passés en régime de pilotage minimal. (...) C'est-à-dire sans ordinateur comme à l'ordinaire, mais de manière directe. En régime d'urgence", a expliqué le pilote au tabloïd russe Komsomolskaïa Pravda. Selon le site spécialisé Flightradar 24, le contact radio avec le contrôle aérien a été perdu à 18h11 (heure locale), soit moins de 10 minutes après le décollage.

Quatorze minutes plus tard, "nous sommes parvenus à rétablir la liaison via la fréquence d'urgence, mais elle était courte et fonctionnait seulement par intermittences. (...) Nous avons pu dire quelques mots puis le contact a disparu", a-t-il indiqué. Selon le commandant du vol SU1492 de la compagnie Areoflot, c'est à cause du violent atterrissage que l'appareil a pris feu. "La raison est sûrement la suivante : les réservoirs étaient pleins", a-t-il ajouté. Et d'expliquer ensuite pourquoi il n'avait pas pu réduire les risques liés à cette menace : "Il était dangereux d'effectuer une manœuvre pour vider les réservoirs au-dessus de Moscou", a expliqué une source anonyme, interrogée par l'agence Interfax.

"L'avion a émis un signal de détresse après le décollage. Il a tenté un atterrissage d'urgence, n'a pas réussi la première fois et, à la deuxième tentative, le train d'atterrissage a frappé (le sol), puis le nez, et il s'est enflammé", avançait peu après l'accident cette même source. Des propos confirmés par les passagers survivants. "L'atterrissage a été dur, on a presque perdu connaissance de peur. L'avion a rebondi sur le tarmac comme une sauterelle et a pris feu au sol", a témoigné Piotr Egorov, dans les colonnes du tabloïd Komsomolskaïa Pravda. Une vidéo, relayée par les médias russes, montrant des images de vidéosurveillance de l'aéroport moscovite de Cheremetievo, vient accréditer ce scénario qui a coûté la vie à 41 passagers. 

Selon des sources au sein des services d'urgence citées par la presse locale, deux "boîtes noires" de l'appareil ont été retrouvées sur les lieux de l'accident et transmises aux enquêteurs. "Une enquête criminelle pour violation des règles de sécurité" a été ouverte, a indiqué dans un communiqué le Comité d'enquête. Elle devra déterminer les causes du drame.

Le Superjet 100, un jeune avion décrié

Premier avion civil conçu dans la Russie post-soviétique, le Soukhoï Superjet-100 est destiné à faire concurrence concurrence aux constructeurs brésilien Embraer et canadien Bombardier sur le marché des avions régionaux. L'appareil, lancé en 2011 et source de fierté pour le pays, est pourtant très décrié et peine à convaincre en dehors du marché local. Plusieurs compagnies étrangères qui l'exploitaient ont préféré réduire ou stopper son utilisation, évoquant des problèmes de fiabilité. En mai 2012, son image avait été ternie par le crash d'un avion au cours d'un vol de démonstration en Indonésie, qui avait fait 45 morts.

"Toute conclusion est prématurée", a déclaré un porte-parole de l'agence russe Rossaviatsia au sujet d'une éventuelle immobilisation des Superjet après ce crash, comme cela a été le cas avec les Boeing 737 MAX après deux accidents aériens.

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