Syrie : ce que l'on sait de l'attaque chimique de Khan Cheikhoun

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FOCUS - Une attaque chimique dans la ville rebelle de Khan Cheikhoun, a fait au moins 72 morts et 400 personnes ont été victimes d'asphyxie, ce mardi 4 avril, selon le dernier bilan. Pour l'heure, c'est le régime syrien de Bachar al-Assad qui est pointé du doigt.

Les images sont une fois de plus abominables. Ce mardi, une attaque chimique sur Khan Cheikhoun, au sud de la ville d'Idlib, au nord-ouest de la Syrie, a fait 72 morts (dont 20 enfants) et 400 victimes d'asphyxie. Très tôt ce matin, des frappes aériennes ont été menées sur un quartier de Khan Cheikhoun, ville tenue par des rebelles et des djihadistes. 


"Nous avons entendu des bombardements (...) Nous avons accouru dans les maisons et il y avait des familles mortes dans leur lits. On a vu des enfants, des femmes et des hommes morts dans les rues", a raconté Abou Moustapha, témoin de cette attaque, à l'AFP. Les victimes "ont les pupilles dilatées, des convulsions, de la mousse sortant de la bouche", a expliqué Hazem Chahwane, un secouriste interviewé dans l'un des hôpitaux de la ville. "Le centre des casques blancs de Khan Sheikhoun, ainsi que l’hôpital Al-Rahme ont été aussi touchés par une attaque chimique", indique l'UOSSM. "On recense plus d’une quarantaine d’attaques depuis 6h30. Elles continuent encore en ce moment", poursuit l'organisation.

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Des images de l'attaque chimique de Khan Cheikhoun.

Sur place, à Khan Cheikhoun, le correspondant de l'AFP a vu des soignants tenter de secourir une fillette, mais en vain. Son père, écrasé par la douleur, l'a prise dans ses bras, a embrassé son visage et l'a portée dans ses bras hors de l'hôpital. Le journaliste a vu de la mousse sortir de la bouche de certains patients. Certains d'entre eux étaient aspergés d'eau par les médecins qui tentaient de les réanimer. L'hôpital dans lesquels ils étaient soignés a été bombardé ce mardi à deux reprises, provoquant d'importantes destructions et la fuite précipitée de médecins. 


Selon l'Observatoire syrien des Droits de l'Homme, il s'agit de "la deuxième attaque chimique la plus meurtrière du conflit en Syrie" après celle de La Ghouta, ayant fait plus de 1.400 morts en août 2013. L'OSDH, qui dispose d'un vaste réseau de sources en Syrie, n'était pas en mesure de dire si les raids étaient le fait d'avions de l'armée syrienne ou de ceux de la Russie, allié du régime. Mais l'armée russe a affirmé n'avoir mené aucun raid aérien dans la zone touchée. Désormais, tous les regards se tournent vers Bachar al-Assad car la province d'Idlib est régulièrement la cible de frappes du régime et russes. 

La communauté internationale s'indigne ... une fois de plus

Après la diffusion d'images choc des victimes, la Turquie a qualifié l'attaque d'"inhumaine" lors d'un entretien téléphonique entre Erdogan et Poutine. Selon le président turc, cette attaque menace le processus de paix d'Astana. Erdogan et Poutine ont aussi convenu qu'il était "nécessaire de produire des efforts communs pour que se poursuive le cessez-le-feu" régulièrement violé, selon des responsables turcs. Pour le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Cavusoglu, "il s'agit d'un crime contre l'humanité, qui doit être puni", indique l'agence progouvernementale Anadolu. 


Le président François Hollande pointe la "responsabilité morale" des "alliés" de Bachar al-Assad, dans un communiqué de L'Elysée. Quant à Londres, on pointe clairement du doigt, le régime syrien. Le ministre britannique des Affaires étrangères Boris Johnson a vu dans cette attaque, "toutes les caractéristiques d'une attaque du régime" syrien de Bachar al-Assad. Il a également souhaité que les "auteurs rendent des comptes".


De son côté, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a affirmé que la communauté internationale devait agir pour éliminer les armes chimiques en Syrie. "Quand j'ai vu les images des bébés suffoquant en raison d'une attaque chimique en Syrie, j'ai été choqué et outragé", a déclaré M. Netanyahu, cité par son bureau. "J'appelle la communauté internationale à respecter ses engagements de 2013 et retirer entièrement et définitivement ces armes horribles de Syrie", a-t-il dit.


La Maison Blanche, elle, a condamné fermement cet "acte odieux", durcissant soudainement le ton à l'encontre du président Bachar al-Assad qu'elle tient pour responsable. Elle a notamment exhorté Théréran et Moscou à empêcher leur allié de mener des attaques chimiques, qu'elle juge "répréhensibles", a déclaré Sean Spicer, porte-parole du président. S'il a reconnu qu'il n'existait à ce stade "pas de véritable option pour un changement de régime", il a jugé, dans une formule qui a retenu 

l'attention, qu'il serait "dans l'intérêt" des Syriens que Bachar al-Assad ne soit pas au pouvoir, indique l'AFP.

L'Union européenne affirmait que le régime de Bachar al-Assad en portait "la principale responsabilité".  L'envoyé spécial des Nations unies pour la Syrie, Staffan de Mistura a assuré ce mardi 4 avril que l'ONU cherche à "clairement identifier les responsabilités" et à faire "rendre des comptes" aux auteurs de l'attaque "chimique" dans le nord-ouest de la Syrie. "De ce que nous comprenons, c'était une attaque chimique et elle était aérienne", a précisé M. de Mistura lors d'un point de presse à Bruxelles en marge d'une conférence internationale sur l'avenir de la Syrie. 


D'ailleurs, la commission d'enquête de l'ONU sur les droits de l'Homme en Syrie, vient d'annoncer qu'une enquête était ouverte "sur les circonstances entourant cette attaque y compris les allégations d'utilisations d'armes chimiques", ont indiqué dans une déclaration écrite les enquêteurs.  Le Conseil de sécurité se réunira ce mercredi pour en parler.

Accusé, le régime de Damas parle de "calomnie"

L'opposition syrienne a immédiatement accusé le régime d'avoir utilisé des "obus contenant du gaz chimique". Ce "crime horrible" rappelle l'attaque de l'été 2013 près de Damas que la communauté internationale avait "laissé impunie", a-t-elle ajouté, en prévenant qu'il "remettait en cause" le processus de paix censé mettre fin au conflit de six ans.


L'armée syrienne a démenti toute implication. "Le commandement de l'armée dément catégoriquement avoir utilisé toute substance chimique ou toxique à Khan Cheikhoun aujourd'hui (...) Il souligne qu'il n'en a jamais utilisé, à aucun moment, à aucun endroit et ne le fera pas dans l'avenir", a indiqué l'armée dans un communiqué publié par l'agence officielle Sana. En milieu d'après-midi, une source de sécurité syrienne avait dénoncé une "calomnie". "Les hommes armés tentent de remporter une (victoire) médiatique après avoir échoué à remporter (une victoire) sur le terrain", avait-t-il affirmé.  

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