Syrie : pourquoi la perte de Dabiq est une lourde défaite pour Daech

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EMBLÈME – Avec la défaite subie à Dabiq dimanche, Daech a perdu bien plus qu’une simple position territoriale. Une prophétie de l'islam attribuée au prophète Mahomet fait en effet de cette cité syrienne le lieu de la bataille finale entre l’armée des musulmans et celle des "croisés". Un symbole largement utilisé par Daech pour sa propagande.

C’est une défaite lourde de conséquences, notamment sur le plan symbolique. En étant chassé de de Dabiq dimanche, Daech a en effet perdu bien plus qu’une simple position territoriale. Car, selon un hadith – recueils des actes et paroles attribués au prophète Mahomet et compilés par ses compagnons –, c’est dans cette cité syrienne (5000 habitants avant le début du conflit) située à mi-chemin entre la frontière turque et Alep, que doit avoir lieu la bataille finale entre l’armée des musulmans et celle des "croisés". 


Un symbole largement utilisé par le groupe terroriste pour alimenter sa propagande depuis août 2014, moment où la ville était tombée dans son escarcelle. "Les lions de l'islam ont brandi la bannière du califat sur Dabiq. Ils attendent maintenant l'armée des Croisés", écrivait à l’époque sur Twitter un sympathisant des djihadistes. 

Un emblème déjà utilisé par Al-Qaïda en Irak en 2006

Preuve de l’importance de Dabiq pour les djihadistes : Daech en a fait le titre de son magazine de propagande - édité en plusieurs langues - servant au recrutement de nouveaux combattants.


C'est Abou Moussab al-Zarqaoui, l'ancien chef d'Al-Qaïda en Irak (il a été tué en 2006), groupe dont est issu Daech, qui a popularisé parmi ses fidèles l'idée de la prophétie et de la bataille. "L'étincelle a été allumée en Irak et ses flammes vont grandir jusqu'à ce qu'elles brûlent les armées croisées à Dabiq", avait-il dit dans un enregistrement audio.

On peut penser que la vaste majorité des combattants de Daech croient dans ce type de discoursShadi Hamid, chercheur à la Brookings Institution

Pour Shadi Hamid, chercheur à la Brookings Institution, cette propagande "renforce le moral" des djihadistes. "On peut penser que la vaste majorité des combattants de Daech croient dans ce type de discours", explique-t-il. 


"Cette prophétie a, certes, servi à la nouvelle génération djihadiste, en rupture avec les anciens, comme justification idéale et élément de mobilisation symbolique. Mais il ne faut pas l’exagérer", tempère Hosham Dawod, anthropologue au CNRS interrogé par Le Monde. "Cette dimension apocalyptique est aussi une projection occidentale à laquelle Daech répond et que le groupe cherche à alimenter." 


Quoi qu'il en soit, avec la perte de la ville, nul doute qu’il sera désormais bien plus difficile pour les terroristes d’utiliser Dabiq comme symbole de leur propagande.  

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JT - 20H A bord du Charles de Gaulle, en pleine opération contre Daech

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