30 ans de prison pour une fausse couche : la condamnation d'une Salvadorienne confirmée

30 ans de prison pour une fausse couche : la condamnation d'une Salvadorienne confirmée

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COUP DE MASSUE - Elle avait espoir de retrouver sa famille. Incarcérée depuis près de 9 ans au Salvador pour avoir fait une fausse couche, Teodora Vasquez a vu sa peine de 30 ans de réclusion confirmée par le tribunal mercredi. Les juges l'accusent d'"homicide avec circonstances aggravantes".

Teodora Vasquez n’a donc pas été entendue. Aujourd’hui âgée de 34 ans, la jeune femme est incarcérée au Salvador depuis près de neuf ans. Son crime ? Avoir perdu son enfant lors d’une fausse couche en 2007. Elle avait été condamnée cette même année par un tribunal du pays à trente ans de prison pour "homicide avec circonstances aggravantes". A nouveau jugée mercredi, elle a vu la justice confirmer sa condamnation. "Le tribunal a estimé que la (première) condamnation devait être confirmée", a déclaré l'un des juges, qui avait déjà siégé en 2008. Avant le verdict, l'avocat de la défense, Victor Hugo Mata, avait demandé à la cour de "corriger son erreur en la libérant", plaidant que sa cliente n'a commis "aucune faute".


Lors du drame, Teodora Vasquez attendait son deuxième enfant. Enceinte de près de neuf mois, elle avait été prise de douleurs sur son lieu de travail, le collège de San Salvador. Elle avait alors appelé les secours depuis les toilettes, avant de perdre connaissance. A son réveil, elle avait accouché d’un mort-né et saignait abondamment. En découvrant le cadavre, un autre employé du collège avait prévenu la police et la jeune femme, encore inconsciente, avait été arrêtée.


Lors de son audience mercredi, Teodora a simplement rappelé aux juges ce qu’il s’était passé. Une version qui n’a visiblement pas convaincu le tribunal, qui avait le choix d'annuler sa condamnation, d’ordonner un nouveau procès ou de confirmer sa peine de 30 ans de réclusion. La représentante du parquet, qui a requis la confirmation de la peine, a estimé que l'accusée avait "caché" sa grossesse et "qu'elle ne voulait pas d'un bébé". A l'issue du verdict, la présidente du Centre des droits en matière de procréation, Nancy Northup, a qualifié ce jugement de "gifle", estimant que "l'accusée n'a commis aucun crime".

Au moins 26 femmes dans le même cas

Dans ce pays qui compte l'une des législations anti-avortement les plus strictes au monde, le code pénal prévoit une peine de deux à huit ans de prison pour les cas d'avortement. Mais dans les faits, les juges salvadoriens considèrent l'avortement ou la perte du bébé comme un "homicide aggravé", un délit puni de 30 à 50 ans de réclusion. Comme Teodora, au moins 26 femmes, souvent de milieux pauvres, ont été arrêtées pour avoir perdu leur bébé. En juillet dernier, une étudiante de 19 ans avait été condamnée à trente ans de réclusion criminelle pour avoir fait une fausse couche après un viol.

 

Plusieurs organismes internationaux, comme Amnesty International, ont apporté leur soutien à Teodora Vasquez. "Qu'ils m'accordent ma liberté, car je suis innocente, car j'ai une famille pour laquelle je veux me battre, car j'ai des gens qui m'aiment et j'ai besoin d'être avec eux", avait-elle déclaré vendredi, quand la justice devait se prononcer sur son cas, mais avait finalement reporté l'audience. Une proposition de loi pour dépénaliser l'avortement en cas de viol, de danger de mort pour la mère ou de foetus non-viable est actuellement à l'étude, et ce depuis octobre 2016, par le Parlement du Salvador.

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