Russie - Ukraine : pourquoi la situation dérape en mer d'Azov

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CONFLIT - Les relations entre les deux pays ont connu dimanche une flambée de tensions après la capture par Moscou de navires ukrainiens dans le détroit de Kertch, porte d'accès à la mer d'Azov. Le dernier épisode d'un conflit qui trouve ses origines dans le soulèvement de 2014 en Ukraine.

Des échanges de tirs, trois navires et une vingtaine de marins capturés : le conflit entre l’Ukraine et la Russie a connu dimanche un soudain regain de tension en mer Noire. C’est dans cette zone que les deux anciennes républiques soviétiques cherchent à asseoir leur influence, provoquant une réunion d’urgence ce lundi du Conseil de sécurité de l’ONU.


L'incident s'est produit lorsque les bateaux tentaient d'entrer depuis la mer Noire dans le détroit de Kertch, séparant la Crimée de la Russie et marquant l'accès à la petite mer d'Azov. Selon Kiev, des bateaux russes ont d'abord percuté le remorqueur ukrainien et bloqué l'accès à la mer d'Azov, située entre la Crimée, annexée en 2014 par la Russie, et l'est de l'Ukraine, théâtre d'une guerre entre Kiev et les séparatistes prorusses. Moscou a confirmé l'arraisonnement et l"'usage d'armes", en accusant les navires ukrainiens de "violer la frontière russe" et de "mener des actions illégales dans les eaux territoriales russes". Très vite, les condamnations se sont multipliées, l'Union européenne et l'Otan appelant notamment les deux pays à "la retenue" et la "désescalade". 

Les séparatistes contrôlent le littoral

Soudain, ce nouvel épisode de la crise russo-ukrainienne n’en demeure pas moins prévisible. Déjà car le passif entre les deux pays est lourd : depuis 2014 et le soulèvement proeuropéen du Maïdan à Kiev, le président prorusse Viktor Ianoukovitch a pris la fuite en Russie. Il sera destitué en février. Un mois plus tard, la Russie a annexé la péninsule ukrainienne de Crimée en majorité russophone. En avril de la même année, un conflit armé entre Kiev et les séparatistes prorusses a éclaté dans l'Est de l'Ukraine faisant depuis plus de 10.000 morts. 


En outre, la mer d’Azov cristallise désormais les tensions. Son emplacement est pour le moins épineux : elle est entourée au nord et à l'ouest par l'Ukraine, au sud-ouest par la Crimée annexée par Moscou en 2014, et à l'est par la Russie. Ses eaux baignent également le sud du Donbass, région ukrainienne où un conflit armé entre Kiev et les séparatistes prorusses a fait plus de 10.000 morts en quatre ans. La république séparatiste autoproclamée de Donetsk contrôle d'ailleurs quelques kilomètres de son littoral.

Un pont controversé

Dans ce contexte, la tension est ainsi montée au fil des mois autour du détroit de Kertch. Déjà, en 2014, la Russie revendiquait le contrôle des eaux au large de la Crimée. Les tensions ont été relancées en 2016 avec la construction par Moscou d'un pont très controversé de 19 km traversant le détroit de Kertch, pour relier la Crimée annexée à la Russie. L'ouvrage a été inauguré en mai 2018 par Vladimir Poutine lui-même au volant d'un camion. L'installation de ses arches en 2017 avait déjà "coupé la voie à une partie des navires, trop grands pour passer en-dessous", selon Oleksandre Oliïnyk, directeur du port de Marioupol. Cette année, les garde-frontières russes ont commencé à retenir des bateaux, officiellement pour des contrôles, provoquant des protestations.


Enfin, les calendriers politiques des belligérants ne sont pas étrangers à cette flambée de violence. Et pourraient expliquer pourquoi un conflit qui se joue loin des radars médiatiques depuis plusieurs mois est désormais à la une de l’actualité côté ukrainien comme russe. A Kiev, lundi 26 novembre, le Parlement a voté l'introduction de la loi martiale pour 30 jours, sur demande du président Petro Porochenko. Un choix tout sauf anodin : elle devrait provoquer une rupture des relations diplomatiques avec la Russie, l’instauration de l’état d’urgence, mais aussi éventuellement le report du scrutin présidentiel de mars 2019. Un scrutin pour lequel il est justement en grande difficulté. Côté russe, Vladimir Poutine y trouve lui aussi son compte. Depuis son élection en mars dernier, sa cote de popularité est en baisse. Dans ce contexte, une démonstration de force en Crimée tombe à pic pour exalter la fibre nationale des Russes.

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