Serbie : qui est Ana Brnabic, cette femme homosexuelle nommée Premier ministre

Serbie : qui est Ana Brnabic, cette femme homosexuelle nommée Premier ministre

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FIN D'UN TABOU - Le président de la Serbie Aleksandar Vucic a nommé ce jeudi Ana Brnabic, une femme ouvertement lesbienne, au poste de Premier ministre. La décision est historique dans ce pays traditionaliste. Voici trois choses à savoir sur cette personnalité politique en passe de bousculer les codes.

Historique. Le président de la Serbie Aleksandar Vucic a nommé ce jeudi Ana Brnabic, une femme ouvertement homosexuelle, au poste de Premier ministre du pays. Une décision inédite dans cette nation traditionaliste. Voici donc trois choses à savoir sur cette femme qui "possède les qualités personnelles et professionnelles pour exercer cette fonction" selon le chef de l'État serbe.

Formée aux États-Unis et en Angleterre

Ana Brnabic est née il y a 41 ans à Belgrade. Après le lycée (en 1994), elle décide d'aller étudier aux États-Unis, à l'Université de Northwood (Michigan), où elle achève un cursus en  en administration des affaires en 1998.


Pour parfaire sa formation, la jeune femme se rend en Angleterre, où, à l'Université de Hull, elle poursuit ses études et obtient un MBA en marketing. Un parcours qui lui vaut d'être polyglotte. Ana Brnabic parle ainsi couramment trois langues : le serbe, l'anglais et  le russe.

En 2002, Ana Brnabic retourne dans sa Serbie natale et commence sa carrière professionnelle comme agent des programmes de relations publiques pour le développement agricole, qui est ensuite financé par l'Union Européenne.


En 2011, elle travaille en faveur du développement des fermes éoliennes avec le programme "Continental Wind Serbie " et en devient directrice en 2013. Une activité qui lui permet d'alerter l'opinion publique sur l'importance des sources d'énergie naturelle.

Ses orientations personnelles ne m'intéressent pas, seuls les résultats et son travail comptentAleksandar Vucic, président de la Serbie et ancien Premier ministre

Inconnue au bataillon il y a encore un an

 Il y a encore un an, Ana Brnabic était une profane de la chose politique. Entrée au gouvernement en août 2016 à l'appel  d'Aleksandar Vucic (à l'époque Premier ministre), elle occupe alors la fonction de ministre de l'Administration publique et de l'autonomie locale. "Ses orientations personnelles ne m’intéressent pas, seuls les résultats de son travail comptent", avait déclaré Vucic à l'isue de sa nomination.

Sa nomination peut amener un touche d'espoir

La nomination au poste de Premier ministre d'une femme qui affirme sa sexualité au grand jour demeure une surprise

en Serbie (l'homosexualité y a été décriminalisée en 1994), pays où les Gay Pride se tiennent sous haute protection policière. Dans le passé, elles avaient notamment donné lieu à des heurts dans les rues de Belgrade, notamment lors du défilé de 2010, où les violences provoquées par des extrémistes hostiles à l'évènement avaient fait plus de 150 blessés, des policiers pour la plupart.


Pour le magazine serbe Nedeljnik, la journaliste Jovana Radovanović a publié une tribune expliquant en quoi la nomination d'une ministre lesbienne levait un tabou dans la société serbe : "Nous rencontrons souvent des commentaires qui se demandent pourquoi c'est important que quelqu'un soit gay, tant que la personne fait son travail. Ça ne devrait pas être si important que cela. Mais ça l'est. En Serbie, depuis des décennies, on accepte la règle du "don't ask, don't tell". 


C'est en ce sens que la nomination d'Ana Brnabic est porteuse d'espoir en Serbie et en particulier, pour sa communauté LGBT. "La parti­ci­pa­tion poli­tique des personnes LGBT est cruciale pour accroître la tolé­rance, réduire la discri­mi­na­tion et la violence contre la popu­la­tion LGBT" a estimé l'as­so­cia­tion Gay Straight Alliance.

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La persécution dont fait l'objet la communauté homosexuelle en Tchétchénie

En Serbie, l’ho­mo­sexua­lité est encore bien trop souvent décriée et perçue comme une "mala­die mentale" venue des pays de l’Ouest. Selon une enquête d’Eu­rac­tiv, 63% des Serbes homo­sexuels seraient en proie à des idées suici­daires.

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