Suivi psychologique, réadaptation à la vie quotidienne... : ce qui attend Sophie Pétronin après 4 ans de détention

Suivi psychologique, réadaptation à la vie quotidienne... : ce qui attend Sophie Pétronin après 4 ans de détention

FUTUR - Après près de quatre ans de détention au Mali, Sophie Pétronin va devoir de nouveau apprendre à vivre en société et en liberté. Les expériences d'ex-otages montrent à quel point cette réadaptation à la vie quotidienne est cruciale et difficile.

"Je vais bien, contrairement à ce que l'on pourrait penser. J'ai toujours été respectée, ils ont pris soin de moi, je ne peux pas mentir", a assuré l'ex-otage vendredi soir sur TF1-LCI, quelques heures après son retour en France. Mais il ne faut pas crier victoire trop vite. Chez les ex-otages, les séquelles peuvent apparaître avec le temps, et se révéler plus profondes que prévues une fois l'euphorie des retrouvailles et de la frénésie médiatique retombée. 

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La libération de Sophie Pétronin

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Dans une interview accordée au Figaro en 2013 à la libération de quatre Français retenus au Niger, Louis Crocq, psychiatre spécialiste du stress post-traumatique, expliquait qu'une fois terminée la phase d'euphorie "ils doivent se réadapter à leur vie, ce qui est très difficile. La famille n'aide pas toujours autant qu'elle le voudrait. Des excès de compassion ou de sollicitude peuvent empêcher la personne de redevenir indépendante après le traumatisme de la captivité. Certains ne se réadaptent d'ailleurs pas, d'autres changent radicalement de vie, de métier, d'entourage."

C'est notamment parce que la réadaptation au milieu familial est compliquée que selon Marianne Kedia, docteur en psychologie clinique spécialiste des traumas, "les ex-otages ne sont pas directement envoyés dans leurs familles". "Les retrouvailles avec les familles ne sont pas toujours simples. Certains culpabilisent d'avoir créé de l'inquiétude, il faut gérer la détresse, le stress...", expliquait-elle à L'Express en octobre 2013. Ces retrouvailles familiales, le fait de bénéficier de nouveau du confort d'un lit ou d'un vrai repas, "je l'ai vécu difficilement parce que je ne savais pas où j'étais", avait d'ailleurs témoigné Serge Lazarevic, ancien otage au Mali libéré en 2014.

"Une perte de repères"

Ce vendredi 9 octobre, interrogé à commenter la libération de Sophie Pétronin auprès de La Première, Thierry Dol, ex-otage au Niger de 2010 à 2013, a assuré que ce moment avait été pour lui "une épreuve supplémentaire". "Vous rentrez chez vous et vous avez une perte des repères. Les proches font le nécessaire pour que vous soyez bien accueilli mais le moindre changement met mal à l'aise. Il y  a une phase de décompression. Il y a le syndrome du survivant, que je n'ai jamais évoqué : moi c'est lors de la libération de Serge Lazarevic que j'ai accepté ma libération. Il y a eu une année qui s'est écoulée", a-t-il déclaré.

"Après les sollicitations médiatiques, un silence va s'installer, les proches vont venir de toutes parts et puis vous allez vous retrouver seul. Et c'est là qu'il faut des ressources", a-t-il ajouté. "On ne peut pas se débarrasser de cette épreuve de vie, il faut l'accepter et il y a un temps d'acceptation qui est variable selon les individus." "J'espère que Sophie sera bien entourée par sa famille et avec un accompagnement psychologique. J'espère que les choses ont évolué sur ce point", poursuit-il, laissant entendre que cela laisse à désirer. 

Serge Lazarevic le rejoint sur ce point. Vendredi sur BFMTV, il a déclaré : "Ce serait bien qu'ils fassent une petite cellule de deux, trois personnes, qui vraiment s'occupe (de Sophie Pétronin) pendant les deux, trois ans qui viennent, ne la lâche pas, l'aide". Une phrase qui fait écho à sa propre histoire. Il a souvent témoigné, y compris dans un livre, de son impossible retour à la vie normale, après trois ans aux mains d'Aqmi. 

"Un SDF de la République"

Impossible notamment parce qu'après avoir tout perdu et sans aide, il lui a été difficile de retrouver un logement. Et que les séquelles physiques l'empêchaient de reprendre le travail. "Si je veux louer une maison, on me demande des déclarations d’impôts, si je vais dans une agence immobilière on me demande des fiches de paie et mes revenus. Ce sont des absurdités car il y a toute une procédure que je ne peux pas respecter car je n’ai rien. Pourtant, je leur ai donné des papiers du Quai d’Orsay qui disent que j’étais otage. Depuis 2011. Donc ils devraient le savoir, mais ils ne font pas attention au dossier", a-t-il déclaré à franceinfo en 2015. 

"Depuis que je suis arrivé, je n’ai aucune aide de personne. J’ai été abandonné, je suis un SDF de la République française. Je considère que j’étais mieux au Mali car même si on souffre, même si on est torturé et qu’on est esclave, l’esprit comprend mieux, car il y a une explication", avait-il ajouté.

Âgée de 75 ans, Sophie Pétronin n'habitait pas en France au moment où elle a été enlevée, mais à Gao au Mali. Elle a déjà fait part de ses intentions d'y retourner pour s'assurer que l'organisation d'aide aux enfants qu'elle dirigeait continuait à fonctionner convenablement. "Je vais aller en France en Suisse et après je vais revenir voir un peu ce qui se passe ici", a-t-elle dit dans une rencontre avec des journalistes à l'ambassade de France à Bamako après sa libération. "Attends-toi à ce que je cadre certaines choses, tu n'iras pas où tu veux", avait modéré son fils. 

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