Pourquoi l'affaire Navalny embarrasse Yves Rocher

Le principal opposant à Vladimir Poutine, Alexeï Navalny, a été condamné mardi à trois ans et six mois de prison par un tribunal de Moscou. Depuis des années, il dénonce la corruption au sommet de l'État russe.

MANIPULATION - C'est finalement une obscure affaire de corruption qui a mené Alexeï Navalny en prison. Accusé en 2012 d'abus de confiance par la filiale russe d'Yves Rocher, avant que le groupe de cosmétiques ne se ravise, le prétexte était trop beau pour remettre l'opposant de Vladimir Poutine derrière les barreaux.

"Nous ne souhaitons pas commenter la situation russe". Le communiqué d'Yves Rocher est clair : pas question d'être associé une nouvelle fois à Alexeï Navalny. D’après plusieurs sources judiciaires, le principal opposant à Vladimir Poutine a pourtant bien été incarcéré le 17 janvier en lien avec une étrange affaire d’abus de confiance qui remonte à novembre 2012.  "Ce dossier est complexe et ancien", poursuit le communiqué, avant de faire un rapide rappel des faits. 

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Navalny-Poutine : le conflit sans fin

À cette époque, la filiale russe d’Yves Rocher dépose une plainte devant la justice russe pour "une affaire commerciale locale de suspicion d'escroquerie", quatre ans après la signature d’un contrat avec Alexeï et Oleg Navalny. En cause, leur société de transport, Glavpodpiska, tombée dans le collimateur des autorités russes fin 2012. Deux ans après, en novembre 2014, Yves Rocher-Vostok reconnaît finalement n'avoir subi "aucun dommage", mais le mal est fait. Et en dépit de cette volte-face, la machine judiciaire est lancée. 

La procédure débouche sur la condamnation des deux frères Navalny pour détournement de fonds, escroquerie et blanchiment, d’un montant de 26 millions de roubles (370.000 euros) au détriment de la marque française. Le 30 décembre 2014, Alexeï Navalny se voit infliger une peine de trois ans et demi de prison avec sursis. Son frère Oleg est condamné à la même peine, mais ferme. 

Des décisions de justice "arbitraires et déraisonnables"

Ce premier jugement a été "confirmé par la cour d’appel de Moscou en 2015, puis par la Cour suprême de Russie en 2018", précise le groupe Yves Rocher qui oublie toutefois de dire qu’en 2017, la Cour européenne des droits de l’homme avait estimé que les frères Navalny avaient été privés de leur droit à un procès équitable, et dénoncé des décisions de justice "arbitraires et manifestement déraisonnables".

Dans le cadre de sa peine avec sursis, Alexeï Navalny devait pointer régulièrement et jusqu'au 30 décembre 2020 à l'administration pénitentiaire. Or celle-ci lui reproche d'avoir raté ces rendez-vous, notamment durant sa convalescence en Allemagne suite à son empoisonnement présumé en août 2020. À son retour en Russie mi-janvier, Alexeï Navalny a donc été placé en détention pour avoir violé ce contrôle judiciaire. Et le 2 février, le sursis de sa peine a été révoqué par un tribunal de Moscou qui a ordonné son emprisonnement pour plus de deux ans.

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Depuis, ses partisans crient au scandale et ont même appelé au boycott de la marque française. "Il est très important pour nous que la justice française reconnaisse que cette histoire est fabriquée de toutes pièces et que, ce faisant, Yves Rocher a fait le jeu politique de Poutine", a affirmé l'opposant par le passé. De son côté, la direction d'Yves Rocher se défend, en disant avoir cru à une escroquerie à l'époque et avoir alors eu recours à des "procédures habituelles", même si ces soupçons ne se sont pas vérifiés par la suite. 

Elle évoque désormais un dossier "clos" sur lequel il n'est "pas possible de revenir", tout en ajoutant être une "entreprise totalement apolitique". Toutefois, les avocats d'Alexeï Navalny en France, William Bourdon et Amélie Lefebvre, ont accusé récemment Yves Rocher d'avoir eu "connaissance de la fausseté de ses accusations" et d'avoir participé aux poursuites pour bénéficier de "faveurs commerciales" sur le marché russe, où le groupe s'est implanté dès 1991.

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