Surtaxes sur le vin français : pourquoi Donald Trump ne pénalise-t-il pas le champagne de Bernard Arnault ?

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COMMERCE - Les Etats-Unis ont mis en oeuvre vendredi leur surtaxe punitive sur des produits de l'Union européenne, dans le cadre d'un vaste conflit commercial autour d'Airbus. Alors que les vins français sont touchés de plein fouet, Donald Trump a assuré, au côté du patron de LVMH Bernard Arnault, qu'il ne taxerait pas le champagne. Une distinguo dont les motivations restent floues.

Le vin français, oui, le champagne et les alcools forts hexagonaux, non. Les Etats-Unis ont mis à exécution, depuis vendredi matin, leur menace de surtaxe de 10 à 25% sur un grand nombre de produits exportés par l'Union européenne dont ils avaient dévoilé la liste début octobre. 

Une décision qui s'inscrit dans le cadre du conflit autour des subventions européennes au profit d'Airbus, et qui a reçu l'aval de l'Organisation mondiale du commerce le 3 octobre. La mesure punitive représenterait un montant global de 6,8 milliards d’euros de droits douaniers additionnels (sur un montant total de 320 milliards d'euros d'exportations par an), touchant principalement la France, l'Italie, le Royaume Uni, l'Allemagne et l'Espagne. 

Dans cette liste (PDF) élaborée par l'administration américaine figurent notamment les vins français "tranquilles", ayant un degré d'alcool inférieur ou égal à 14 degrés. D'autres, en revanche, échappent pour l'heure à la surtaxe : le champagne, les vins effervescents dans leur ensemble et les spiritueux hexagonaux. 

Quel critère ?

Donald Trump a été interrogé par TF1 et LCI à ce sujet, jeudi, lors de l'inauguration d'un atelier Louis Vuitton, marque du groupe LVMH, au Texas. Le président américain se tenait aux côtés de Bernard Arnault, le PDG de LVMH, qui commercialise également plusieurs marques de Champagne (Dom Pérignon, Moët & Chandon, Veuve Clicquot...). 

"Je ne taxe pas [le champagne de Bernard Arnault] parce qu'il est venu aux Etats-Unis", s'est contenté d'indiquer Donald Trump. Quant aux autres alcools français, ou encore les fromages surtaxés, "c'est une autre histoire", a-t-il assuré. "Ils nous doivent beaucoup d'argent", a-t-il encore ajouté, faisant référence au conflit commercial autour d'Airbus. 

A ses côtés, le patron de LVMH, troisième fortune mondiale selon le classement Forbes, s'est employé à rappeler que le groupe français investissait chaque année 1 milliard d'euros sur le sol américain, et qu'il y faisait le quart de ses ventes. Il possède notamment une distillerie de whisky, ainsi qu'un cru de vin pétillant en Californie, comme la famille Trump elle-même. De quoi entretenir de bonnes relations avec le président américain. Pour autant, la présence du groupe aux Etats-Unis ne semble pas pouvoir expliquer ce distinguo. LVMH commercialise en effet également des vins français, directement touchés par la surtaxe américaine. 

"Une logique politique qui nous échappe"

En France, la filière viticole, première concernée par les sanctions américaines, ne semble pas avoir saisi, elle non plus, la subtilité de cette liste de produits. Une liste par ailleurs complexe : si les spiritueux français sont épargnés, le whisky écossais et autres spiritueux italiens, espagnols ou allemands sont touchés. Inversement, le vin italien échappe aux surtaxes, contrairement aux vins français ou espagnol.

Pourquoi un tel distinguo ? "Impossible à dire", a commenté David Chatillon, directeur de l'Union des maisons de champagne, auprès du journal L'Union. "On a du mal à se réjouir quand on voit que nos collègues des autres régions viticoles françaises et espagnoles sont concernées par la mesure."

"On ne connaît pas la raison, les autorités américaines n'en ont pas fait l'exégèse", confirme auprès de LCI un porte-parole de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (Fevs). "Il y a une logique politique qui nous échappe." 

"Complexifier" les relations au sein de l'UE ?

Difficile, en effet, d'interpréter les motivations de cette mesure différenciée. "Cela s'inscrit peut-être dans une problématique de pratique commerciale interne", suggère un représentant des professionnels sollicité par LCI. "Il pourrait y avoir une volonté de complexifier les relations entre les Etats membres de l'Union européenne." 

Le fait que le champagne, à la différence des autres vins, ne soit produit qu'en France sous cette appellation et qu'il n'entre pas en concurrence directe avec la production américaine, est également avancé. 

Les exportations de champagne vers les Etats-Unis ont représenté en 2018 un total de 23,7 millions de bouteilles (en hausse de 2,7%), sur 302 millions de bouteilles vendues au total et un chiffre d'affaires global de 4,9 milliards d'euros, selon le Comité Champagne. Un marché américain privilégié, qui incite d'ailleurs les professionnels à la prudence. Comme le confie le représentant de la profession viticole, "cette liste peut évoluer au gré des volontés de l'administration américaine". Et de Donald Trump. 

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