"Personne ne sait si la menace est imminente" : à 50 km de la Corée du Nord, le quotidien des Français de Séoul

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TÉMOIGNAGES - Comment vit-on à 30 minutes en voiture de la frontière nord-coréenne ? LCI a contacté des Français expatriés en Corée du Sud pour leur poser la question. Entre peur, pessimisme et sérénité, ils témoignent de leur quotidien presque normal, alors que les tensions entre Pyongyang, Séoul et Washington restent élevées après l'installation ce mercredi d'un bouclier antimissile en Corée du Sud.

Ils sont trois, âgés de 26 à 41 ans et vivent à Séoul, la capitale sud-coréenne, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière avec le voisin du Nord. Ces dernières semaines, Pierre, Cyril et Alexandre ont vécu de très près la montée des tensions entre Pyongyang et Washington, qui fait suite à deux tirs de missiles de la part de la Corée du Nord en quelques semaines. Ce mercredi 26 avril, les États-Unis ont installé en Corée du Sud un bouclier antimissile, suscitant la colère de la Chine et de la Russie.

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Le risque de dérapage est, à mon avis, réel- Pierre

"Tout le problème est que personne ne sait si la menace est imminente ou non" explique Pierre Joo. S'il n'est pas surpris par les récents tirs de missiles de Pyongyang, ce Franco-coréen de 41 ans, installé en Corée du Sud depuis 2011, confie "un peu d'inquiétude". "Le risque de dérapage est, à mon avis, réel", affirme-t-il.

Mais pas de quoi paniquer pour autant, selon Cyril Louiche, expatrié depuis 5 ans. "Ceux qui vivent en Corée sont habitués à vivre ça", lance ce Français de 31 ans, qui travaille dans les assurances et la défense. "J'ai bien vu que ça allait se dégonfler. L’ambassade nous a fait comprendre qu’il n’y avait pas d’inquiétude à avoir", ajoute-t-il. Malgré ses quelques craintes, Pierre Joo partage la même observation : "Les gens ici ont apprivoisé la menace". 

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J'ai l'impression d'être dans le pays le plus sûr du monde- Alexandre

De son côté, Alexandre Reza a 26 ans. Arrivé à Séoul en octobre dernier, il travaille dans le commerce. Il raconte la récente escalade entre Washington et Pyongyang. "Certains Français ont eu peur à l'arrivée des bateaux américains. Mais ils se rassurent entre eux", explique-t-il. À chaque montée de tensions entre le Nord et le Sud, les messages fusent sur des groupes Facebook réunissant la communauté française en Corée du sud, qui peuvent atteindre 10.000 personnes. "Sur le groupe Facebook, parfois, ils partagent la carte des bunkers de Séoul", révèle-t-il. 

"J'ai l'impression d'être dans le pays le plus sûr du monde", résume Alexandre. Pour autant, "plein de petites choses rappellent qu'on est dans une situation particulière : les masques à gaz dans le métro, des petits écrans partout qui montrent comment agir en cas d'incendie ou de gaz. Mais rien de tout celà n'est anxiogène, car l'armée nord-coréenne n'est pas montrée", explique-t-il. Cyril Louiche évoque également les nombreux GI en uniforme croisés dans les quartiers de Séoul où se situent les bases américaines. "On voit beaucoup moins les soldats coréens !"

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En fait, ce sont souvent les parents qui ont peur- Alexandre

À travers leur présence militaire dans la péninsule, les États-Unis font partie du quotidien de ces Français expatriés. Pourtant, c'est le nouveau locataire du Bureau ovale qui pourrait chambouler leur routine apaisée. "Ce qui a changé avec Trump, c’est l’attitude plus agressive des États-Unis. Les expatriés se disent qu’il est peut être un peu moins rationnel", note Cyril Louiche. "Les Américains qui vivent en Corée sont aussi plus stressés. Ils sont abreuvés de reportages américains beaucoup plus catastrophistes. Sur Facebook, j'ai vu des Américains qui postaient des photos de leur valise d'urgence, prêts au départ. Je pense qu'avec l'état d'esprit critique français, on est plus sceptiques que d'autres. Donc on est plus sereins."

Pour Pierre Joo, également, "ce qui change, c'est Trump, et le fait que le Sud soit en période de vacance du pouvoir", rappelle-t-il en référence au scandale de corruption qui secoue Séoul. Comme les autres, il n'imagine pas une seconde quitter Séoul en raison des récentes tensions. "Il faudrait une guerre ouverte", dit Alexandre. Et d'ajouter : "Mon seul pessimisme, c'est l'impression qu'il n'y aura jamais de réconciliation entre les deux Corées." Au moment de raccrocher, il lance une dernière anecdote : "J’ai un ami qui arrive demain. J’ai dû le rassurer, ses parents avaient peur... En fait, ce sont souvent les parents qui ont peur."

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