Turquie : Sainte-Sophie redevient une mosquée, tollé chez les chrétiens des pays voisins

Turquie : Sainte-Sophie redevient une mosquée, tollé chez les chrétiens des pays voisins
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HISTOIRE - L'annonce ce vendredi de la transformation de l'ex-basilique Sainte-Sophie en mosquée a provoqué l'ire des voisins occidentaux de la Turquie, qui s'inquiètent d'une part de la "fracture" avec l'Eglise orthodoxe et de l'autre de la protection du patrimoine culturel.

Nul ne sait réellement ce que signifie sa reconversion. Mais la décision a une forte portée symbolique. Si la transformation de l'ex-basilique de Sainte-Sophie en mosquée, annoncée par la Turquie ce vendredi 10 juillet, ne devrait pas empêcher les touristes de toutes les croyances de s'y rendre, modifier le statut de ce lieu aussi emblématique dans l'histoire du christianisme suscite de vives réactions.

Une "provocation" voire une "fracture"

Le mécontentement se fait tout particulièrement sentir chez ses voisins orthodoxes. Tout d'abord en Grèce qui, comme la Russie, se considère comme le principal héritier de l'Eglise de Constantinople. A Athènes, la ministre de la Culture n'a pas mâché ses mots, décrivant une "provocation ouverte envers le monde civilisé. Dans un communiqué, Lina Mendoni a ainsi tenu à rappeler que ce bijou de l'empire byzantin est "un monument appartenant à toute l'humanité, indépendamment de toute croyance religieuse". Si elle assure qu'Athènes "n'essaye pas d'interférer dans les affaires internes" de la Turquie, la ministre de la Culture s'est tout de même fendue d'une critique acerbe envers le président Recep Tayyip Erdogan qui, par son "nationalisme", "ramène son pays six siècles en arrière". Pour elle, l'annulation par la justice de la décision gouvernementale de 1934 conférant à Sainte-Sophie le statut de musée "confirme qu'il n'y absolument aucune indépendance de la justice".

Une réaction virulente. Qu'on peut attendre aussi de l'Eglise orthodoxe grecque, même si elle n'a pas réagi dans l'immédiat. Le 6 juillet dernier, sur une chaîne locale, l'archevêque grec Ieronymos II pariait que les Turcs "n'oser[aie]nt pas" transformer ce monument en mosquée. Le patriarche œcuménique Bartholomée Ier, chef spirituel de l’Église orthodoxe, avait quant à lui averti le mois dernier qu'une telle décision pourrait "tourner des millions de chrétiens dans le monde contre l'islam". 

C'est cette fracture que met en avant aussi l'Eglise russe. Son porte-parole Vladimir Legoïda a partagé son "regret" que l'"inquiétude" de "millions de Chrétiens" n'ait pas été entendue par le tribunal turc. "La paix et la concorde entre les religions sont des questions extrêmement fragiles et complexes et qui ne peuvent supporter des décisions irréfléchies et purement politiques."

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Une décision ressentie comme une "humiliation" par les chefs religieux catholiques. Mais pas que. Inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco, Sainte-Sophie possède également une importance culturelle. Preuve, s'il en fallait une, de sa valeur : l'Unesco s'était dite "préoccupée", peu avant l'annonce de la décision, par le sort de l'ex-basilique. L'institution onusienne avait alors appelé la Turquie au dialogue avant toute mesure susceptible de "porter atteinte" à la "valeur universelle" de ce monument.

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