Qui était Adnan Al-Sahraoui, le chef de l'État islamique au Grand Sahara, tué par la France ?

Qui était Adnan Al-Sahraoui, le chef de l'État islamique au Grand Sahara, tué par la France ?

ENNEMI PRIORITAIRE - Emmanuel Macron a annoncé cette nuit qu'Adnan Abou Walid Al-Sahraoui avait été tué par les forces françaises. LCI résume ici le peu de choses que l'on sait de cet affidé de Daech, à l'origine d'attaques meurtrières contre des Français au Sahel.

C'est Emmanuel Macron lui-même qui l'annoncé dans la nuit de mercredi 15 à jeudi 16 septembre, par le biais d'un tweet : "Adnan Abou Walid al Sahraoui, chef du groupe terroriste État islamique au Grand Sahara a été neutralisé par les forces françaises". Le président français s'y félicite d'un "nouveau succès majeur dans le combat que nous menons contre les groupes terroristes au Sahel", alors que le nom de ce chef de guerre djihadiste est presque inconnu du grand public. Al Sahraoui est pourtant à l'origine d'innombrables attaques meurtrières dont l'une, perpétrée il y a un an au Niger, avait tué six jeunes humanitaires français.

Sa biographie avant son entrée dans les mouvements djihadistes n'est pas épaisse. Tout juste sait-on que l'homme est originaire du Sahara occidental, ce qui en fait donc un ressortissant marocain et lui vaut le patronyme d'"Al-Sahraoui" au Sahel, où il est un étranger. Les services marocains l'identifient comme étant Lahbib Abdi Said, qui serait né soit en 1973, soit en 1979, selon les sources. Cela lui prête un âge qui semble raccord avec les images de lui diffusées par la propagande de l'État islamique (EI), comme celle qui ouvre cet article.

À l'origine d'une scission des Al-Mourabitoune

 Après avoir passé une partie de sa jeunesse en Algérie, où il aurait intégré des groupes islamistes armés, Adnan Abou Walid al-Sahraoui passe ensuite au Front Polisario, qui revendique l'indépendance du Sahara. Mais il s'exile assez tôt pour rejoindre les mouvements djihadistes du Sahel. D'abord impliqué dans la création du Mujao, une faction djihadiste des Arabes du Mali, c'est en 2013 qu'il rejoint avec cette organisation celle d'Al-Mourabitoune, un groupe affilié à Al-Qaïda. 

En 2015, alors que le califat de l'État Islamique en Syrie et en Irak est à son apogée, Al-Sahraoui est à l'origine d'une scission des Al-Mourabitoune. En tant que porte-parole de l'organisation, il fait allégeance à Daech, contre l'avis de son chef, le célèbre Mokhtar Belmokhtar. C'est finalement un an plus tard que l'État islamique reconnaîtra l'allégeance d'Adnan Al-Sahraoui, créant de facto sa propre entité djihadiste : l'État islamique au Grand Sahara (EIGS). Les Al-Mourabitoune se fondront de leur côté dans Al Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI).

Ce pedigree d'ancien allié d'Al-Qaïda vaudra longtemps à Al-Sahraoui la méfiance de l'État Islamique, qui tardera à revendiquer ses premières opérations terroristes. Son passé lui vaudrait en revanche un prestige de vétéran du djihadisme auprès de ses hommes, selon le spécialiste Wassim Nasr. Seul maître à bord de sa propre organisation, il y impose une vision très stricte de la charia, dont il demande personnellement l'application inflexible. En particulier des châtiments corporels, ainsi qu'en a témoigné un élu de la ville malienne de Gao contacté par l'AFP.

Al Sahraoui était un émir autoritaire et autocrate- Florence Parly, ministre des Armées

La ministre française des Armées, Florence Parly, a justement mis en avant cette trajectoire militante d'Al Sahraoui, qu'elle qualifie de "figure historique du djihad au sahel". Elle pointe aussi ce que l'on sait de sa personnalité : il avait une réputation d'"émir autoritaire et autocrate". Pour Florence Parly, "c’est lui qui prenait toutes les décisions", ce qui permet aussi d'espérer que son élimination perturbera durablement son organisation. 

L'EIGS est tenu pour responsable de centaines d'opérations depuis 2015, qui auraient fait "de 2000 à 3000 victimes civiles", selon la ministre. Pour elle, c'est Al-Sahraoui qui avait "personnellement ordonné l'attaque de Kouré", qui avait causé la mort de six jeunes humanitaires français et deux Nigériens dans un parc animalier, le 9 août 2020.

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L'EIGS avait été nommé "ennemi prioritaire" lors du sommet de Pau en janvier 2020. Il aura donc fallu 18 mois aux forces françaises de l'opération Barkhane pour localiser et éliminer son chef, réputé insaisissable. Les quelques éléments recueillis sur la figure d'Al-Sahraoui laissent penser que l'organisation dont il était le fondateur et le décideur pourrait peiner à lui trouver un successeur. Mais Al-Qaïda, ennemi juré de l'État Islamique sur ce champ de bataille comme sur d'autres, pourrait aussi profiter du vide ainsi créé. 

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