Stérilisation massive : l'Inde face à ses vieux démons

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POLEMIQUE - Dix femmes sont mortes et des dizaines d'autres ont dû être hospitalisées à la suite d'un programme de stérilisation de masse, organisé samedi par un Etat du centre de l’Inde. Une pratique courante dans le pays depuis des décennies et qui a déjà provoqué de violentes controverses.

Une stérilisation en échange d’une poignée d’argent. Un choix radical que des milliers de femmes prennent chaque semaine en Inde, le deuxième pays le plus peuplé du monde qui cherche à contrôler son explosion démographique. Un programme de stérilisation de masse qui a tourné au drame ce lundi : dix femmes sont mortes dans l’Etat du Chhattisgarsh, au centre du pays.

Une soixantaine d’autres patientes souffrent également de complications consécutives à une opération chirurgicale collective, organisée samedi. "Les signalements font état de baisse de tension et de vomissements qui se sont multipliés", a détaillé un responsable administratif. En cause, un stérilisation par voie laparoscopique, qui consiste à bloquer les trompes utérines. Par mesure de sécurité, cette opération radicale doit être pratiquée sous anesthésie générale. Sauf que ce "luxe" est souvent écarté par de nombreux Etats en Inde pour atteindre les objectifs chiffrés, imposés par New Delhi. Pour recruter des couples, certains n’hésitent pas à offrir des cadeaux (voiture, électroménager). Les infirmières, elles, sont payées au nombre de femmes convaincues.

Environ 5.200 euros d’indemnisation

Cette politique ultra-incitative s’avère payante, puisque l’Inde est passée de quatre enfants par femme en 1990 à 2,6 en 2010. Mais ses conséquences sont désastreuses : l'an dernier, les autorités du Bengale occidental avaient été vivement critiquées après la diffusion d'images montrant des femmes laissées inconscientes dans un champ après une opération de stérilisation. L'hôpital avait en effet été incapable d'accueillir un nombre important de patientes. Selon le quotidien Indian Express, concernant l'opération de samedi dans le Chhattisgarh, les femmes ont toutes été opérées en cinq heures environ par un seul chirurgien et son assistant.

Une politique de régulation choc, héritage d’un passé pas si lointain. A la fin des années 1970, pendant la période de l’état d’urgence, la Première ministre Indira Gandhi avait imposé des programmes pour contrôler la démographie du pays. Une violente controverse s'était alors ouverte, qui provoquera en partie la chute d'un gouvernement devenu impopulaire.

Un scénario que les autorités ne veulent pas revivre aujourd’hui. Le gouvernement de l'Etat a lancé ce mardi une enquête alors que des habitants de Bilaspur étaient descendus dans la rue pour exprimer leur colère et demander des sanctions contre les médecins. Le chef de l'exécutif du Chhattisgarh, Raman Singh, a ordonné la suspension de quatre responsables du secteur de la santé et a annoncé que chaque famille d'une femme décédée recevrait 400.000 roupies d'indemnisation (5.200 euros environ). Une somme astronomique en comparaison des 20 euros de dédommagement que les patientes ayant survécu ont touché.

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