Sadiq Khan, fils d'immigrés prolos et maire de Londres

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LONDRES - Des millions de Londoniens votaient jeudi 5 mai pour les élections municipales dont Sadiq Khan, un musulman fils d'un immigré pakistanais, était le favori. Il a été élu avec 44% des votes.

Il est l'image du cosmopolitisme londonien. Et le nouveau visage à la tête de la capitale britannique. Sadiq Khan, membre du parti travailliste, fils d'un chauffeur d'autobus pakistanais, a été élu maire de Londres vendredi avec 44% des votes, et une large avance sur le conservateur et fils de milliardaire Zac Goldsmith (35%). Ce quadragénaire, député de Tooting, un quartier populaire du sud de Londres où il a grandi en cité HLM, est le premier maire musulman d'une grande capitale occidentale. Il succède au trublion conservateur Boris Johnson. 

EN SAVOIR + >> Sadiq Khan élu maire de Londres

Mais Sadiq Khan a insisté avant l'élection sur le fait que sa confession n'était que l'une des composantes de sa personnalité. "Je suis Londonien, je suis Britannique (...) j'ai des origines pakistanaises, je suis un père, un mari, un supporteur de Liverpool", a-t-il lancé à l'adresse du camp adverse qui a tenté sans relâche d'instrumentaliser sa religion pour refaire son retard.

Fils d'immigré pakistanais

Zac Goldsmith, 41 ans, député du quartier résidentiel de Richmond, a notamment accusé l'ancien avocat des droits de l'Homme d'avoir fréquenté des extrémistes islamistes. Attaques qui ont été relayées par le Premier ministre David Cameron. Le Mail on Sunday, journal à scandale des conservateurs, est allé jusqu'à titrer il y a quelques jours : "Jeudi, allons-nous vraiment donner la ville la plus fantastique du monde à un Parti travailliste qui pense que les terroristes sont ses amis ?" Une question illustrée de la photo d'un autobus éventré lors des attentats terroristes qui ont frappé Londres le 7 juillet 2005.

Mais dans une ville réputée pour sa tolérance, cette stratégie a pu avoir l'effet inverse, estiment les analystes. Né en octobre 1970 dans une famille pakistanaise récemment immigrée au Royaume-Uni, Sadiq Khan a grandi en logement social avec six frères et une sœur. "Qui aurait pu croire que 45 ans plus tard, dans un pays où la politique reste l'apanage d'une certaine élite, il briguerait la mairie de Londres ?", s'interroge Doreen Lawrence, son amie et membre de la chambre des Lords. Mais ce passé modeste a aussi servi au candidat dans une capitale qui a la diversité comme étendard et aime par-dessus tout les belles histoires de réussites.

Avocat des droits de l'Homme

Sadiq Khan rappelle d'ailleurs régulièrement que son père était chauffeur d'autobus et sa mère couturière et qu'il a dormi jusqu'à l'âge de 24 ans dans un lit superposé à leur domicile. Devenu avocat, spécialiste des droits de l'Homme, il présidera pendant trois ans l'ONG Liberty. En 1994, il est élu conseiller municipal de Wandsworth, dans le sud de Londres. En 2005, il abandonne sa carrière d'avocat pour se faire élire député de Tooting, où il vit toujours, avec sa femme Saadiya, avocate, et leurs deux filles adolescentes. 

Trois ans plus tard, Gordon Brown lui offre le poste de ministre chargé des communautés, puis celui des Transports l'année suivante. Il devient le premier musulman à siéger au cabinet d'un Premier ministre britannique. Aux conservateurs qui tentent de le faire trébucher en l'accusant de proximité avec les extrémistes, il rétorque qu'il a voté pour le mariage homosexuel, ce qui lui a valu des menaces de mort, et qu'il a toujours dénoncé le radicalisme.

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