Russie : qui est Alexeï Navalny, le médiatique opposant hospitalisé dans un état grave ?

La candidature d'Alexeï Navalny a été rejetée pour l'élection présidentielle russe de 2018

PORTRAIT - Alexeï Navalny était hospitalisé jeudi dans un état grave, ses proches dénonçant un empoisonnement. Pourfendeur charismatique de la corruption des élites russes, l'avocat de 44 ans s'est imposé depuis une décennie comme un opposant au président Vladimir Poutine, malgré les séjours en prison et plusieurs procès.

L'avocat Alexeï Navalny, médiatique opposant politique russe de 44 ans, a été placé jeudi en réanimation dans un hôpital de Sibérie. Il a fait un malaise dans un avion en vol vers Moscou, qui a atterri d'urgence à Omsk en raison de la dégradation subite de son état de santé. L'entourage de cette figure de l'opposition a immédiatement dénoncé un empoisonnement. 

Non représenté au parlement et rendu inéligible à cause d'une condamnation pour fraude fiscale qu'il qualifiait de politique, Alexeï Navalny se considère toutefois comme la voix de l'opposition russe. Ses émissions diffusées sur YouTube - où il rassemble près de quatre millions d'abonnés - sont très populaires et ses enquêtes sur la corruption des élites rassemblent jusqu'à plusieurs dizaines de millions de vues. Portrait. 

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Un engament politique

Navalny et le Fonds de lutte contre la corruption (FBK), son organisation créée en 2012, sont régulièrement la cible des autorités. Ces derniers mois, le FBK a écopé de plusieurs amendes, ses locaux ont été perquisitionnés et ses avoirs gelés. Pour l'opposant, il s'agissait de représailles pour avoir organisé un mouvement de contestation durant l'été 2019, à l'approche d'élections à Moscou. Ce scrutin s'était soldé par un désaveu pour de nombreux candidats soutenus par le Kremlin. 

En 2017 et 2018, l'année de la dernière présidentielle, l'avocat avait rassemblé des dizaines de milliers de jeunes dans toute la Russie. Avec son organisation, il s'appuie sur cette population, point faible de l'électorat de Vladimir Poutine et du parti au pouvoir, qu'il a rebaptisé "parti des voleurs et des escrocs". Alexeï Navalny a multiplié les coups d'éclat en s'en prenant aux plus intouchables. Il a notamment porté plainte contre le procureur général Iouri Tchaïka, puis contre Vladimir Poutine lui-même, faisant sur son blog des révélations sur le patrimoine de proches du pouvoir, qu'il accuse de corruption.

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Passé par le parti d'opposition libéral Iabloko d'où il a été exclu en 2007 pour ses prises de position nationalistes, il n'a eu de cesse de contester la légitimité de Vladimir Poutine. Dès 2007, l'avocat a ferraillé avec le gouvernement en achetant des actions dans des groupes semi-publics comme Rosneft et Gazprom. Arguant de son statut d'actionnaire, il exigeait la transparence des comptes. Mais c'est seulement lors des législatives de décembre 2011, qui ont déclenché une vague de contestation sans précédent, qu'Alexeï Navalny a gagné en notoriété, grâce à son charisme et à la virulence de ses prises de parole anti-Kremlin.

En septembre 2013, il a obtenu son premier succès électoral aux municipales de Moscou, créant la surprise en arrivant deuxième avec 27%, juste derrière le maire sortant, ce qui le confortait en tant que figure de proue de l'opposition.

Deux précédents mystérieux

Alexeï Navalny a aussi participé au début de sa carrière politique à des rassemblements aux relents racistes tels que la Marche russe, avant de gommer les tonalités nationalistes de ses positions. Depuis 2013, ce père de deux enfants a été condamné à des peines de prison avec sursis pour deux affaires de détournement de fonds qu'il jugeait politiques et qui lui ont valu d'être déclaré inéligible jusqu'en 2028. Il a multiplié les courts séjours en rétention administrative pour infraction à la législation sur les manifestations, et les condamnations dans des affaires qu'il a rejeté systématiquement comme politiques, impliquant également son frère Oleg, emprisonné pour trois ans et demi.  

Il a toujours assuré que rien ne viendrait enrayer sa motivation, même les menaces pesant sur sa sécurité et sa famille. "Je fais de la politique depuis longtemps, je suis souvent arrêté (...), c'est simplement une partie de la vie", relativise-t-il. "Je fais le travail que je préfère, les gens me soutiennent, j'ai de nombreux partisans. Qu'est-ce qui peut rendre un homme plus heureux ?"

Le 28 juillet 2019, Alexeï Navalny, alors incarcéré pour avoir appelé à manifester devant la mairie de Moscou, avait été admis à l'hôpital pour un mal mystérieux. Ses paupières étaient gonflées et il présentait de multiples abcès au cou, au dos, sur le torse et aux coudes. Les autorités avaient invoqué une "grave réaction allergique", mais l'entourage du principal opposant au Kremlin affirmait qu'il avait vraisemblablement été victime d'un "agent toxique". En 2017, il avait dû être soigné en Espagne d'une brûlure à l’œil reçue après avoir été aspergé d'un colorant antiseptique.

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