Migrants : ces propositions de Macron qui ne plaisent pas à tout le monde

Migrants : ces propositions de Macron qui ne plaisent pas à tout le monde
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aciCONSEIL EUROPÉEN - Les dirigeants des pays de l'UE vont tenter de surmonter leurs profondes divisions face au défi migratoire lors d'un sommet sous tension, dès ce jeudi à Bruxelles. Un sommet durant lequel la France va défendre des mesures qui ne sont pas appréciées par l'ensemble de ses voisins.

Le sommet de tous les dangers. Durant deux jours, les membres de l’UE doivent se réunir à Bruxelles où, s’il ne s’agit pas du seul thème qui sera abordé – le Brexit, les liens commerciaux avec les Etats-Unis ou le budget de la zone euro, entre autres -, la crise migratoire devrait agiter les débats car les 28 avancent en ordre dispersé, chacun ayant dans sa besace des propositions différentes concernant la responsabilité des migrants déjà sur le sol européen. Quid de celles de la France ? 


"Est ce que nous voulons des solutions nationales ou des solutions européennes de coopération", a soulevé Emmanuel Macron a son arrivée au sommet ? 

Des "centres fermés" au sein de l’UE

Le projet a récemment été proposé par la France, et soutenu par l'Espagne. Il s'agirait de créer des "centres fermés" dans l'UE dans lesquels les migrants attendraient l'examen de leur cas. Ces centres permettraient de traiter rapidement les demandes d'asile dans des lieux financés avec des moyens européens, d'où une répartition solidaire de ces personnes dans l'UE pourrait être organisée, plaide Paris. Quant aux migrants économiques, ils pourraient être renvoyés directement vers leur pays d'origine. Selon l'Elysée, Paris et Madrid proposent d'installer ces centres essentiellement en Italie, mais aussi en Espagne. La France ne serait pas concernée.

Seulement voilà : la proposition franco-espagnole a été très mal reçue à Rome. "Si l'arrogance française pense transformer l'Italie en camp de réfugiés pour toute l'Europe, peut-être en versant quelques euros de pourboire, elle se fourvoie complètement", a réagi l'homme fort du gouvernement italien, le ministre de l'Intérieur Matteo Salvini. Jusqu'ici les migrants qui arrivent en Europe ne doivent pas obligatoirement passer par des centres, ouvert ou fermés. S'il existe des "hotspots" en Grèce, généralement non fermés, il n'en existe pratiquement aucun en Italie, qui jusqu'ici les refusait pour des questions de souveraineté. 

Empêcher les arrivées

La lutte contre les arrivées irrégulières est l'un des seuls consensus européens, et elle devrait être confirmée au cours du sommet. Notamment en intensifiant les pressions sur les pays d'Afrique afin qu'ils freinent les départs et acceptent plus de réadmissions de leurs ressortissants refusés par l'UE. Les Européens semblent également prêts à poursuivre le renforcement de l'Agence européenne des gardes-frontières, dont la Commission propose de faire une "véritable police des frontières" de l'UE forte de 10.000 agents (contre 1.300 en 2018).

Problème : reste à régler la question du financement, beaucoup moins consensuelle, comme le montrent les difficultés à mobiliser les fonds promis à la Turquie. Autre source de préoccupation, celle du respect des droits. Six ONG ont en effet dénoncé jeudi des violations de la part de la France à la frontière avec l'Italie. Ainsi en deux jours, elles ont vu des migrants enfermés dans un local de la police aux frontières de Menton jusqu'à 14 heures d'affilée avant leur reconduite en Italie, "dépassant largement la durée de 4 heures jugée admissible par le Conseil d’Etat en juillet 2017". Elles ont aussi constaté "des contrôles au faciès", pourtant prohibés, dans les trains en provenance de Vintimille.

La Cimade, qui s'est procurée des chiffres officiels, a elle aussi dénoncé cette semaine un bond des refus d'entrée en France : le nombre de "non-admissions" s'est élevé l'an dernier à 85.408, soit 34% de plus qu'en 2016 (63.845 refus d'entrée), assure l'association sur la base de chiffres de la police aux frontières. En 2015, année du rétablissement des contrôles aux frontières, 15.849 non-admissions avaient été prononcées.

Résoudre les "mouvements secondaires"

A l'issue du mini-sommet qui s'est déroulé dimanche dernier à Bruxelles, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont mis l'accent sur la nécessité de résoudre le problème des "mouvements secondaires". A savoir des demandeurs d'asile qui se déplacent dans l'UE, au lieu de rester dans le pays par lequel ils sont entrés dans l'attente d'une décision sur leur cas. Si la France s'est positionnée sur le sujet, c'est notamment en soutien de la chancelière, dont le ministre de l'Intérieur menace d'instaurer un refoulement unilatéral aux frontières. Pour éviter cela, les deux pays devraient prôner au sommet de nouer des accords entre plusieurs pays pour pouvoir procéder à des renvois rapides.

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