Destitution d'Omar el-Béchir : quand George Clooney surveillait le tyran soudanais par satellite

Destitution d'Omar el-Béchir : quand George Clooney surveillait le tyran soudanais par satellite
International

SOUDAN - Contesté par la rue depuis des mois, le dictateur soudanais Omar el-Béchir a été destitué par l'armée jeudi. Et s'il y en a un qui doit s'en réjouir, c'est l'acteur George Clooney. Ce dernier a financé durant de nombreuses années un satellite en orbite chargé de surveiller les faits et gestes de Bechir, resté à la tête du pays durant 30 ans. Retour sur une incroyable histoire.

Le régime soudanais est tombé. Au pouvoir depuis 30 ans, le dictateur Omar el-Béchir a été destitué par l'armée ce jeudi 11 avril. Depuis des mois, la population réclamait son départ sans relâche, malgré la répression. Une répression sanglante. Selon un décompte d'ONG, 51 personnes ont ainsi été tuées depuis le début du mouvement en décembre dernier. 

Historique, l'événement a sans nul doute été suivi avec une attention toute particulière par l'acteur américaine George Clooney. Et pour cause, ce dernier avait fait d'Omar el-Béchir une cible à mettre hors d'état de nuire. Comment ? En finançant, il y a quelques années, un projet de surveillance satellite du dictateur soudanais censé permettre de récolter des preuves de ses crimes contre l'humanité. 

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"Garder un œil sur Omar el-Béchir"

En 2010, George Clooney fonde avec John Prendergast, un défenseur des droits de l'homme, Satellite Sentinel Projet, qui se fixe une priorité : surveiller la frontière séparant le Soudan du Soudan du Sud, afin de tenter d’identifier les menaces potentielles pour les civils, tout en réunissant suffisamment de documents pour traduire Omar el-Béchir devant un tribunal international pour crimes contre l'humanité.

Seulement voilà, une telle opération coûte de l'argent, beaucoup d'argent. Mais George Clooney a la solution : se faire un petit bas de laine avec les publicités pour la marque Nespresso. "La plupart de l’argent que je gagne grâce aux publicités Nespresso, je le dépense pour placer un satellite au-dessus de la frontière entre le Soudan et le Soudan du Sud pour garder un œil sur Omar el-Béchir", déclarait George Clooney au Guardian en 2013. Dans les faits, le Satellite Sentinel Project "louait" des satellites existants pour obtenir des images de différentes zones du pays. 

De Satellite Sentinel Project à The Sentry

Aujourd'hui, Satellite Sentinel ne récolte plus d'images. Ses deux fondateurs se sont reportés sur un autre projet baptisé The Sentry. Cette organisation d'investigation est chargée de tracer les réseaux de financements des guerres en Afrique. Les proches d'Omar el-Béchir sont d'ailleurs toujours sous surveillance. Reste qu'en janvier dernier, le Guardian s'interrogeait dans une tribune sur le silence de Clooney et Prendergast au regard du soulèvement de la population. Leur réponse ne s'était pas fait attendre.

Trois jours plus tard, les deux hommes publiaient une tribune pour expliquer à Nesrin Malik, la chroniqueuse à l'origine de la première publication, qu'ils travaillaient désormais à essayer de convaincre le gouvernement de Trump et le Congrès américain de ne pas normaliser ses relations avec Omar el-Béchir, "dont les atteintes aux droits humains vont bien au-delà du meurtre de manifestants", écrivaient-ils. 

Couvrir de honte le régime en exposant sa complicité à des atrocités de masse n’avait pas d’impact suffisant - George Clooney et John Prendergast

Ils y expliquaient aussi leur changement d'approche. "Nous avons compris que nommer et couvrir de honte le régime en exposant sa complicité à des atrocités de masse n’avait pas d’impact suffisant sur les politiques des gouvernements en Europe, aux États-Unis et en Afrique, (...) nous avons donc décidé de nous attaquer à la corruption massive et aux flux financiers." 

Évoquant le soulèvement comme "un moment catalyseur pour le peuple soudanais", George Clooney et John Prendergast assurait par ailleurs que leur équipe "oeuvre de toutes les manières possibles pour répondre aux aspirations d’une transition pacifique après trois décennies de dictature violente et kleptocratique". 

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