Sommet sur l'Ukraine à Minsk : pourquoi les régions séparatistes sont le nœud du problème

Sommet sur l'Ukraine à Minsk : pourquoi les régions séparatistes sont le nœud du problème

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DECRYPTAGE - Les diplomates européens, russes et ukrainiens travaillent d'arrache-pied à l'élaboration d'un plan de paix à négocier mercredi soir au cours du sommet de Minsk. Mais les "négociations sont difficiles" et "achoppent sur plusieurs sujets" litigieux. Parmi eux, l’avenir des régions séparatistes.

Mettre fin à dix mois de guerre aux portes de l'Europe. Voici le menu qui attend mercredi soir à Minsk le russe Vladimir Poutine et son homologue ukrainien Petro Porochenko. Autour de la table, François Hollande et Angela Merkel n’arriveront pas les mains vides : dans leurs mains, un texte censé servir de matrice pour un plan de paix en Ukraine . Problème : ce document comporte "encore pas mal de problèmes qui restent à régler". En particulier l’épineuse question des régions séparatistes, où plus de 5300 personnes ont déjà été tués.

Du côté russe, on prône un statut de fédération ou d'autonomie pour les zones sous contrôle rebelle. Avec une idée bien précise derrière la tête : des élections de gouverneurs régionaux (actuellement nommés par Kiev) pour légitimer les "présidents" des républiques autoproclamées de Donetsk et de Lougansk. A savoir Alexandre Zakhartchenko et Igor Plotnitski, élus lors des élections séparatistes en novembre que ni Kiev ni les Occidentaux n'ont reconnues. Sauf que cette option, qui permettrait de bloquer par le droit de veto des régions prorusses l'évolution pro-occidentale de l'Ukraine, est inacceptable pour le pouvoir de Kiev. Celui-ci voit en effet d'un mauvais oeil les précédents chez ses voisins : la Géorgie amputée de l’Abkhazie et de l’Ossétie du Sud, et la Moldavie amputée de la Transnistrie.

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"Une division de l'Ukraine"

"Pour Moscou, une fédéralisation implique qu’on accorde des pouvoirs extrêmement importants aux régions, avec notamment un droit de regard sur les pouvoirs régaliens de Kiev", explique à metronews Françoise Daucé, maître de conférences à l’EHESS. Avant d’ajouter : "Cela peut entraîner un blocage des institutions et conduire de facto à une division de l’Ukraine."

Pour cette spécialiste, les "enjeux s’empilent" autour de la table des quatre dirigeants. Outre la difficulté de définir le statut des zones séparatistes, encore faut-il en délimiter les contours : à l’ouest, le gouvernement ukrainien ne reconnaît que la ligne de front qui était en vigueur lors des accords de Minsk, en septembre. Sauf que celle-ci a évolué au fil des percées rebelles, environ 500 km2 de plus.

Le diable est dans le détail

A l’est, la situation n’est guère plus réjouissante. Car Kiev veut récupérer conjointement avec l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) le contrôle de sa frontière sur la portion gérée par les rebelles. Or, Moscou refuse d’en parler et préfère renvoyer la discussion directement avec les rebelles, histoire de prouver qu’il s’agit d’une guerre civile. Aux dernières nouvelles, Kiev aurait proposé à Moscou que les observateurs de l’OSCE soient placés du côté russe de la frontière.

Les dirigeants présents ce mercredi soir à Minsk le savent : le diable est dans le détail. Sauf que tous ne disposent pas de la même marge de manœuvre. "Le rapport de force étant défavorable aux autorités de Kiev à la vue des avancées pro-russes sur le terrain, toute la question est de savoir quelles concessions elles sont prêtes à faire", analyse Françoise Daucé. Pour faire monter la pression - et peut-être préparer l’opinion publique à des lendemains douloureux -, François Hollande a averti samedi : "Si nous ne parvenons pas à trouver un accord durable de paix, nous connaissons parfaitement le scénario: il a un nom, il s'appelle la guerre".

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