Sabine Atlaoui : "Serge a vu les autres partir pour le peloton d'exécution, c'est une torture psychologique"

Sabine Atlaoui : "Serge a vu les autres partir pour le peloton d'exécution, c'est une torture psychologique"
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INTERVIEW – Huit condamnés à mort, dont sept étrangers, ont été fusillés mardi soir en Indonésie. Le Français Serge Atlaoui a été retiré in extremis de la liste des exécutions. Une "torture psychologique extrême" pour son épouse sur place que nous avons pu joindre.

Un "sursis", mais pour combien de temps ? Alors que le Français Serge Atlaoui figurait sur la liste des prochains condamnés à mort pour trafic de drogue, son nom a été retiré in extremis des exécutions qui se sont déroulées mardi soir sur l'île de Nusakambangan, "l'Alcatraz indonésien". Une "torture psychologique" pour son épouse sur place qui vit au rythme des déclarations et des rebondissements de l'imprévisible justice indonésienne. Anéantie mais pas résignée, Sabine Atlaoui, que nous avons pu joindre au téléphone mercredi matin, promet de se battre jusqu'au bout aux côtés de son mari, qui patiente dans le couloir de la mort.

Comment avez-vous vécu les huit exécutions qui se sont déroulées mardi soir ?
Nous sommes anéantis. Mon souhait était d'être à leurs côtés dans ce moment terrible. Les familles étaient revenues pour des visites, elles avaient encore espoir de sauver leurs proches il y a quelques semaines. Et puis on les a tués du jour au lendemain, c'est cruel, tellement cruel…

Avez-vous parlé à votre mari depuis ?
Oui, j'ai discuté avec lui ce matin. Il est dévasté. Trois personnes exécutées étaient dans la même prison que lui. Il a du mal à réaliser qu'il ne va plus les croiser. C'est tellement brutal. Il a peur. Il était sur cette liste d'exécution il y a encore quelques jours et nous n'avons jamais eu de message officiel stipulant qu'il en était retiré. Durant 48 heures, il est donc resté assis à côté de la porte de sa cellule en attendant qu'on vienne le chercher. Quarante-huit heures, vous imaginez la torture. Il a vu les autres partir au peloton d'exécution et il s'est dit "je suis le prochain".

Comment gérez-vous justement ces derniers rebondissements ?
La pression est extrême. La situation est tellement dramatique et d'une telle intensité au niveau psychologique… Les images des exécutions passent en boucle à la télévision indonésienne. Notre fils (qui a 3 ans et demi, ndlr) voit son père partout. Il me montre la télé et me dit "Viens on va voir papa", tout cela est tellement surréaliste. C'est quoi cette souffrance, c'est quoi cet enfer, où est-on là ?

Arrivez-vous à parler avec votre époux de de ce qui va se passer ?
Pouvoir se parler nous permet de rester debout. C'est ce qui nous fait tenir l'un et l'autre. Durant toutes ces années, nous ne nous sommes jamais voilé la face. Nous savions qu'il avait une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Le fait que son nom apparaisse sur une liste d'exécution, nous en avions déjà discuté ensemble. Il est important de dire les choses, de mettre des mots et de ne pas nous cacher nos craintes dans ces moments traumatisants mais aussi nos espoirs. Car nous espérons encore. Il sait exactement ce qui passe en France et il est très touché par ce soutien. Même si mon mari ne peut s'exprimer, il tient à remercier tout le monde. Dans les moments les plus terribles, cette présence nous fait tenir.

Votre mari a obtenu un sursis suite au recours que vous avez déposé, quelle est la suite ?
Il s'agit d'un recours administratif pour contester le rejet de la grâce présidentielle. Nous attendons maintenant une convocation - dont la date n'a pas été précisée - à une prochaine audience afin que notre appel soit étudié. Nous aurons dans la foulée une réponse.

Le parquet a déclaré que "Serge Atlaoui serait exécuté seul dès que cette procédure sera terminée". Comment réagit-on à ces mots ?
Je suis très affectée. Comment peut-on être aussi cruel ? Le procureur général utilise les médias pour continuer sa propagande sur les exécutions. Peu importe pour lui qu'il y ait des familles derrière qui prennent cette pression dans la figure. Il n'a aucun respect pour nous. Ces déclarations sont révoltantes et elles sortent de sa fonction. La loi indonésienne prévoit que tous les condamnés à mort dans une même affaire soient exécutés en même temps. Mon mari n'est pas le seul condamné dans ce dossier mais le procureur explique clairement que cette loi n'est pas un problème, il l'exécutera seul quand même. En a-t-il fait une affaire personnelle ?

Espérez-vous encore une intervention du président Widodo ?
Oui, je garde espoir. Nous avons des éléments juridiques qui sont là, qui peuvent prouver l'innocence de mon mari. Nous demandons seulement qu'ils soient étudiés. C'est légitime de demander justice. Il faut que le président nous entende ! Nous l'avons vu avec Mary-Jane (la Philippine dont l'exécution a été suspendue mardi soir, ndlr), c'est lui qui décide en définitive.

EN SAVOIR +

>> Qui sont les huit personnes exécutées mardi soir en Indonésie ?
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