Le contre-pied de Trump à Poutine

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La présidence Donald Trump

COUP DE FORCE - En tirant une salve de missiles mer-sol sur une base de l’armée de l’air syrienne dans la nuit du 6 au 7 avril, Donald Trump vient de bouleverser bien des choses. A commencer par son rapport à Vladimir Poutine.

Combien n’a-t-on pas glosé sur l’alliance de fait qu’entretiendrait en sous-main la nouvelle présidence américaine avec le Kremlin ? Une compréhension mutuelle fondée sur une conception virile de l’exercice du pouvoir et un sens patriotique des intérêts nationaux respectifs, une commune aversion pour la rhétorique supranationale d’un ordre planétaire financé par l’occident…

La proximité voire la collusion pré-électorale de certains membres de l’administration Trump avec Moscou ne fait guère de doute, mais penser que cela empêcherait l’expression de deux puissances revendiquées de se télescoper à brève échéance relevait du mirage. C’était mésestimer un élément clef dans le discours trumpien : le respect international se construit par l’expression de la Force. Que ce soit à la table d’une négociation commerciale, ou sur le terrain diplomatique (et ce, jusque dans son prolongement militaire).

Le début d’une doctrine Trump ?

L’intervention américaine contre Bachar al-Assad offre à Donald Trump un rebond à plusieurs titres. Sur le plan intérieur, il s’affirme à nouveau comme décisif après plusieurs semaines de déboires dont l’échec du démantèlement de l’Obamacare n’est pas le moindre. En outre il tord le cou d’une rumeur qui suspectait chez lui un obligé de Vladimir Poutine et finissait par entamer la confiance chez quelques-uns de ses plus chauds partisans. 

Quant au plan international, sa rapidité à ouvrir le feu sans attendre une résolution de l’ONU et sans passer par le Congrès permet de clarifier le début peut-être d’une nouvelle doctrine : les Etats-Unis peuvent agir unilatéralement contre ceux qu’ils jugent menaçants ou contrevenants au Droit international (méthode Clinton) mais sans nécessairement s’encombrer d’un aval onusien (méthode Bush) et sans préjuger d’un quelconque engagement de leur part sur un théâtre extérieur à long terme. En d’autres termes c’est l’application concrète d’une promesse du candidat Trump quand ce dernier faisait de son imprévisibilité une vertu cardinale.

Poutine sait désormais à qui parler

Enfin, vu de Washington, la frappe de vendredi a le mérite de synchroniser les logiciels avec Moscou. En prenant Vladimir Poutine à contre-pied dans une partie où il était jusqu'alors le maitre à jouer, le locataire de la Maison Blanche vient de faire comprendre que lui aussi maitrisait l’art du coup de force, du fait accompli et de l’intimidation.

Le fait de parler le même langage permet désormais d’assurer une compréhension mutuelle, pas nécessairement qu’il en découle quelque accord que ce soit, ni une gestion apaisée de l’ordre mondial. 

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