Qui est Alexeï Navalny, cet opposant anti-Poutine condamné après les manifestations ?

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PORTRAIT - L'opposant russe Alexeï Navalny a été condamné lundi à 15 jours de détention. Un verdict qui intervient au lendemain des vastes manifestations contre la corruption des élites à Moscou, au cours desquelles près d'un millier de personnes ont été arrêtées.

Alexeï Navalny est un habitué des tribunaux. Sauf que, ce lundi, cet avocat âgé de 40 ans se retrouve de l’autre côté de la barre, sur le rang des accusés. En cause : la manifestation qu’il a orchestrée ce dimanche à Moscou contre la corruption en Russie, et qui s’est soldée par l’arrestation de centaines de personnes. Verdict ? 15 jours de détention et une amende de 20.000 roubles (environ 325 euros) pour celui qui incarne désormais dans le pays un front anti-Poutine.

La veille de ce nouveau passage devant la justice, Alexeï Navalny (il déjà été condamné à plusieurs reprises pour détournements de fond, du procés jugés "politiques" par l'opposition) avait été interpellé durant une vague d’arrestations (de 600 à un millier, selon les sources) à la hauteur des rassemblements sans précédent dans le pays ces dernières années. Malgré des interdictions dans 72 des 99 villes où étaient prévues des actions, les Russes sont effet sortis en masse dans la rue, brandissant parfois des chaussures de sport ou des canards en plastique. 

Tout sauf un hasard : il s’agit de références à l’enquête mise en ligne il y a quelques semaines sur YouTube par ce même Alexeï Navalny. Une enquête dans laquelle on voit Dmitri Medvedev (président du gouvernement) affectionner les baskets colorées et… des canards, pour lesquels il aurait édifié une maison miniature dans l’une de ses propriétés…Des caprices de milliardaire selon l’avocat, qui accuse le dirigeant de se trouver à la tête d'un empire immobilier financé par les oligarques. 

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Alexeï Navalny sait de quoi il parle, lui qui est devenu en Russie le pourfendeur de la lutte contre la corruption des élites. Un combat qu’il mène depuis 2007 : cette année-là, il s’oppose au le gouvernement en achetant des actions dans des groupes semi-publics comme la compagnie pétrolière Rosneft et le géant gazier Gazprom. Arguant de son statut d'actionnaire minoritaire, il exigeait la transparence des comptes.

Mais c'est seulement à la faveur des législatives de décembre 2011, qui vont déclencher une contestation sans précédent, que cet avocat va gagner en notoriété. Grâce au charisme dont jouit ce grand blond aux yeux bleus, mais surtout à la virulence de ses prises de parole contre le Kremlin. Par exemple en septembre 2013, quand il obtient son premier succès électoral à l'élection municipale de Moscou : il crée en effet la surprise en arrivant en deuxième position avec 27,2 %, juste derrière le maire sortant, l'ex-chef de cabinet de Vladimir Poutine Sergueï Sobianine. Un score qui le conforte en figure de proue de l'opposition. Moins glorieux, Alexeï Navalny a aussi souvent participé à des rassemblements aux relents racistes tels que la Marche russe. Même s'il a néanmoins pris ses distances avec ce milieu ces dernières années et progressivement gommé les tonalités nationalistes de ses discours.

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En 2012, il créé son Fonds de lutte contre la corruption, afin d’appuyer sur ce point faible de la Russie de Poutine, et du parti au pouvoir, Russie Unie. Le "parti des voleurs et des escrocs" selon lui. Mais fin 2014, les ennuis judiciaires rattrapent ce père de famille. Il est condamné à trois ans et demi de prison avec sursis et son frère Oleg à la même peine, mais ferme, dans une affaire de détournement de près de 400.000 euros au détriment d'une filiale russe de la société française Yves Rocher. Alors qu'il est assigné à résidence, il lance un appel à manifester sous les murailles du Kremlin, qui "ne mérite pas d'exister et doit être détruit", suivi par des centaines de manifestants. Il est alors arrêté dans la rue devant les caméras. 

Bis repetita, donc, dimanche. Les traits tirés, Alexeï Navalny s’est présenté une nouvelle fois devant le juge, où il a réitéré ses attaques.  "Il y a des choses dans la vie pour lesquelles cela vaut la peine d'être arrêté", avait-il déclaré peu avant sur Twitter, appelant ses partisans à continuer la lutte. En décembre dernier, Navalny avait annoncé sa candidature à l'élection présidentielle russe de 2018.

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