Syrie : quatre infos ou intox sur la situation à Alep

VRAI / FAUX - La chute d'Alep-Est sonne le glas d'une longue résistance. Mais dans cette ville assiégée depuis plus de cinq ans, la propagande a été abondamment utilisée par les deux camps. LCI fait le point sur quatre infos ou intox au sujet de cette effroyable bataille.

"La première victime de la guerre, c’est la vérité". En Syrie, l'adage n'a jamais été aussi vrai. Le pays est devenu le théâtre d'une guerre de  propagande opposant deux blocs : l'axe Damas-Moscou-Téhéran d'un côté, la coalition internationale menée par les États-Unis de l'autre. Cela étant, comment s'assurer de détenir la vérité sur ce qui s'y passe vraiment? Notamment à Alep, seconde ville du pays, retombée ces jours-ci aux mains du régime. Qu'en est-il vraiment de la situation sur place? LCI tente de démêler le vrai du faux. 

Les rebelles étaient-ils vraiment des terroristes?

Difficile à dire. La Russie et l’Occident ne s’accordent pas sur la liste des terroristes à bombarder en Syrie. Moscou englobe dans sa définition du terrorisme tous les islamistes armés. "Au fur et à mesure que le guerre civile en Syrie s'est radicalisée, les soi-disant groupes rebelles modérés ont été soit défaits, soit absorbés par des groupes islamistes qui sont passés au premier plan", explique sur le site Geopolis l'ambassadeur de Russie en Syrie, Alexandre Kinchtchak. À Alep, les factions qui ont combattu sont légions, comme le souligne cette carte ci-dessous établie par Cécile Marin sur le Monde Diplomatique

De leur coté, les Occidentaux considèrent seulement l'Etat Islamique (EI) comme organisation terroriste et apporte un soutien militaire et financier à un grand nombre de groupes armés opposés au régime de Bachar Al-Assad. Il y a un mois, l'ONU estimait entre 8.000 et 10.000 le nombre de rebelles présents à Alep-Est. 

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Trait d'actu : le conflit d'Alep

Daech etait-il présent à Alep?

C'est ce qu'a longtemps soutenu Moscou. Après sollicitation de Bachar al-Assad, la Russie est entrée en action dans le conflit syrien le 30 septembre 2015. À ce moment, le chef de l’administration présidentielle russe, Serguei Ivanov, déclare que "l’objectif militaire n’est qu’un soutien exclusivement aérien des forces armées syriennes dans leur combat contre l’EI (organisation état islamique)". La lutte contre l'organisation est d'ailleurs le seul dénominateur commun entre les différents intervenants en Syrie. L'EI est en effet l’ennemi de tout le monde. Sauf que contrairement à ce que prétend la Russie, l'EI n'aurait jamais réussi à s'immiscer à Alep, chassée à multiples reprises par les différents groupes armés sur place. L'EI a davantage profité de la rudesse des combats à Alep pour s'emparer ou reconquérir d'autres villes comme dernièrement celle de Palmyre le 11 decémebre selon le gouverneur de la province de Homs, Talal Barazi. 

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JT WE - En Syrie, Palmyre est retombée aux mains de l’Etat islamique

Les civils ont ils été spécifiquement visés ?

C'est ce que soutiennent  des médias arabes proches de l’opposition syrienne. Ils ont en effet fait état d’exécutions sommaires de rebelles et de civils, capturés par l’armée syrienne et ses alliés. "Les forces du régime sont en train d’exécuter par balles des civils dans le quartier de Ferdous dans les secteurs assiégés d’Alep", témoigne auprès de RFI un habitant d'Alep. "Parmi ces civils il y a des femmes et des enfants... Ils sont en train de commettre un génocide. Ils tirent sur tout ce qui bouge et ne font aucune distinction entre un adulte et un enfant. Des familles s’entassent dans les rues de ce qu’il reste encore des quartiers d’Alep-est contrôlés par l’opposition. Et il y a aussi des dizaines de tirs d’obus. Les aviations russe et syrienne sont omni-présentes au-dessus de nos têtes... C’est la fin ici dans la zone assiégée".


Face à ces informations alarmantes, le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault, a demandé, mercredi 14 décembre, la présence d’observateurs des Nations unies pour superviser l’évacuation des civils d’Alep et éviter que les combattants ne soient "massacrés". "La France demande des observateurs des Nations unies pour avoir une garantie que l’évacuation des civils est une priorité mais aussi pour que les combattants ne soient pas massacrés". 


La veille, le porte-parole du haut-commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, Rupert Colville a annoncé que "au moins" 82 civils dont des femmes et des enfants, ont été exécutés dans des quartiers d'Alep-Est repris aux rebelles par les forces pro-Assad. 


Pire encore. Toujours selon Rupert Colville, le 9 décembre, les rebelles se livreraient eux aussi à des exactions sur les civils. "Au cours des deux dernières semaines, des brigades ont apparemment enlevé et tué un nombre inconnu de civils qui avaient demandé aux groupes armés de quitter leur quartier afin d'épargner la vie de la population". 

La reprise totale d'Alep a t-elle été célébrée à Alep-Ouest?

Faux. L'image selon laquelle une foule célébre la libération n'est que le fruit d'un savant montage de propagande orchestré par le régime. "Comme vous, je n'ai vu et entendu ces manifesations qu'à la télévision (officielle)", confie à Libération un habitant d'Alep-Ouest. "Nous sommes soulagés par la fin des combats, mais pas au point de faire la fête dans la rue", ajoute t-il. 

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