Sortir de l'accord de Paris sur le climat, comment ça va se passer concrètement pour Donald Trump ?

DÉCRYPTAGE – Donald Trump a annoncé jeudi la sortie des Etats-Unis de l’accord de Paris sur le climat conclu à Paris lors de la COP21, fin 2015. Quand sera-t-elle effective ? Comment va-t-elle se dérouler ? Y aura-t-il possibilité de faire machine arrière ? Éléments de réponse.

Bien qu’attendu, le choc est planétaire. En annonçant jeudi soir que les Etats-Unis quitteraient l’accord de Paris sur le climat conclu lors de la COP21 à Paris fin 2015, Donald Trump a immédiatement provoqué d’intenses et virulentes réactions partout dans le monde. De l’Europe à la Chine, la quasi-totalité de la communauté internationale a dénoncé une décision "grave" et "décevante". Et pour cause : seuls la Syrie et le Nicaragua étaient jusqu'alors en dehors de la grande coalition pro-environnement.


Mais au-delà de l’à-coup, la décision du président américain suscite également son lot d’interrogations : quand la sortie du deuxième plus important pollueur mondial sera-t-elle effective ? Comment va-t-elle se dérouler ? Y aura-t-il possibilité de faire machine arrière ? L’expectative est de mise. 

Concrètement, le milliardaire, dont l'aversion pour les questions écologiques ne date pas d'hier, devrait choisir d’invoquer l'article 28 de l'accord de Paris, qui permet aux signataires d'en sortir. Mais pas sous n’importe quelles conditions. Le texte avalisé par 195 pays prévoit en effet que toute partie prenante peut s’en soustraire "à l'expiration d'un délai de trois ans à compter de la date d'entrée en vigueur (qui a eu lieu le 4 novembre 2016, ndlr)". Ce processus prend ensuite un an pour arriver à son terme. Cela aménerait donc la sortie des Etats-Unis au 4 novembre 2020, soit le lendemain de la prochaine élection présidentielle américaine dont le vainqueur prendra ses fonctions en janvier 2021. De quoi, peut-être, permettre un éventuel retour rapide dans le rang en cas de remplacement de Trump à la tête de l’exécutif puisqu'un pays ayant quitté l'accord peut, s'il le souhaite, y revenir. 


Le locataire de la Maison-Blanche, qui a également signifié que son pays allait mettre fin à sa contribution au Fonds vert pour le climat de l'ONU (un mécanisme qui prévoit des engagements de milliards de dollars chaque année de la part des pays développés) pourrait toutefois vouloir aller plus vite. S’il décidait de dénoncer la Convention-cadre des Nations unies sur le climat de 1992, qui fixe le cadre global de la lutte pour l’environnement et à laquelle les Etats-Unis contribuent à hauteur de 23%, la sortie ne prendrait plus qu’un an. Mais, prévient le directeur du programme d'économie de l'environnement de l'université de Harvard, Robert Stavins, elle ferait de Washington "un paria international sur le réchauffement climatique".

En attendant, souligne le New York Times, l'administration Trump continuera de démanteler les politiques environnementales nationales, notamment celles mises en place par Barack Obama. Ce dernier a, sans surprise, tancé la décision de son successeur. Une analyse récente du groupe Rhodium estime par rexemple que si le président s’en tient à son programme climatosceptique, les émissions de gaz à effet de serre des États-Unis tomberaient probablement 15 à 19% en dessous des niveaux de pollution de 2005 à l’horizon 2025. Pour rappel, le pays de l’Oncle Sam, responsables de 15% des rejets mondiaux de CO2, s'étaient engagés à les réduire de 26 à 28%. 


Mais aussi alarmante soit-elle pour l’écologie, la sortie de Washington du plus important accord climatique obtenu depuis le protocole de Kyoto en 1997 (que les Etats-Unis n’avaient, déjà, pas ratifié) devrait se heurter à une résistance certaine. À l’instar de la Californie, de Washington ou de New York, qui annoncent une "alliance pour le climat", plusieurs Etats ont instantanément fait savoir qu’ils poursuivraient leurs propres programmes pour réduire les émissions de gaz. Une initiative prise également par de nombreuses "villes sanctuaires", qui s’étaient déjà frontalement opposées à Donald Trump au moment du "Muslim Ban", son décret anti-immigration. 

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Aux Etats-Unis, beaucoup contestent la décision de Trump sur la sortie de l'accord de Paris

Plus étonnant encore, alors même que la décision du pouvoir est présentée comme censée préserver emplois américains, l’annonce a été accueillie froidement par les milieux d'affaires, et notamment les géants automobiles (Ford) ou énergétiques (General Electric, ExxonMobil). Déçus, les patrons de Tesla, Elon Musk, et de Walt Disney, Robert Iger, ont également annoncé leur démission du conseil présidentiel auquel ils siégeaient jusqu'à présent.


Légèrement plus nuancé, Ross Eisenberg, résponsable à la National Association of Manufacturers (principal association du monde économique américain, ndlr) a expliqué que "les industriels soutiennent l'esprit de l'accord de Paris et les efforts pour répondre au changement climatique par le biais d'un accord international juste. Mais comme l'a reconnu le président, certains éléments de l'accord n'étaient pas équitables pour les industriels américains". 

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