Soudan : les militaires au pouvoir sous la pression de la rue

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CRISE - Le président soudanais Omar el-Béchir a été destitué par l’armée le 11 avril. Mais ce sont maintenant les militaires qui ont le pouvoir : les responsables de la contestation demandent un responsable civil.

"Liberté, paix, justice" : au Soudan, la foule contestatrice qui a conduit à la destitution du président Omar el-Béchir par l'armée le 11 avril veut maintenant un pouvoir civil. Ses responsables ont annoncé dimanche 21 avril la suspension des discussions avec les militaires : "Nous considérons le Conseil militaire comme un prolongement du régime" , a déclaré  un porte-parole des organisations représentant la contestation, Mohamed al-Amine, qui s'adressait à des milliers de personnes assemblées devant le QG de l'armée à Khartoum. Ce porte-parole a appelé à "poursuivre et intensifier les manifestations jusqu'à ce que nos demandes soient satisfaites".


Les manifestants massés devant le QG militaire agitaient des drapeaux soudanais, et inondaient de lumière les bâtiments avec les lampes de leurs téléphones portables. "Notre révolution est civile, elle est protégée par le peuple" lançaient aussi des manifestants.

Remettre le pouvoir au peuple

Le chef du Conseil militaire de transition, le général Abdel Fattah al-Burhane, a fait monter la pression sur les manifestants en "condamnant le blocage de routes et la fouille de personnes sans en avoir l'autorité", lors d'une rencontre avec des officiers de haut rang. Il faisait référence aux barrages et points de contrôle établis par les manifestants aux abords du QG de l'armée.


Samedi 21 avril, les dirigeants militaires et les leaders de la contestation avaient eu des discussions et convenu de les poursuivre. D'autres séries de discussions avaient également eu lieu auparavant, selon un responsable de la contestation. Plus tôt dans la journée, le général Burhane avait affirmé à la télévision son "engagement à remettre le pouvoir au peuple", et promis que l'armée répondrait dans la semaine aux demandes des manifestants.

Annonce "dans quelques jours"

   

Annonce "dans quelques jours" -

   

Il avait également indiqué que l'équivalent de 113 millions de dollars, en devise américaine, euros et livres soudanaises, avaient été saisis dans la présidence de M. Béchir. Le président déchu, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat le 30 juin 1989, a été arrêté puis emprisonné après sa destitution par l'armée sous la pression de la rue. Et le nouveau procureur général, al-Walid Sayyed Ahmed, en place depuis quelques jours à peine, a de son côté annoncé des dispositions pour contrôler les biens des hauts responsables du régime de M. Béchir et de leurs familles.


Mais ces annonces n'ont pas apaisé la foule qui campe depuis plus de deux semaines devant le siège de l'armée pour réclamer un transfert rapide du pouvoir à une autorité civile, seule à leur yeux à même de garantir une véritable transition politique.


L'annonce de la composition d'un Conseil civil censé remplacer le Conseil militaire, qui était attendue dimanche, interviendra "dans quelques jours", a indiqué un porte-parole de la contestation, Madani Abbas Madani.


La contestation au Soudan, déclenchée le 19 décembre après la décision du gouvernement Béchir de tripler le prix du pain, s'est rapidement transformée en contestation inédite contre le président déchu et plus largement du système en place.

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