Syrie : le prix du renoncement

Syrie : le prix du renoncement

EDITO – La non intervention des Etats-Unis contre la Syrie en 2013 a ouvert la voie à un nouvel équilibre stratégique dont on commence à peine à mesurer les conséquences trois ans après. Comme chaque semaine, lisez l'édito de Michel Scott journaliste spécialiste de l'actualité internationale à TF1 et LCI.

On ne dira jamais assez ce que la reculade de Barack Obama en septembre2013 aura coûté au monde. Lorsque le président américain renonça à punir Bachar al-Assad pour avoir franchi la "ligne rouge" que le chef de la Maison Blanche avait lui-même tracée (cf. : l’utilisation d’armes chimiques par le régime), tout changea dans le rapport des forces en Syrie. Tout changea dans le rapport des forces à l’échelle internationale.

Ce jour-là, le 31 août précisément, 10 jours après des attaques au gaz sarin sur le quartier de la Ghouta près de Damas, Obama décide d’en appeler au Congrès avant d’intervenir militairement, ce qui équivaut à une retraite en rase campagne. Les parlementaires britanniques ayant précédemment déjà rejeté l’option des armes, il ne fait guère de doute que la réaction sera la même au Capitole.

S’ensuivit, outre le superbe isolement de la France, seule en pointe désormais pour conspuer les crimes d’Al-Assad, toute une série de conséquences dont les effets vont contribuer longtemps à se faire sentir. La première d’entre elles fut, dès cet instant, le renforcement du régime de Damas, que beaucoup prédisaient mourant quelques semaines auparavant. L’impunité lui donna un nouveau souffle. Mais plus grave encore, cette pathétique gesticulation occidentale fut décryptée à Moscou comme la preuve ultime d’un effondrement du camp d’en face. Dorénavant, plus aucun obstacle ne se dresserait contre l’affirmation des intérêts stratégiques russes. La crise ukrainienne à partir de 2014 en fournit un premier exemple. L’intervention militaire de l’ex-armée rouge au Levant l’année suivante (celle-ci ne s’embarrassant d’aucun débat démocratique en revanche) en est la deuxième illustration.

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Les Etats-Unis oseront-ils des représailles contre la Russie ?

Les cris d’indignation poussés à Paris, Londres ou Washington, les appels aux réunions en urgence du Conseil de Sécurité, outil le plus sûr de l’inaction internationale (merci le droit de véto),la coalition des "bonnes âmes" qui ne se donnent plus les moyens de transformer leur doxa en praxis, en un mot l’impuissance occidentale, tout cela conforte le maître du Kremlin dans une certitude : non seulement la Russie ne sera plus humiliée de sitôt, mais c’est même le magistère moral exercé jusque là par un Occident décadent qui pourrait trouver dès lors son double alternatif.

On suivra avec intérêt les mesures de représailles promises par l’administration sortante à Washington en réponse aux cyber-attaques venues de Moscou pendant la campagne présidentielle américaine. Gageons qu’elles ne modifieront pas le nouvel équilibre des forces ici décrit. De même que nous suivrons avec attention les premiers pas du futur Secrétaire d’Etat, si la nomination de Rex Tillerson est bien validée par le Sénat, dont le profil et les liens russophiles ne le prédisposent pas à tenir un langage de fermeté vis-à-vis de Poutine. Bref, si le nouvel ordre mondial n’a pas été créé par ce dernier, il en épouse certainement les vœux les plus chers.

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